
le ciel de suie se blanchit
à la chaux de tes draps
tout se calme tout s’annule
devant les vapeurs
de ton corps endormi
Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

le ciel de suie se blanchit
à la chaux de tes draps
tout se calme tout s’annule
devant les vapeurs
de ton corps endormi
Perle Vallens

à deux on bouillonne mieux
on touille les instruments de sa faim
(la cuillère est aussi une position)
un biscuit porte-bonheur nous promet
la joie du jour
ce menu premium dans lequel on fourre
tous nos désirs
réduits en poudre pour mieux se travailler
mieux se dissoudre le souffle s’humidifie
de nos épuisements
Perle Vallens

Le sentiment de disparaître, de devenir transparent, inconsistant, d’une matière souple de glaise invisible, d’une texture molle qu’on enfonce du talon dans le sol, le sentiment de l’enfouissement, de la disparition progressive, non annoncée, mais tue, ignorée d’autrui, le sentiment de devenir autre, de se métamorphoser, de changer de structure moléculaire, de modifier son squelette, de le tordre, de l’essorer, ce sentiment de devenir liquide, une flaque, une goutte d’air dissout dans le vide, ce sentiment d’une transition vers un autre état, de devenir autre chose, un objet peut-être, l’insignifiance même, l’absolu néant ou du moins ce peu, le sentiment du peu, du presque rien, de l’infiniment petit et dérisoire, ce sentiment qu’on tiendrait dans la poche de quelqu’un, ce désir de tenir dans la poche, d’être transporté, ce sentiment de se sentir véhiculé d’un endroit à un autre, de ne compter que pour cette instance du transportable dans le fond d’une poche, tiré, bringuebalé, voyagé, esseulé pourtant, ce sentiment d’être là sans être là, ce sentiment de devenir de plus en plus mince, de plus en plus flou, ce sentiment du seuil franchi, de point de non retour, de l’infini, du presque zéro, ce sentiment du stade d’avant, d’avant tout, d’avant tout le monde, ce sentiment du stade non développé, du stade incertain, du stade informe, diffus, le sentiment du souffle d’air qui s’envole sans jamais retomber.
Perle Vallens

Il a décapité toutes les statues du parc de l’hôtel de ville. On a vu les corps de pierre sans rien sur les épaules, des corps coupés ras au niveau du cou. C’était pareil dans tous les parcs de la ville et des villes voisines. Les statues ont perdu une partie de leur ombre. Elles sont comme nues. Plus personne ne les dévisage, plus personne de les regarde dans le blanc de leurs yeux vides. On voit bien qu’il leur manque quelque chose.
Les têtes ont été retrouvées dans le jardin du décapiteur. Toutes empilées les unes sur les autres, elles formaient un muret long de 4 mètres. Personne ne sait comment elles font pour tenir, comment elles ne basculent pas, comment elles ne roulent dans l’herbe. Est-ce qu’elles sont collées entre elles, est-ce qu’il les a attachées, fixées, clouées, vissées ? Après les avoir détachées à la hache. C’est ce que tout le monde se demande : comment elles restent accrochées.
Perle Vallens

je suis cible mobile divisée
mal définie
difficile de viser entre les cils
un seul regard tire sur la veine
et tout se déroule
tout ce qui brûle et tout ce qui bruit
jusqu’à l’écho de la claque
sur le cœur
Perle Vallens

Il y a un message d-erreur
[It girl][http://www.itgirl.com/itgirl.jpg]
pour utilisateur accès dénié (invalide)
URL_needs_authorization
ce lien rompu trop brutalement
disparition définitive de la #fille
effort continu hors champs
échappe aux contrôles répétés aux décomptes d-octets
sans-visage-reconnu
quelqu’un dit elle-n-a-jamais-existé
quelqu’un dit feed-back (thebeast)
cleanup-image-only
la commande court est en train de courir
l’écran clignote bleu #randomly
itgirl non identifiée // fictionnelle // irréelle
le personnage diffère de sa fonction
ne reste : rien
ou silhouette découpée sur les pointillés
rien ne se voit clairement ombreschinoises
le ciblage est #erroné
le fichier racine reste introuvable
rhizômereboot
code binaire déficient – arbre vide
où naissent les algorithmes ?
scannow
sauvegarde du sourire seul
dans son format le plus courant de l’img
(touche le texte)
la fonction fait irruption dans le réel
La l__igne sous tension d’un tercet numérique
ce tressaillement électrique
) trop forte chaleur dégagée (
ventilateur interne tourne à-vide
restore please
invisibiliser revient à
deviner où se coche la tête
vierge de tout apriori
deviner sous quel @désir
se cache le prochain | nom
Perle Vallens

Deux territoires où le toucher peut exister
là où l’existence touche chaque territoire
chaque portion d’existence se touche du bord
de l’extrême bordure de territoire
là où ce qui se touche existe enfin
là où ce qui se existe d’espace dans le territoire
se touche comme une peau du monde qu’on pèle
chaque parcelle de territoire existant dans l’action de toucher
ce qui nous touche c’est cette existence là, palpable,
le territoire nous délimite dans ces corps qu’il faut toucher
qu’il faut toucher enfin pour se sentir exister
ce qu’il faudrait c’est toucher les fantômes pour qu’ils existent
Les fantômes sont des existences qui visitent
nous visitons chaque existence comme des fantômes
chaque fantôme existe à travers notre existence
chaque fantôme se visite comme un miroir dans lequel on existe
nos existences sont autant de preuves que les fantômes nous visitent
chacune de leurs visites nous fait exister davantage, nous fait nous sentir plus vivant
car nous visitons la vie et nous existons au-delà de nos fantômes
Perle Vallens

nos vies brèves respirées
dans le sens du poil
l’odeur de pierre au cœur
la carcasse prise au ruisseau
à faire corps au vent
(sens-tu ce tressaillement)
pente violente de la vie
où nous accourrons tous
tête baissée de bétail
buvant nos poussières nous
abreuvant de nos morsures
nos coups durs encornés nous
encornant
l’œil arrondi de lumière ne sait pas
d’où surgira la caresse
Perle Vallens

il a fallu se réveiller plus tôt pour s’érafler les joues dans l’air tiède
dans une semaine nous aurons passé mars et il sera toujours trop tard le soir
pour établir une vraie concordance des temps
à l’heure du coucher nous marcherons dans des rêves d’été
plus vrais que nature
peut-être que nous laisserons tomber nos corps par la fenêtre
pour voir s’il rebondissent comme les chats
nous attendrons la neuvième vie sur nos pattes pour voir si
le matelas urbain amortit bien la dernière chute
nous attendrons de voir si la fin de l’histoire possède
le goût d’une promesse d’infini
Perle Vallens

le paysage commence à fondre
dès qu’on nous dit
que le printemps arrive
les champs se remplissent
on dirait des lacs
que le soleil fait briller
à l’heure la moins propice au dessèchement
on dirait des vagues que l’offshore creuse
à cœur
la mer qu’il laboure de ses rayons
avant de retomber à plat
noir de terre
à la minute la plus froide
de l’hiver
Perle Vallens