Le thème de Poésie SCHLAG qui sera diffusé sur l’Aléatronome, webradio de Saint Etienne, est « bizarres » et il offre tellement de possibilités d’écoute que ce nouvel épisode du podcast poétique, demain jeudi 20 mai à 19h00, est particulièrement intrigant et attendu ! NB l’émission sera disponible ensuite sur soundcloud. Merci à Margaux Lallemant qui assemble nos voix d’avoir sélectionné mon texte. En grande fan du réalisateur, qui se double d’un véritable designer sonore dans certains de ses films, j’apprécie beaucoup.
Edit : Poésie SCHLAG est en écoute sur soundcloud :
La femme est debout, très droite, presque rigide. Son regard est fixe, ses sourcils froncés, une barre au front sous la frange basse. Elle regarde devant elle avec une fixité de rapace. Son visage trois quart dos, légèrement penché, dirigé vers la droite.
On peut suivre la direction parmi les touffes hautes un peu jaunies, les bouquets odorants de genêts. Le regard pourrait passer au-dessus et atterrir dans l’espace vierge, plus ras, qu’on imagine vidé de ses pissenlits et de ses pâquerettes. Un espace qui semble avoir été tondu peu avant et qui exhale encore son odeur fraîche, un peu acide, d’herbes coupées.
Il est là, en contrebas. L’enfant. Il est assis dans l’herbe. Il joue avec des morceaux de bois, des petites pierres, des brins secs. Il a peut-être quatre ou cinq ans, flotte dans des vêtements trop grands pour lui, un survêtement, son haut à capuche, Peut-être celui d’un grand frère ou d’une grande sœur. On ne voit pas vraiment son visage, seulement la ligne que dessine la lumière de fin de journée. Elle souligne l’ovale tendre, le petite nez et pose de l’or dans la tignasse hirsute, blonde. De loin on devine l’œil rieur, le sourire et la joie de l’enfant qui joue.
A l’horizon, le soleil décline et baigne la prairie de ses rayons encore vifs et déjà chaud pour la saison. Un oiseau passe et c’est le seul bruit que l’on n’entend, la seule silhouette que l’on voit traverser le paysage.
Il joue et comme tous les enfants de son âge qui jouent, il est seul au monde. Il a occulté, le temps du jeu, la présence de celle qui probablement est sa mère. Sa mère qui ne le quitte pas des yeux, quelques mètres derrières l’enfant. Qui probablement surveille, une louve, son petit. Une histoire, une vie de mère.
Je vois une légère crispation, le menton qui s’avance, pointu et les lèvres pincées. Elle a un geste, une main s’avance et elle ouvre la bouche, comme pour appeler ou dire quelque chose. Puis elle se retient. Le corps en tension, le visage en alerte, concentré. Autant que celui du fils, absorbé dans son jeu.
Il se frotte les mains et je vois bien qu’elles sont souillées, sales de terre, la paume brune. Il en a probablement jusque sous les ongles. J’imagine qu’il a farfouillé à la recherche de cailloux pour jouer, qu’il s’est amusé à la dînette avec la terre qui deviendrait de la nourriture. Tous les enfants font ça. J’imagine que c’est ce qui à la fois agace la mère, lui déplaît, sans doute en pensant à l’heure de la douche, au temps qu’il faudra ensuite pour le décrasser, ce petit pouilleux, en en même temps qui n’ose pas le déranger dans son jeu.
L’oiseau repasse et pousse un cri rauque qui fait lever le visage de l’enfant et celui de la mère, qui le suivant, se lève à son tour. Et moi, je regarde à mon tour l’oiseau, nos trois visages levés vers le même battement d’ailes, le même bec qui troue l’atmosphère, le même cri répété qui arrache un pan de ciel. Et à nouveau je regarde la mère qui regarde le fils regarder l’oiseau et le fils se rend compte à ce moment que la mère regarde elle aussi l’oiseau. Alors leurs regards se croisent et ils se sourient. Et pourquoi est-ce que ça m’émeut autant, c’est ce que je voudrais savoir.
Perle Vallens
(Mardis du Tiers Livre de François Bon – avec Marguerite Duras)
Ce cinquantième ciné-poème s’ouvre sur un genre non encore traité : la comédie musicale. J’ai choisi le cultissime West side story de Jerome Robbins et Robert Wise (lien vidéo https://youtu.be/k8MiOb8yzlc ) mais il est possible qu’il ne soit pas accessible pour des raisons de droit, sur youtube. Le voici dans l’intégralité sur le blog :
Je serai présente au Marché de la poésie du 20 au 23 juin 2024, je dédicacerai peggy m. paru aux éditions franco-belge la place le samedi 22 à 16h00 sur le stand de la librairie Wallonie-Bruxelles qui a la gentillesse de m’héberger pour l’occasion (stand 209/516).
Je dédicacerai également (et dessinerai/écrirai in situ puisque c’est le concept open art/livre pauvre) sur le stand du tract poétique et féminin/féministe Radical(e) pour le nouvel opus de Guylaine Monnier et Amélie Guyot, qui accueille plusieurs de mes poèmes & photos (stand 700/704). La dédicace sera en « open art », avec dessin et graphie en direct. Venez !
Rendez-vous le jeudi 6 juin à 19h00 pour une scène ouverte à l’invitation du Stade poétique. Ce sera à la Librairie Les Sauvages, à Marseille. J’y lirai un texte léger, teinté d’humour. Juste avant, il y a un atelier d’écriture à 17h00 avec Rim Battal. Si vous n’êtes pas loin, venez !
Edit : retour sur cette journée marseillaise… Une des vidéos que j’ai prises (diffusées en story sur les réseaux) de Rim Battal lisant extrait de son recueil x et excès (castor astral, à réserver aux oreilles aguerries) et photo de moi par Guillaume Richez, merci !
Même si c’est difficile d’être humain, essayons de ne pas devenir des monstres Hong Sang-soo (film Turning Gate)
Nous avons eu nos instants de doute, nos traversées du désert, notre quant-à soi où nous sommes demeurés longtemps reclus. Tous nous avons connus la suspicion et la culpabilité que faisait naître cette suspicion. Nous avons connu cette façon de repousser un temps, de tenir éloignés les contours de ceux qui s’approchent trop près, ceux qui menacent de nous toucher. Nous avons tenu les silhouettes à distance, et c’était façon de se protéger. Nous ne savions pas réellement de quoi, d’une différence, d’un écart entre nous, quelque chose que nous ne maîtrisions pas ou que nous craignions de ne pas maîtriser. Nous avons connus ces inévitables reculs. Nous nous sommes dévisagés et dans notre façon de détourer nos sourires et nos grimaces, nous nous sommes reconnus comme semblables. Nous avons décelés dans l’autre la même animalité, la même monstrueuse incapacité, la même défiance. Nous avons eu pour nos frayeurs cette caresse innée, cette façon inédite de la reconnaître comme part de notre humanité, et pourtant nous aspirions à nous en défaire. Nous souhaitions nous nouer mais nos craintes nous en empêchaient, elles nous clouaient dans nos préjugés, nos refuges malsains, notre microcosme nourri de fausses impressions et de barrières hissées entre nous. Comment fallait-il s’y prendre pour les abattre ? Le souhaitions-nous vraiment ?
Notre instinct nous commandait à la fois de nous lier et de nous nier. Nous souhaitons tout autant entrer en contact, en connexion, et pourtant, toujours nous nous retenions de sauter dans ce vide. Il aura fallu que l’un d’entre nous démontre par l’exemple combien entrer en relation les uns avec les autres était bénéfique, combien cela nous était salutaire. Alors timidement, nous nous sommes rapprochés, nous avons interagi, nous nous sommes respectés, certains d’entre nous se sont aimés. Nous avons formé communauté ouverte et fluide. Nous nous sommes assemblés pour faire ensemble un nouveau monde, mobile, protéiforme, composé de nous tous.
Retour dans la végétation de la campagne camarguaise avec ce douzième vidéo-poème (et toujours improvisation) de résidence d’écriture à la Laune avec les avocats du diable/au diable vauvert, et retour au timing « habituel ».
Ce onzième vidéo-poème de résidence d’écriture à la Laune avec les avocats du diable/au diable vauvert, a été réalisé au retour de l’aéroport de Marignane, hier matin, aux alentours de 6h00. L’emploi du temps de ces derniers jours a engendré un léger décalage et la publication de deux vidéos aujourd’hui. Tentons un retour à la normale…
Ce neuvième vidéo-poème de résidence d’écriture à la Laune avec les avocats du diable/au diable vauvert, a été réalisé à l’aube entre éveil des animaux et bruits humains, à l’heure bleue. Il est un peu plus long que les jours précédents, parce que le suivant sera plus court (ce n’est évidemment pas la raison, vous vous en doutez bien). Totale impro, un peu plus réussi que d’autres fois, soit je m’améliore, soit je suis plus éveillée moi-même à 6h00 du matin !