atelier Laura Vazquez·corps·photo couleur·poésie

Corps exsangue

corps qu’on dirait sanglé                exsangue
chair emboutie jusqu’à l’os                   embossée tremble
chair innervée de vie                mais mal ravitaillée                   par corbeaux d’insomnie
mal nourrie               chair dénutrie à teneur aigre               de ferraille
chair dissoute dans l’acide d’un sang noir                métallique
secrétant des billes comme des soleils                 surgis en pleine extinction
des brûlures dans les membres                  innervés de vers grouillants
membres comme amputés                  pourrissure de bois scié                  qu’on dirait chiures d’insecte
de quel cocon s’évertuent à venir me grignoter
chaque section alourdie                     chaque cellule dispersée
l’éclatement observé à la loupe distinguerait l’anomalie
l’œil scrute et scande
l’œil défigure                  lambeau par lambeau                   lave de bleu les apparences
l’œil inverse l’impression d’un vertige              d’une gesticulation               d’un visage double je
malmené                  de bris de verre                    de brindille sèche
je crisse              et je tout entier crie pour expulser               ses eaux usées              par la bouche
décharge à ciel ouvert               de pluies acides
on dirait la nuit partout              tout vibre encore dans le noir
la peau pulse ne sais combien par minute                 peau de pierre                 ponce
blanchie par l’éclat led d’une ampoule trop vive lumière qui gâche le grain
l’épiderme se troue et boit tout ce qui pourrait déborder
la peau se brouille               craquelée                écorce rongée               brunie
vieille peau flétrie se débrouille mal avec l’ombre qui rampe et recouvre
ses serpents grimpent gravitent tout autour              dévorent
c’est un enfouissement              une disparition                     dans les mains serrées des regrets
             vivante mais
                               peut-être déjà                   morte

Perle Vallens

avec la mise en page, si jamais wordpress ne respecte pas, comme cela arrive parfois… 

écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie·prose

Nuit, nous

La nuit déployée lente aile battante
lente de souffle lent de silences contenus de nécessaires ardeurs tues
la nuit ses caresses incertaines dont on ne sait si douce ou mordante
si nous couvre ou nous rejette
dans nos incertitudes
la nuit chasse nos vêtures nous met à nu tellement fragiles
tellement faillibles mal définis ou nourrissons
avant renaissance
la nuit vaste semble descendre et remonter des profondeurs
jusqu’au ventre remue reflue noire et dense
vers l’ossature
la nuit nous brûle ou fait-elle semblant du moins nous consume
la nuit sans effroi mais le coeur gonflé
de percevoir tant de sons infimes microscopiques
la nuit acoustique ses basses fréquences et ses échos
nous tambourinent peau de vibrations
en résonance
la nuit nous danse
elle nous dessine de ses ombres
pas même un mot et tous les sens
en fusion ou en transe
la nuit est la nuit et nous la nuit
sous hypnose

La nuit n’est pas si noire qu’on le dit, elle n’est pas seulement obscurité et trouble, dans l’ombre on décèle si l’on plisse les yeux, une lumière qui décolle les cils, un à un

Perle Vallens

Atelier Mater avec Sandrine Cnudde

écriture·Inktober·photo couleur·poésie·prose

Inktober 2023 (fin)

26/10 enlever/supprimer 
Je balbutie mes rêves sans savoir vraiment 
s’il faut enlever ou ajouter des métaphores 
aux messages
s’il faut supprimer le flouté l’effet dansé qui ressemble un peu à la joie 
qui ressemble à la vie 
PV

27/10 bête
Cette bête féroce monstrueuse qui sommeille 
en moi
sait aussi miauler et te mangera dans la main 
pourvu que tu saches la dompter
sinon c’est elle qui te dévorera 
PV

28/10 scintiller 
L’œil braque 
le soleil ses faux fuyants 
le meilleur comme le pire 
ce qui scintille luit aussi bien qu’il aveugle 
PV

29/10 destruction massive 
Qui sait entendre le silence 
les traces décimées 
les fumées de phosphore
toutes armes de destruction
massive 
Qui sait où commence et où finit 
le principe d’auto-défense 
PV

30 se précipiter 
S’ouvrir la poitrine, y faire entrer le monde est ce geste chirurgical, précautionneux avec lequel on s’avance à découvert, on s’expose, on se met à nu pour faciliter la greffe. La part de l’autre entrée en soi. Ce qu’il faut c’est procéder lentement, sans se précipiter, avec l’assurance nécessaire, la confiance. Lier sans fuite ce moi à son alter ego. 
PV

31/10 feu
Au-delà du feu il y a encore du feu. Il y a la chaleur du feu, l’ombre du feu. Il y a les braises et les cendres. Il y a le souvenir du feu. Le souvenir du feu, c’est encore du feu.
PV

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·prose

Comment devenir un athlète oral ?

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.

D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus pour l’assouplir.

Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.

Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la.

L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang.

Dans une seconde phase, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue

A la fin, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.

A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.
Perle Vallens

écriture·Inktober·photo couleur·poésie

Inktober 2023 (5 par 5, 2)

6/10 doré
le doré de l’idole est un vertige 
un mensonge d’identité 
où perce pantone pisseux 
pour qui gratte le revêtement
PV 

7/10 goutte
La fatigue déposée en gouttes
sur le corps anesthésié
noyé l’œil ploie au seuil du sommeil 
la narcose est un désert
PV

8/10 crapaud
Se dévide de son fiel
tout entier contenu dans sa gorge
son goitre de crapaud 
qu’on voudrait racler
de son acrimonie
PV

9/10 rebond
selfies s’envoient en sauf-conduits
swipés façon de s’accorder
sur nos rebonds d’après chutes
quoiqu’on en dise l’image se brouille
dans les remous
PV

10/10 fortune
le cœur vous prie d’agréer
l’expression de son aptitude émotionnelle
demeurée intacte
et ajouterait en post-scriptum
contre mauvaise fortune etc
PV

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·photo n&b·poésie

Peur blanche

sdr

C’est ce tube blanc qui luit
aveuglant dans l’obscurité
il brûle les yeux si on le fixe trop longtemps
il tressaille égratigne la prétendue quiétude
taille la belle assurance dans toute sa longueur
le cran fendillé vrille les nerfs
entame le cœur à coups de
grésillements
j’ai vu clairement le néon
grimacer
sa vibration perverse sonne un glas
le grondement d’une terreur sans contrôle
une crispation glaciale dans la nuque
lambeaux de courage ramassés repliés
sous l’accélération du pas
ma peur sous la semelle résonne
dans le trop noir du parking
Perle Vallens

photo couleur·poésie

Absence

L’absence je ne l’enterre pas
je la laisse sécher à l’air libre
encore toute humide de la présence
elle dégage une odeur aigre et douce
persistante
qui coupe l’air que je respire
qui s’incruste
cette tache sur le linge sali de la peau
qui me pénètre
parce que les pores aime les choses passées
l’absence est vivace épidermique qui se ramifie
traversée de rhizomes je suis
une bonne terre à cultiver
L’absence est une graine que je plante
sans savoir ce qui poussera en moi
Perle Vallens