corps·photo couleur·poésie

coeur nu

je suis la ligne du cœur
le pli en plein milieu
les pointillés détissés
je suis la découpe des liens
la cicatrice la signature
ce nom qui tiraille
une salaison au soufre
brûle jusqu’aux lèvres
si on le prononce
je suis le poids intercostal
la pointe nue de l’organe
qui a mangé la langue
qui a mâché la chair
qui l’a digérée jusqu’à sclérose
jusqu’à disparition progressive
je suis la face externe
du ventricule le viscère noir
fraîchement vidé de ses épines
génétiquement programmé
pour battre encore
je suis ce muscle débraillé
impudique dévasté
j’écarquille ce roc fendu
j’écarte chaque pan d’hier
tiré pour l’en couvrir
j’arrache chaque grillage des côtes
qui l’empêcherait de tenir seul droit
ce jour où il reposera dans ma main
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober, premier jour

Inktober est un rendez-vous initialement graphique, à l’encre (ink) que j’ai détourné en mots l’année dernière, avec une série de poèmes courts. Je récidive cette année.
Chaque jour correspond à un mot imposé, dont voici la liste (anglophone) :

Dès demain, et par facilité, je les proposerai 5 par 5. Illustré, au moins pour l’un d’eux. Voici le premier.

On ne sait quel cristal perce
quelle transparence s’empare
de la matière
quelle distillation pour ne laisser
que pureté
pour ne suspendre que le plus volatile
que le plus éphémère

A la voix, on aurait espéré
chant plus clair
plus limpide qu’une seule goutte
plus nette qu’une éclaboussure
©Perle Vallens

Actualité·corps·photo n&b·poésie

poids d’une pierre / autour du corps par le Jeudi des mots

Notre propre corps nous accable
tout ce poids porté sur nos épaules
la sensation bien pesée de pour et de contre
et la déformation des os
grossis avant la poussière
Chaque corps est une pierre
lourde d’elle-même
©Perle Vallens

Quelques photographies et deux poèmes de Carcasse ont été sélectionnés à l’occasion du Jeudi des mots, dont le thème actuel est « autour du corps ».

montage photo·Non classé·photo couleur·poésie

Jamais les mots

jamais les mots séchés
sur le fil des conversations
jamais les mots ne franchissent vraiment
jamais ne s’acharnent plus loin que nécessaire
se voient dépareillés déshabillés pleine désolation
jamais ne naviguent au-delà préfèrent se noyer
toujours tremblent leur balbutiement
trempent comme soupe en bouche
pâtes-lettres d’étrille entre quatre dents
trop sans chanter ou dire leur fait
feraient tache dans leur acharnement
feraient jaser sur le très rouge de la langue
flamme nue en plongée dans les yeux
les mots s’y noient en jet de pierre
ricochent encore leur bruit de gorge
la trancheront bien proprement dans le sens du désir
si le tranchant des phrases bien aiguisé
si leur chant court à la corde
vocalisent d’été baisent dévoreraient pleines lèvres
puis épuisés mordus décimés si disette
si amnésie minute avant amoncellement
si excision déforme l’angle d’attaque
défibrille le tissu laryngé sa densité basse
qui saigne déjà d’encre abondance
traces possibles de flux inversé
qu’on appellerait romance
monceaux de mots s’entassent atones
essoufflés leurs spasmes à peine passage frayé
décharge personnelle de mots-détritus
espacement insuffisant pour protéger
l’avancée valse par valse ou déjouer la danse
à moins d’un prodige
©Perle Vallens

montage photo·photo couleur·photo n&b·poésie

Nuage à la bouche

substance baudruche 
gonflables à mesure qu’ils se chargent
de leur poids du jour
les nuages cherchent leur expansion
laissent échapper leur blancheur 
pourraient franchir les frontières du ciel 
trouvent une bouche plus grande qu’eux 
qui les aspire comme rafale 
les avale pour de faux
bulles de chewing-gum barbapapa
neige impalpable en suspension 
poudreuse mangée entre les lèvres
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·dessin·montage photo·photo n&b·poésie

Lui

Les dents, des doigts qui s’avancent à la morsure
La langue, ce serpent qui s’enroule, se déroule dans les bouches
Ses lèvres refermées sur doigts et serpents devenues porte close, s’ouvriront pour dire toutes les images cachées sous le front
Lui bombé d’intelligence sous le cheveu blond, petite broussaille de foin rare, le front comme voûte, avancée sereine du cerveau
L’œil, la noyade si l’on n’y prend garde
Le menton n’est qu’un avant-poste
Le cou, l’anguille qui s’évanouit, qu’on verrait disparaître dans le seau de Francesca
L’épaule a la rondeur ferme des fruits d’été soyeux sous la joue
Les bras longs déliés de félins
Ses mains comme patte de chat, griffes fines à glisser sur les peaux
Le poitrail est valeureux ponton pour les poitrines, quelques poils caressants sont l’herbe fraîche du matin
Le ventre est oreiller, tu sais, celui des note japonaises, un fouillis, un feu-follet, ou du livre chinois, riche de ces estampes dessinées en imagination sur le souffle, jusqu’au nombril, en creux de mes histoires intimes
Ton sexe est arbre fier, veiné d’écorce, dressé au ciel
Tes jambes, des lianes pour s’accrocher à ma taille, et tes pieds, des singes immobiles à leur extrémité, sages et obscènes à la fois

©Perle Vallens

photo n&b·poésie

à pleines dents

Né d’une dépendance universelle
a traversé la vie avec le même bagage que les autres
a traîné son corps dans on ne sait quel avenir
la quête qui l’a guidé vers on ne sait quel dieu
l’autre peut-être dans ses bras vides
dans sa bouche vaine pavée d’intentions incertaines
L’altérité gagne son pain noir à la sueur de l’attente
il faut une dentition saine pour mordre
aux chaleurs intouchables
(l’espoir comme appareil dentaire)
©Perle Vallens