Inktober·photo couleur·photo-poème·poésie

Inktober 2022 (5 par 5, 2)

7 octobre
échangerais trajet aller-retour contre
possibilité incessante de se dire les choses
déchirer ce qui a été cacheté il y a longtemps
l’échéance ne dure qu’un laps de temps
ce qu’un espace trop grand ne sait combler
mais que la durée du voyage prolonge
échangerais un manque de précision
entre hier et aujourd’hui contre
un baiser
PV

9 octobre
L’oiseau né sans ailes
n’a d’autre choix
que de tomber du nid
PV

10 octobre
grincheuse ta langue grince
ses gonds de mots mal huilés 
tu devrais la déshabiller
nue elle saurait seule trouver
cette justesse qui t’échappe
PV

11 octobre
Chant du cygne ou de l’aigle 
A chacun sa déchéance 
sa chute de l’héraldique
L’arbre généalogique a perdu
toutes ses plumes 
PV

aphorisme·Inktober·poésie·prose

Inktober 2022, 5 par 5

2 octobre
à trop se précipiter on bâcle jusqu’à son bol de café
PV

3 octobre
Elle n’a fait que nous frôler. Elle a rasé le haut de mon crâne, j’ai senti le courant d’air frais, l’éphémère de sa présence au-dessus de moi. Cela a duré quelques secondes. Suffisamment pour la sentir passer, pas assez pour la voir. La chauve-souris a disparu dans les interstices de ce bâtiment abandonné, cet ancien hôtel décharné, peut-être encore peuplé de fantômes. Au moins habité par cet animal solitaire. Elle a battu des ailes, comme volatilisée. Elle a rejoint l’invisible.
PV

urbexc2a9perle-vallens

4 octobre
Il suffit de regarder le beurre
(noisette dans la poêle)
filer parfait amour avec les noix de Saint-Jacques
dessus-dessous frissonnantes
si nues et blanches hors de leur coquille
il suffit de se fondre dans la dissolution brutale
de grains de sel à leurs surface
pour se réconcilier avec la morsure vive
l’avant-bras douloureux d’avoir trop embrassé
le brûleur de cuisson
PV

5 octobre
Tu vois la flamme dans l’oeil
c’est ce qui brille en nous
c’est le feu que l’on porte dans la poitrine
transperce les peaux et les prémices
d’une brûlure
réduisant l’espacement les barrières à néant
l’embrasement s’étend à toute la parcelle
elle flambe jusqu’au coeur
son bel incendie d’hiver
aussi bien la caresse ressuscite me consume
de la main à la main
PV

6 octobre
coupée à sa base la fleur
incise un désir cru
au creux du bouquet
à faire déborder le vase
PV

Inktober·poésie

Inktober 2022, en mots

Comme les deux dernières années, je participe à Inktober, rendez-vous initialement graphique (à l’encre = ink). J’ai détourné en mots en 2020, puis en 2021 avec une série de poèmes courts. Je récidive cette année, avec des poèmes, textes courts, aphorismes…
Chaque jour, un mot imposé, dont voici la liste (anglophone) :

Comme les autres années, je les proposerai 5 par 5. Voici le premier.

Mon corps n’est pas une statue
de pierre à isoler de sa peau
n’est pas une pièce à applaudir
à distance
Perds cette habitude de me regarder
comme une gargouille
Range tes yeux de poisson frit
sur mes braises
Perle Vallens

Inktober·photo couleur·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (7)

27 Ce qui sourd de moi quand je rêve de toi
ce qui s’ouvre aux vents serait une rafale
tu sais la bourrasque qui emporte
les restes de nous
(si nous il y a eu)
ce qui tempête encore à l’intérieur
ce qui brûle ce qui brille
on dirait des lucioles
leurs étincelles encore vives
sous la paupière
avant extinction totale
©Perle Vallens

28 la langue frise
son effusion de mots
croustillant sous les crocs
affamés voraces pressés
de mâcher de recracher
comme appris par cœur
si crus qu’ils craquent aux coutures
lâchent leur nudité de mots malotrus
de mots sales indécents
que la langue fricote avec délice
©Perle Vallens

29 Il y a au-dessus de ce rêve
de lave séchée de cette parcelle en friches
la partie immergée du volcan
qui menace sans cesse
d’explosion imminente
entre cendres et scories
un reste de braises
©Perle Vallens

30 L’obscurité coule noire
saoule de sa propre nuit
se répand en nappes d’huile
en glue moite en quête d’un reste
de lumière d’un semblant d’étoile
glisse sur le bitume
traverse en douce
son âme de pétroleuse
©Perle Vallens

31 Pas d’impact, pas d’affect.
Chacun conduit ses petites affaires comme on conduit un train avec risque de déraillement possible.
Chacun mène sa barque avec agitations passagères sans se soucier des sillons voisins.
On trace des parallèles qui ne se croisent pas. Il y a des cercles vains et des routes qui tournent en rond. Le pied peine à suivre les pistes, il préfère les orgies de verdure des chemins en friche.
©Perle Vallens

C’est la fin pour Inktober words 2021. Rendez-vous sans doute en 2022…

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (6)

22 Qui sait ouvrir une serrure ou une frontière
des chemins ou un champ d’action
des pistes ou des possibilités
les yeux ou les horizons
Qui sait ouvrir les bras
avant d’ouvrir la bouche
©Perle Vallens

23 On ne sait quel dispositif
pour colmater les fuites du corps
pour les effusions les marées diffuses
les frénésies tout ce qui est sujet
à débordements

On pourrait contenir les exubérances éruptives
dans des trousses prévues à cet effet
dans des enveloppes cachetées
ou recueillir les montées en crue dans des vases
et tout le reste les morceaux de chair vive
de peaux mortes de mucus de salive
tout en vrac dans des sacs plastiques
avant leur interdiction totale

Peut-être que l’on pourra recycler un jour
les excès du corps ?
©Perle Vallens

24 Aux sabots les tapis de pré-dépouille
sa peau entière et brute retapissée
exuvie devenue cuir à chausses
exécution sommaire à coup
d’étourdissements avant saignée
comme on dirait matraque en cas de
dysfonctionnement y a t-il
une sonnette d’alarme

taxidermique oraison des bêtes
qui pour nettoyer le box
quand l’animal rote son méthane
quand sa chair pend par le crochet
nourriture par prédestination
mange tu ne sais pas
qui te mangera

entre le pire et le meilleur
on entreposera nos viandes
entre deux épisodes de glaciation
et de réchauffements climatiques
on profitera d’un dernier barbecue
avant extinction finale de
l’espèce humaine
©Perle Vallens

25 On se perd chaque jour
dans la brume dans la bruine
qui suinte et colle
ne colmate rien
poisseux opaque à la vue

La vie m’éclabousse
mal chaussée
je saute encore dans les flaques
©Perle Vallens

26 Ce qui nous relie
le pont d’une rive à l’autre
d’une main à l’autre
parfois se traverse
parfois s’enjambe s’évite
se détourne de l’issue de l’histoire
parfois s’écroule en une seule fois
©Perle Vallens


Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2021, 5 par 5 (2)


2 Dépose costume
retrousse chemise
passe la porte
recule revient
debout couché
sa vie en boucle
l’espèce se gagne
à la force des nerfs
le poignet au clavier
son existence en règle
le regard fixe sur
l’écran ou le sabre
salaryman ne sait plus
ne voit plus
ses heures perdues
sa cravate de travers
ne voit plus rien
au bout des yeux
l’impact le cri
le kaboshi
©Perle Vallens

3. Plus rien n’est affrété
rien qui n’atteigne les profondeurs
rien qui ne soit insubmersible
la force a bu la tasse
est passée par dessus bord
ce navire plaqué contre le mur
haut des vagues comme crêtes
infranchissables
ce navire éclaté me retient au port
©Perle Vallens

4. ce nœud de vipère
coulant autour du cou
la viande crue
se débroussaille
dépossédée du nid
pondra ses œufs noirs
sous la langue
c’est un des symptomes
c’est un des silences
c’est un des reflux aux lèvres
le reflet se dénoue
droit au refus
©Perle Vallens

5. Noir : nuée ou unique
parcours de santé
recourt au touriste
s’offusque de si peu
vague croassement
son bec perdu
agresserait presque
la main qui ne nourrit pas
Noir : rat ou corbeau
rature du ciel perce
du son rauque
ne craille que contre
les mouettes peureuses
faim contre faim
sa pitance est une miette
et l’ennemi menace
en vain pour garder sa place
©Perle Vallens

6. Il y a eu ce risque
Il y a eu contamination
l’esprit a sombré
brasse coulée ne sauve pas
de la porosité des idées
tu penses : c’est du bidon
tu sais la fausseté
tu sais l’impossibilité
tu renfermes l’esprit sur ses certitudes
il s’y est enfermé tout seul, le con
il est pris dans ses rets
comme un rat
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober, premier jour

Inktober est un rendez-vous initialement graphique, à l’encre (ink) que j’ai détourné en mots l’année dernière, avec une série de poèmes courts. Je récidive cette année.
Chaque jour correspond à un mot imposé, dont voici la liste (anglophone) :

Dès demain, et par facilité, je les proposerai 5 par 5. Illustré, au moins pour l’un d’eux. Voici le premier.

On ne sait quel cristal perce
quelle transparence s’empare
de la matière
quelle distillation pour ne laisser
que pureté
pour ne suspendre que le plus volatile
que le plus éphémère

A la voix, on aurait espéré
chant plus clair
plus limpide qu’une seule goutte
plus nette qu’une éclaboussure
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 5 par 5 (6 – par 6)

26
On pourrait se cacher que cela ne changerait rien. On pourrait fermer les yeux que l’on verrait encore à travers les paupières tous les cris du monde. On verrait à travers les autres yeux. On verrait en aveugle volontaire tout ce que l’on refusait de voir.
Et on croirait peut-être encore que le ciel existe.
©Perle Vallens

27
Le silence possède son propre son
sa mélodie inaudible entre les mots
une petite musique qui ne s’entend
que dans l’espace clos
l’écart sous la peau
©Perle Vallens

28
Je laisserais flotter mes cheveux à la surface des choses, j’irai d’errances en errances, je passerai du temps sans comprendre, sans voir,
sans attendre le possible, sans savoir ce qui est souhaitable, sans prendre la mesure du temps.
©Perle Vallens

29
Il est temps de mettre des chaussures aux jours, des chaussures de marche pour randonner plus loin, pour rallonger les heures.
Sinon, nus pieds, perd son temps en errances, en instants précis qui ont perdu leur sens.
Pas de chaussures de sport, non. Les jours sont assez sportifs comme ça, ils courent déjà bien assez vite. Ils doivent réapprendre la lenteur. On pourrait leur bander les yeux, ils ralentiraient. Ils chercheraient leur chemin. Ils hésiteraient entre la droite et la gauche.
Ils avanceraient tout doucement sur la route.
©Perle Vallens

30
De mauvaise humeur, de mauvaise augure
le visage s’ombre et se dépeint
sur l’envers de la carte
Aucun indice ne laisse supposer
quand le sourire reviendra
©Perle Vallens

31
Ce qui se cache sous le lit
le monstre tapi dans ce qui reste
d’enfance se montre parfois
entre les interstices du parquet
C’est là qu’il vient encore ramper
à certaines heures de la nuit
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 2020, 5 par 5 (5)

21
Il aurait pu rester là entre les murs.
Il aurait pu se taire et dormir.
Au lieu de ça, il est sorti et n’est jamais revenu.
©Perle Vallens

22
Il y a un chef cuisinier, un qui mange sa cuisine, un qui la partage, un qui joue du piano debout, un qui ne craint ni le froid ni le chaud, un qui a mal aux genoux, un qui nous offre autant de sourires que de truffes, autant de gentillesse que de lièvre à la royale. Il y a un chef cuisinier. Et il y a de l’amour.
©Perle Vallens

23
On a voulu, on a pensé, on a longtemps réfléchi à tout ça. Puis on s’est mis à déchirer de grands pans de monde comme on arrache un papier peint qui a fait son temps. Maintenant on cherche à repeindre ce qui peut l’être, avec toutes les couleurs connues et inconnues. Maintenant on cherche à redessiner les contours et les personnages. Maintenant on fait de l’art vivant au bout de nos doigts.
©Perle Vallens

24
Il avait dit il faut creuser. Toujours creuser plus loin. On ne creuse jamais assez. La terre noire, la terre rouge, la terre grise, les graviers qui dévalent, les cailloux qui s’entassent, la roche-mère, la plus dure sous le pied, la plus ancienne sur les épaules. Il faut continuer de creuser jusqu’à trouver le moindre indice, le plus petit sens à tout ça. Il faut creuser pour savoir pourquoi l’on creuse.
©Perle Vallens

25
Copain comme cochon, comme des doigts qui fouillent la chair pour trouver du neuf, comme le groin planté là, au milieu, et le gland à ramasser par jour de grand vent. Décoiffée par le souffle qui grogne, qui traîne dans le monde sale, dans les pensées sales, qui rapporte de sa saleté et en tapisse le pelage. Copine comme lapine qui se fend et couine toutes incisives dehors, une rangée bien dressée à la morsure. Dents contre groin, la paille a blêmi, le ciel a pâli, pleins phares entre les peaux.
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2020, 5 par 5 (4)

16
Au fuseau horaire
il est toi moins trop d’heures
La fusée ne décolle toujours pas
©Perle Vallens

17
Ce qui fait les tempêtes
ce qui nous défait
ce qui nous ensevelit
ce qui s’annonce
pour demain
©Perle Vallens

18
Au fond de mon verre
il y a un reste de mirage
une sorte de piège
une vision vivace
Déjà hameçonnée
je disperse le visage
dans l’alcool
©Perle Vallens

19
La nuit m’est alcool
Tout étourdi par les étoiles
l’assoiffé boit à grand traits
La nuit me désaltère
©Perle Vallens

20
Quelque part couleur corail
Quelque part fruit cru
Quelque part bruits sauvages
©Perle Vallens