photo couleur·photo retouchée·poésie

L’hygiène de la mort

je cherche dans l’imagerie sensible du réel
une vision ressemblante de la vie

j’échoue à trouver autre chose qu’une esquisse
qu’un semblant d’illustration bien imitée
un roulement à billes bien huilé pour simuler
le concept de mouvement d’avancée
de poussée de force centrifuge
(d’évidence fictive)

au milieu du tumulte on voit
une moue vague qui souligne le simulacre
entre le trop plein et le trop vide
au miroir l’œil vérifie le plan
certifié conforme de l’existence

ne saurait être cette pâle copie
cette figure molle ce corps avachi
qui laisse finalement en bouche
une certaine idée (contagieuse)
de l’hygiène de la mort
©Perle Vallens

écriture·Mater Atelier·montage photo·photo couleur·poésie

Passée au rouge

Montage à partir de plusieurs de mes photos

laisse l’envol d’un pétale de coquelicot
soulever un pan du rêve la passe de cruauté
banderille la chair rougie au gel
akènes grains de grenade picorent la brûlure
de gueule et d’os dégouline le langage
le long de la colonne
mot pour mot tu dis comme obscur objet
extinction du désir ou rallumage du sexe
au moteur brandies les bougies
irriguent pulsent en zone sacrée
la pulpe et le jus vermeilles irradient
chakra ou cœur illiaque la caresse
cogne dur
martèle dans l’éclat
acier de la douleur
déraille ou désarticule dans l’attente de
l’embrasement
ce qui fait planer ailleurs que dans les nuages
ce qui fait briller les plaies anciennes
ma queue d’animale étriquée inutile
l’ancestrale sans notice
sans argument pour ou contre 
je me replie dans mon ossature
je bloque toutes mes cloisons autres que nasales
je hume dans mon propre souffle un peu de 
son magma de l’incandescence
quelques gouttes sur mes bassesses
mieux qu’un baume pour colmater l’absence
pour répondre aux questions non
posées façon pierres chaudes
sur la peau répandre la magie
(c’est un genre de rituel)
pourtant je ne sais pas qui vient
traverser ma caverne
qui visite ma terra incognita
impénétrable
rien n’effleure ni n’affole que le vent
et ce fantôme revenu hanter mon corps
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Margot Ferrera/Mater Atelier

photo couleur·poésie

Je n’arrête pas

Je n’arrête pas d’arriver
Je n’arrête pas de parvenir à son corps
Je me ravive vivifiée par ses embruns
son air de ne pas me toucher
de me recracher comme une bouche
son dernier mot le verbe de trop
le mauvais œil comme on dirait
mauvaise haleine
son air de me reprocher
ma langue trop ou pas assez
pendue à ses pieds
son air de retirer mon profil
trop flou trop touffu ce fâcheux
penchant à la fixité affective
là où les sentiments s’entêtent
il n’y a rien pour me stopper
Je ne finis jamais parce que
Je renais à chaque fois
©Perle Vallens

poésie

Au hammam

Cet excès de chaleur est conspiration
se transpire entre les clavicules
nous remaquille d’un surplus de
coulures (que d’aucuns trouvent sexy)
Ce thé brûlant à la menthe
au hammam mille gouttelettes
pour cotoyer des préoccupations
moins propice au selfie
travailler la volonté farouche
sous l’insouciance nous déliterait
nous dilaterait la rate ou le coeur
tu te demandes sous la sueur
qui crocrastine qui
qui désire vraiment l’autre
qui se définit comme fort
malgré l’austérité de la vie
et qui véritablement a un
électrocardiogramme qui s’affole
comme un compteur jaeger
au premier refus comme
au premier baiser

©Perle Vallens

(écrit hier à la Grande Mosquée de Paris)

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie·prose

Hey, petite !

Hey petite, tu me tires en arrière, tu m’aspires, tu me démembres. Trois fois moins, petit être, cette soif d’avant, inversée. J’innerve chaque instant de ton vœu que je crois mien mais je me trompe, c’est toi toujours devant, moi derrière. Je trempe mon doigt, celui de ta main anachronique. Tu dénombres à rebours mes secondes décomptées, combien de temps encore me reste-t-il, le sais-tu ?
Hey petite, tu me tires en arrière et c’est sans circonstances atténuantes que je me laisse traîner dans ce qui me berce d’enfance.
©Perle Vallens

écrit sur consigne de Zoé Besmond de Senneville/Mater Atelier

atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose

Un secret

Ce secret que rien n’alourdit que la parole
ne dit rien que tu ne saches déjà
de ta mère de ton épouvante à la contenir
dans son rôle de mère
disert dans sa propre expression
ne se décèle pas d’emblée

Ce secret jamais ourdi arrivé par hasard
toujours tu toujours présent en transparence
tressé de ses nerfs que l’on ne nomme pas non plus
qui saillent sous l’histoire
toujours un sourire (faux) en coin
un air de dire un air de rien

Ce secret ne se bombe pas sur les murs
ne bombe pas le torse se rétrécit plutôt
sa petitesse est le signe de sa décence
sa discrétion consentie son innocuité
Il passerait protéiforme pour un fantasme
ou un rêve va savoir

Ce secret ne disparaît jamais il surgit
à l’improviste inopportun s’impose
il revient quand tu t’y attends le moins
c’est un monstre sous l’apparence
d’un secret il te creuse et te ronge
il a un appétit vorace
il mange tout sur son passage

Ce secret qui fait bombance sur ton dos
qui sous couverte de caresse
a dévoré ta jeunesse et te croque encore l’os
tu ne sais plus comment lui claquer le bec
©Perle Vallens