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Nuage à la bouche

substance baudruche 
gonflables à mesure qu’ils se chargent
de leur poids du jour
les nuages cherchent leur expansion
laissent échapper leur blancheur 
pourraient franchir les frontières du ciel 
trouvent une bouche plus grande qu’eux 
qui les aspire comme rafale 
les avale pour de faux
bulles de chewing-gum barbapapa
neige impalpable en suspension 
poudreuse mangée entre les lèvres
©Perle Vallens

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Lui

Les dents, des doigts qui s’avancent à la morsure
La langue, ce serpent qui s’enroule, se déroule dans les bouches
Ses lèvres refermées sur doigts et serpents devenues porte close, s’ouvriront pour dire toutes les images cachées sous le front
Lui bombé d’intelligence sous le cheveu blond, petite broussaille de foin rare, le front comme voûte, avancée sereine du cerveau
L’œil, la noyade si l’on n’y prend garde
Le menton n’est qu’un avant-poste
Le cou, l’anguille qui s’évanouit, qu’on verrait disparaître dans le seau de Francesca
L’épaule a la rondeur ferme des fruits d’été soyeux sous la joue
Les bras longs déliés de félins
Ses mains comme patte de chat, griffes fines à glisser sur les peaux
Le poitrail est valeureux ponton pour les poitrines, quelques poils caressants sont l’herbe fraîche du matin
Le ventre est oreiller, tu sais, celui des note japonaises, un fouillis, un feu-follet, ou du livre chinois, riche de ces estampes dessinées en imagination sur le souffle, jusqu’au nombril, en creux de mes histoires intimes
Ton sexe est arbre fier, veiné d’écorce, dressé au ciel
Tes jambes, des lianes pour s’accrocher à ma taille, et tes pieds, des singes immobiles à leur extrémité, sages et obscènes à la fois

©Perle Vallens

photo n&b·poésie

à pleines dents

Né d’une dépendance universelle
a traversé la vie avec le même bagage que les autres
a traîné son corps dans on ne sait quel avenir
la quête qui l’a guidé vers on ne sait quel dieu
l’autre peut-être dans ses bras vides
dans sa bouche vaine pavée d’intentions incertaines
L’altérité gagne son pain noir à la sueur de l’attente
il faut une dentition saine pour mordre
aux chaleurs intouchables
(l’espoir comme appareil dentaire)
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Point de non retour

terre rasée terrassée
s’intercale entre deux sections nues
déflorées restées à sec
s’interroge sur ses craquelures
sur ses cratères toujours plus creusés
questionne son point de friction 
son point de non retour 
de non respect de non sens
de rotation de désynchronisation
il reste une seconde intercalaire
à mi parcours du temps astral
une seconde minuscule pour faire basculer
c’est affaire de décompte
dans le vide sidéral
c’est affaire de marche rapide
dans le mouvement interne
dans le crépitement du noyau liquide
c’est affaire de désordre anthropocène
ne sait qui rendra des comptes 
quand les scories couvriront 
de cendres jusqu’au soleil noir
©Perle Vallens

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Nom à la bouche

Confluence de tes mots à mes lèvres
s’ouvrent sur ton nom 
mordu de sa belle mort 
entaillé d’un signe d’un silence 
mouillé de la pluie de ma bouche 
qui le baigne 
qui brasse et malaxe 
mâche et le saigne
achève dans ses jus
impossible à digérer 
ton nom ma plus chère bactérie 
prise en amitié colonisée 
désigne ma faiblesse 
mon désir
petite créature
multirésistante
©Perle Vallens

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Trouée de ciel

Le ciel baisse sa vue devenue courte
passe sous la corniche 
s’éloigne et se rapproche
Le ciel joue avec nos nerfs et nos yeux
chasseur cherche sa proie loin des nuages 
chatouille la terre à l’orée d’un crépuscule qui tarde
Trouée grande comme le sas du jour 
le ciel y pénètre par la plus petite ouverture 
pour l’élargir 
remplace sa houle par plus grande tempête 
par furie de vent
Cette violence du ciel ravage sans grand bruit 
juste un souffle pour obscurcir 
pour s’affranchir du jour 
froid et dur tombé entre nos mains 
Le ciel blesse sans en avoir conscience 
©Perle Vallens