photo n&b·poésie

L’image dans l’image

je sais ce qu’il y a en toi
je sais ce qu’il y a si tu me dis ce qu’il y a en toi
si tu me dis il y a plein de choses que j’aime
des choses que j’aime en toi que j’aimerais en moi
ce préjugé en moi c’est que j’aime ce qu’il y a en toi
ce préjugé c’est ce qui m’amarre à toi
ne se périme pas
ce qui m’accroche avec le temps
peut-être anachronique
peut-être caricatural dans son anachronisme
et dans sa course
il y a l’écriture dans l’amorce dans l’amour
bien ancrée solide dans mes murs
l’écriture dit les gestes l’agitation
l’intention sonore entendue à la voix
quand bien même muette
la voix voulue inerte en visibilité réduite
mais vivante
il y a l’instant-même
il n’est pas encore mémoire
il n’est rien encore qu’un flux binaire
ne se mesure pas à la lumière
se perd dans le trafic web
il faut attraper les messages au vol
filer doux dans le flood pour les attraper au lasso
il faut les enfouir se les fourrer en soi serrés
les laisser reposer en strates sédimentées
les laisser se dessiner dans leur respiration
temps de pose immobile avant la mue
une image se glisse dans une image se glisse dans une image
sans fin
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·poésie

Entre mes jambes

entre mes jambes vacille

un vieux souvenir ou un rêve de bave

redevenu réalité 

nos langues épépinent un fruit oublié 

cette confiture qu’on se tartine 

on ne sait pas quel nom elle porte

on se lape – top sans écran interposé-

ce baiser étrenné qu’entraîne la morsure

ou est-ce l’inverse dans le choc des dents 

dans le trébuchement 

on se déracine d’un rien 

d’un crachement de doigt

je respire dans ta bouche un mot de trop

qui me ferait expirer

pour un peu le plaisir reviendrait

©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Silence de la main

Je pourrais compter tous les silences
de tous les moments de tous les endroits
mettre la distance dans le souffle
d’une respiration
travailler la patience et mettre le vent
dans ma poche pour mieux les entendre

De tous les silences c’est celui d’un sourire
que je préfère
c’est le silence d’un regard grand ouvert
d’une main levée tendue
le silence d’une main qui caresse
repousse tous nos bruits
disperse loin
toutes nos dissonances
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

L’or au toucher

mes mains sont lampe de poche
je m’éclaire au toucher
au jugé au souffle que l’air déplace
dans mes cheveux
filmée au ralenti je me vois double
sur la pellicule gesticulant
je conjure les images qui ont pris
la couleur de la nuit
ce décalage avec le jaune imaginaire
qui court certaines heures
dans une pupille lointaine il bouge
et fait trembler le vacarme du réel
chaque jour je conjugue le verbe naître
logé dans son œuf
et c’est comme écaler la coquille
pour répandre un or auquel on ne croyait plus
©Perle Vallens

Actualité·photo couleur·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Dans Le ventre et l’oreille, L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux

La revue Le Ventre et l’Oreille est une revue culturelle d’expressions musicales et culinaires. Elle réunit des articles au fil de l’eau et des numéros thématiques. Le dernier thème en date est « Beurk » et traite de dégoût gustatif, olfactif, visuel, concernant ce qui se cuisine et se mange, ou auditif s’agissant de sons, de musique…
Ici il s’agit d’une voix qui évoque un certain dégoût de la viande, crue notamment, et du sang (serait autant fascination que dégoût..) et se déroule dans l’arrière-boutique d’un boucher, là où ont été prises les photographies qui illustrent la narration et qui sont donc également de moi.
NB le titre est un clin d’oeil à Eschyle, de la citation originale : l’odeur de sang humain ne me quitte pas des yeux.

photo n&b·poésie

360°

corps devenu mur
devenu insecte rampant
sur le mur
devenu bouche taiseuse
corps fraise à main nue
son propre pivot
ancrage à vis bien serré
pour éviter les faux pas
passe ses copeaux sous silence
sa force de coupe son taux d’usage
peut rogner la matière jusqu’à l’os
puise dans l’usinage des jambes
sa stabilité son socle
pour une rotation à 360°
pour un geste qui embrasse
corps adhésif sur toute surface
s’accole s’agglomère lisse
égrène son pollen pleine peau
sa pluie de particules touche
l’horizon du monde
©Perle Vallens