Le court ciné-poème du jour intitulé la lumière est une chance est composé sur un extrait (de la scène finale) de Léon de Luc Besson. Et sur l’introduction musicale d’une chanson de Sting.
Mois : juin 2023
Caviar 117
Ce caviardage est la dernière page du livre entamé il y a plus de deux ans, à raison d’une page caviardée par semaine.

Beurre noir

ne réponds pas à la nostalgie
ce qui coule à pic
ou ce qui cogne
ce beurre noir mal cuisiné
façon crème de beauté
façon contour de l’œil
tu touilles tes souvenirs
par habitude
ça racle bec et ongles
toujours vivaces
à l’arrachage
Perle Vallens
Je tombe comme

Je tombe
- comme la plume ses va-et-vient ses balancements ses oscillations dans le vent sa grâce sa légèreté en bascule finale posée au sol
- comme la feuille son décroché son arrachement à la branche son passage des saisons dans la soif brûlée asséchée nue
- comme la pierre lourde d’elle-même grise apesanteur rendue à la terre inerte mais solide encore
- comme la pluie de fine à drue ses hallebardes ses lames coupantes glaciales herbes hachées pétales déchiquetés ce qu’il en reste de la charpie
- comme la tête dure à l’endormissement mais endormie tout de même à l’arrière de la voiture son hochement qui n’en est pas un et sa retombée brutale qu’on dirait décapitée
- comme l’enfant son genou heurté sanguinolent ses pleurs que rien ne semble calmer pas même le bisou qui soigne mais un coup de mercurochrome un leurre une guérison immédiate pour de faux
- comme le cheval qui chute et c’est comme déchoir de son galop natal quand il se redresse avec peine sur ses jambes fébriles frêles si fines que l’on pense qu’il va chuter à nouveau
- comme l’ascenseur sa descente douce au départ 3ème sous-sol celui du parking sombre mais celui du film d’horreur lâché d’en haut d’une tour dont les câbles ont cédé que rien ne peut retenir que celui du secours celui de la prière
- comme l’oisillon qui s’écrase sa chute du nid alors qu’il pensait déjà savoir voler à qui sa mère avait appris ce qu’il faut pour battre des ailes se maintenir avancer dans la vie
- comme le couperet de la parole définitive refusant l’échappatoire sa fin de non recevoir tout aussi irrévocable que celui du silence imposé
- comme un cheveu sur la soupe même pas coupé en quatre mais trop long pour ne pas se sentir de trop pas à ma place unique cheveu sur un crâne glabre
- comme on tombe sur un os et parfois tout un squelette peut-être même le sien
Ciné-poème 25 : ne pas fuir la peau
Le ciné-poème du jour est doux, et fait la part belle à la peau dans cet extrait du film Une femme mariée de Jean-Luc Godard, laissez-vous attendrir…
Caviar 116
