Emotion·poésie

Un peu de printemps

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S’il suffisait de creuser sous la terre, de crever les bulles d’air, de pisser sur les ombres encore vivantes pour avoir la sensation de s’en sortir. S’il suffisait d’effacer les traces anciennes, de souffler sur le sable mouvant de la vie pour sentir la poussière humide du cœur. S’il suffisait d’un printemps pour qu’il se réchauffe. S’il suffisait d’une odeur de fleurs et d’herbes fraîches.
Et sortir de ma chambre forte…
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Sans toi

prenez moi

S’autoriser une jouissance facile
un doigt tendu
une bouche ouverte sur l’inconnu
l’air entendu de salope vernaculaire
à la première queue venue

La langue crâne
garde un air d’éternité
crache l’ardeur d’un autre
aux armes brandies
aux arpents perdus

Il faut se frotter
jusqu’à ce que la peau cède
jusqu’à ce que le cœur lâche
sous la pression du sang pompé
d’un sexe à l’autre

Il faut attendre
l’éclatement des tissus
les chairs écorchées
le reflux tiède loin de ta chaleur

Une éponge sous la paupière
l’œil encombré refuse de voir
Il gicle ses lâchetés et la punition
la crainte de ne plus jamais jamais
te croiser
en rêve
©Perle Vallens

Emotion·poésie·Revue littéraire & fanzine

Inégale (14-18)

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Je ne suis pas faite pour ça. Je ne sais pas me battre. Je n’ai pas les épaules. Je n’ai pas la force. Je n’ai pas su dire. Je n’ai pas supplié. Je n’ai pas su fuir. Je ne sais pas mettre la distance. Je ne sais pas courir. Je n’ai pas ton allonge. Je ne sais pas porter les armes.

Au lieu de ça, j’ai des larmes à ne plus savoir qu’en faire. Je ne sais où les mettre, je n’ai pas assez de place.
Au lieu de ça, j’ai un grand trou dans le ventre. J’ai reçu un genre de boulet de canon. Tranchée vive la béance qui pleure. Une âme damnée de poilu mais la guerre est finie. 14-18 mois, pas plus. D’ailleurs, il n’y a pas eu de guerre. Mais un grand champ de bataille après toi. Il reste juste un vide qui dévore. Rien que le vide, à la place du nombril. Et deux mains, vides aussi.
©Perle Vallens

Le numéro d’avril 2018 de la revue Lichen vient de paraître. Beaucoup de jolis textes à découvrir dont Inégaleà lire ici.

Erotisme·poésie

Nocturne

astral masturbation

Elle s’use les yeux la nuit
s’active sur les réseaux lumineux
une prison en cascade de feux vitrifiés
Elle s’embrase à l’écran allumé
écrase son corps en crise
efface son sexe abrasé
de trop de traces arides
un essaim de doigts sans lui
Elle implose en cris souterrains
avant la lumière rasante
la renaissance de l’aube
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Deux mots (au poète)

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Le sang d’un poète, Jean Cocteau (1932)

Tu écris des poèmes
seulement des poèmes

Tu as jeté à l’eau
les yeux bleus du personnage
resté aveugle et muet
un personnage mort né
de ne plus rien vivre du tout

Tu dis que tes poèmes sont juste des mots
qui lancent des lumières
des sons et des éveils
Moi, je sais que c’est faux
Tes poèmes sont l’arête du poisson
coincée dans la gorge
Les mots comme des larmes nues
et des armes
Le sais-tu ?
Le poème tue
parfois
Il désagrège tout
Il tance, déterminé
loin de toi qui ne sais pas
Il ne demande pas ton autorisation
pour flotter seul
pour talonner et rattraper
pour triturer et démonter
le sens caché

Il y a des trous dans tes poèmes
où tombent tes mots
des silences où ils murmurent
un châtiment pour la lectrice
interdite de séjour dans ta vie
Mais tu ne le sais pas
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Catharsis

Erwin Blumenfeld Wet Silk, 1937
Erwin Blumenfeld Wet Silk, 1937

Masque efflanqué
le désir retombé
dans les reins

Rêver le ciel
et voir tomber la grêle
en trombe
un ravage
sous la paupière

Une pierre comme
un poids en tombereau
pour charrier la perte
dans la poitrine

A quand la résurrection ?
©Perle Vallens