On s’était diapasonné une dernière fois le pas sur le pas de l’autre trouver le rythme de l’ardeur et du désir On s’était arrangé pour s’agiter dans la moiteur conventionnelle d’un coït qui revient de loin. On s’arrangerait pour plonger davantage, pour prolonger les épithètes et les formes non verbales, les hypothèses plausibles d’amitiés amoureuses. Il y a de quoi parier sur des prolongations horizontales, sur des temporaires qui s’agencent, des potentialités à moyen terme et ça me colle des frissons progressifs, directement programmés à une date ultérieure. Je bloque toute effusion dans l’écluse de mes lèvres. N’empêche, les dents du sourire sont de plomb, d’un bonheur noirci sans savoir de quoi.
Ça dit oui, ça dit go mais quelque chose freine dans l’élan qui pèse plus que les bagages sur le quai de gare et dans les bras qui pèse plus que les jambes elles-mêmes à l’arrêt sur le même quai et ce rer qui n’arrive pas dont on hésite à préférer qu’il vienne ou ne vienne pas et si une grève inopinée non souhaitée et non souhaitable mais quand même quelque chose freine le départ J’ai dit oui j’ai dit go et le train affrété soudain ça fout le cafard alors que l’instant d’avant d’un coup je me sentais prête et pressée de rentrer et les rails apparus comme un horizon possible à longer du regard dans ce sens qu’on dit bon par excès de méthode coué à parcourir jusqu’au bon emplacement celui qu’indique le billet dématérialisé trop souvent éteint dans la lumière trop souvent terne d’un smartphone qui ne reçoit aucun message Je sais par cœur le trajet mais s’espacent les conditions du retour entièrement dissoutes dans les hypothèses du voyage inverse bien sûr je reviens bientôt et qu’est ce que ça change dans cet incontournable devoir rentrer et dans ce vertige de cette salle trop haute de la voiture 7 dans l’instant saisir la rampe pour éviter de chuter tomber à la renverse est un souvenir ou un rêve alors qu’est ce que ça change dans cet interminable à moins de sombrer dans le même interminable sommeil et de rêver que je tombe à la renverse Être renversée c’est oui ou ja dans l’allongement caressant on en redemande du renversement le corps et la tête à l’envers et ne pas se redresser trop vite mais rester renversée, se laisser traverser par toutes la palette des émotions, comme tout un paysage qui défile sur la vitre d’un train, cet effet d’accélération on sent bien ce que ça fait dans l’échine, la vitesse du train son effet sur l’accélération des émotions, leur circulation dans le sang, leur effet dopant et addictif, on n’imagine pas à quel point on devient accro à la grande vitesse des sentiments.
Ça dit oui, ça dit go mais quelque chose freine dans l’élan qui pèse plus que les bagages sur le quai de gare et dans les bras qui pèse plus que les jambes elles-mêmes à l’arrêt sur le même quai et ce rer qui n’arrive pas dont on hésite à préférer qu’il vienne ou ne vienne pas et si une grève inopinée non souhaitée et non souhaitable mais quand même quelque chose freine le départ
J’ai dit oui-go comme ouija et le train affrété se peuple soudain de fantômes et soudain ça fout le cafard alors que l’instant d’avant d’un coup je me sentais prête et pressée de rentrer et les rails apparus comme un horizon possible à longer du regard dans ce sens qu’on dit bon par excès de méthode coué à parcourir jusqu’au bon emplacement celui qu’indique le billet dématérialisé trop souvent éteint dans la lumière trop souvent terne d’un smartphone qui ne reçoit aucun message
Je sais par cœur le trajet mais s’espacent les conditions du retour entièrement dissoutes dans les hypothèses du voyage inverse bien sûr je reviens bientôt et qu’est ce que ça change dans cet incontournable devoir rentrer et dans ce vertige de cette salle trop haute de la voiture 7 dans l’instant saisir la rampe pour éviter de chuter tomber à la renverse est un souvenir ou un rêve alors qu’est ce que ça change dans cet interminable à moins de sombrer dans le même interminable sommeil et de rêver que je tombe à la renverse
Être renversée c’est oui ou ja dans l’allongement caressant on en redemande du renversement le corps et la tête à l’envers et ne pas se redresser trop vite mais rester renversée, se laisser traverser par toutes la palette des émotions, comme tout un paysage qui défile sur la vitre d’un train, cet effet d’accélération on sent bien ce que ça fait dans l’échine, la vitesse du train son effet sur l’accélération des émotions, leur circulation dans le sang, leur effet dopant et addictif, on n’imagine pas à quel point on devient accro à la grande vitesse des sentiments.
Quelle cause plaider qui ne ploie sous le joug de l’indifférence, genou à terre, quelle pitié interrompt la langue étrangère qui se parle à l’intérieur des têtes, qui se dit des histoires et s’invente des vies, contre quel regard buttent ces vies, le long de quelles interrogations, de quelles insistances qui pèsent sur les existences. Celle qui marche dans son jardin privé n’en sort que pour cueillir un sourire véritable. Ni compassion ni mépris mais quelque chose de tangible qui rend acceptable sa présence sur terre et la préserve de tout un monde dont elle sait devoir s’absenter.
Marche minimale dans les généalogies et les sentiers ombragés, la forêt sèche et rocheuse, estompée de lumières d’enfance, coulisse son rideau de feuillages et c’est une parure odorante qui me couvre. Une caresse quand bien même le vieillissement de la peau, soleil oblique, intimidé par la pénombre moussue de chênes et de pins, humide présence vivante.
J’accède ainsi sans rien faire, sans rien exiger, à certains miracles qui ventilent les émotions. Je ne compartimente pas. Je laisse venir, je me submerge. Le paysage m’est éblouissement, m’est accalmie jusque dans le dos lourd, et le genou douloureux, jusque dans la cheville fragile, jusqu’au fond du ventre tendu d’absence. Et cela semble suffisant pour éloigner les peurs.
Just a perfect day s’espère, puis s’éconduit, se reconditionne dans son étui du lendemain, dans son recours au lendemain, ce mauvais esprit qui prône que c’est un autre jour. Ni meilleur ni pire, ou bien, quoi ? Ce qu’on prise est-ce aussi ce qu’on prie, ce qu’on capte dans le recueillement du regard, qui réussit à aplanir les aspérités, à modifier les perceptions. L’intensité se caresse de loin, c’est un paysage estompé sur lequel on souffle en espérant secrètement qu’il se rapproche. L’élément narratif qui fait que l’on donne sa chance à la nuit. On imagine une forme d’instabilité, et ça pencherait du bon côté de la balance, on se jouerait la scène, on limiterait la casse. On accepterait ce rôle tout compte fait taillé sur mesure. L’image colle à la peau. Faire semblant est une possibilité. Engager sa responsabilité nous vaut un selfie artificiel, ce reflet au miroir bien encadré entre le satisfecit salvateur et l’imaginaire secouriste. Mais adhésion à court terme dans l’attente d’autre chose, des potentialités du lendemain, l’étendue poreuse de l’aube depuis l’heure du désœuvrement. J’attends que s’éventre ce lac de retenue à irrigation immédiate. J’attends juste de me sortir de moi, me faire prendre l’air, me sauf-conduire jusqu’à demain.
Je n’en finis pas de savoir, et pourquoi cette densité là m’éreinte, pourquoi s’apparente t elle à une perte ? Et pourquoi la mélancolie comme retour de bâton de la joie ? Celle là même qui je garde intacte, au chaud pour plus tard, ne pas la dilapider, la cacher, pourquoi ? La pluie qui ne vient pas, qui ne vient rien gâcher, qui ne fera aucun dégât sur la tranquillité apparente, reste suspendue au bon vouloir du ciel, et se perd en nuages hauts, en conférence gesticulée sur l’art d’ombrer les fleurs, cette insuffisance solaire pour une fois bienvenue et cette solidité du cœur en écho avec celui des rudbeckias. Passage à gué des guérisons lentes, montée des eaux d’un hier à hauteur de Seine, je me dis pas loin du fleuve, au moment où je coule un peu plus dans le jaune des pétales.
Des chaleurs et des chaleurs se croisent et finissent par se multiplier jusqu’au ciel opaque de ce matin de nuit trop courte, d’histoire trop brève, de minutes ajoutées a d’anciennes minutes qu’on ne parvient pas à faire tenir debout. Ce blanc un peu sale oblitère (tu penses oubli-taire) les pensées. S’invite un vide salutaire, un démembrement durable quelques secondes et ca suffira pour cette première heure du matin. Cette lumière de neige qui se dit caniculaire. Je prends mes fakes sous le bras. Tout à l’heure sous les draps. Je les lave dans le fond d’une tasse de mauvais café. Une tasse sans aucune profondeur. Un défaut de fabrication de mes rêves sans doute. Préférer la langueur et le silence du matin pour remettre les esprits en place, les sourires des fantômes s’ajustent parfaitement au vide du moment.
Horizon ocre rougeoyant, ocre de lave sous les pieds, ocre perlé de sueur, ocre cassant de fémur, ocre bien ou mal manipulé, ocre vertébral. Descente horizontale. Une seule ligne, n’en choisir qu’une seule, la tenir. Prise la ligne pour seul horizon. Creuser. La foulée décisive, un cran plus loin. Cri du souffle, se perpétue dans l’ocre rouge de la piste. Persistance du cri dans les tendons, loin la tessiture dans les fibres, le feu de la foulée. Ocre le cri. Ocre morsure de la piste. L’à peu près musculaire. Crissement de la chaussure en dérapage, déplier, déployer à hauteur d’épaule, délester la fatigue, la faire glisser. La faire ramper dessous. Arpenter plus longues distances sans crainte de l’ocre. L’enjambement, la jointure. Il faut savoir sauter. Se dessine un essaim dans l’air. Un essaim de poussière qui se respire aux pieds. Le tracé comme l’empreinte. Sur la piste se dessine une prière. Égrener rosaire sableux, ses graines d’ocre. Graines de fièvre où pousse la passion et les médailles. L’œil boit son ocre et rêve, aplanit l’obstacle. L’œil erre et respire. Air d’ocre, opaque, qui claque les poumons comme une voile. Vent accélérateur de particules d’ocre. Dans l’air, l’odeur des victoires. Alentours de carrières de verdure. Visages de pierre. L’ocre aussi sait sourire.
Perle Vallens
Ecrit durant « l’anthologie d’été-40 jours » du tiers livre, sur consignes d’écriture proposées par François Bon
J’enclenche la première et c’est comme si je conduisais pour la première fois, première minute et le trac surgit, celui de rentrer plus que de partir quelque part L’inconnu moins angoissant que le trop connu, l’irréel moins fictif qu’une sortie de route Flottement de lumière basse sur le pare-brise, le paysage tremble de tout son long de tout son horizon qui ne promet rien qu’une nuit d’été plus claire plus longtemps S’il fait encore jour l’inquiétude se tait encore entre les portions de bitume brûlant et les fleurs des talus de la départementale Au bout il y a l’autoroute que regagne cette file de voitures devant moi, leur clignotants à droite en témoignent C’est l’heure des entrées et sortie de villes, l’heure où l’on regagne ses pénates Bercail, je me dis, je pense parents-enfance-amis-absence-personne-souffle-manque Profonde inspiration au moment de saisir le ticket du péage à l’entrée de l’A7, mes doigts gourds et malhabiles, toujours la crainte qu’il tombe, s’envole, que je sois obligée de quitter l’habitacle, d’aller le ramasser ou qu’il disparaisse trop loin Ce nœud dans l’estomac, cette infime brûlure, je la connais elle s’estompera sans doute dans une petite heure, elle se commutera en autre chose de plus insidieux tout au fond des articulations et bien sûr plus tard, il faudra bien que je fasse une pause, ce sera toujours bien trop tôt, bien avant les deux heures conseillées mais je ne serai pas capable d’attendre davantage il faudra que je trouve une aire d’autoroute Le ticket je le pose sur le siège passager, là où tout près, la carte bancaire pour régler à la sortie, le téléphone, la bouteille d’eau Là le faire semblant d’une vie normale, non captive de son corps Les genoux sclérosés disent rapidement qu’il faudrait marcher mais c’est bien trop tôt, pas du tout ce que j’avais prévu et comment le temps de trajet pourrait doubler si je leur obéissais La pluie tombe précisément à ce moment-là comme pour rappeler cette intuition du corps, ce baromètre logé dans l’articulation qui d’une façon quasi horlogère donne avec une précision rare ses indications de pression atmosphérique, la masse d’air qui va se frotter, se charger, exploser en gouttes d’eau sur le pare-brise Les balais d’essuie-glace couinent, le caoutchouc se décolle un peu, j’aurais dû les changer il y a un moment déjà Ma vieille voiture dont je prends si peu soin, métaphore de mes membres, l’auto vieillie, rouillée, qui sait si c’est défaut d’entretien ou d’une erreur à la création Je pense à ce vieux film, Christine, voiture-phoenix née de ses cendres et comment dès le début, quelque chose cloche avec elle, avec son fonctionnement Ma carcasse, une histoire de prédestination ou de mauvais entretien, où est-il le garagiste à qui tenir grief ? La pluie s’accentue et les balais l’effacent à mesure qu’elle tombe, mes pensées drues sur la surface, les faire disparaître, s’il suffisait de balais d’essuie-glace pour essuyer les blessures Les balais écrasent et s’écrase avec la sensation d’être entière Morcelée plutôt Émiettée à l’intérieur comme l’os Je me désagrège, j’y pense, je me vois fondre Je suis tellement obsédée que je manque la sortie de l’aire Il faut attendre une vingtaine de kilomètres de plus et je sens la douleur grignoter l’espace entre le genou et le pied, le long du fémur Quelque chose me parcourt, chatouille ou ronge, je ne sais plus trop à ce stade de l’impatience Il me tarde de me poser et pourtant l’allure diminue, je ne suis plus qu’à 100 km/h Ma tête répond mais mes jambes J’aimerais être déjà arrivée J’aimerais retrouver ma chambre d’ado, mon vieux lit défoncé, le mur vide où reste des traces de posters Des fois je regrette de les avoir arrachés et jetés, c’est comme si j’avais éradiqué tout un pan de ma vie Le seul que j’ai gardé, reproduction de la danseuse de Degas, a vécu, s’est froissé, déchiré au coin, là où le scotch s’est arraché, plein de poussière le poster survit aux autres La photo de la statuette en couleur, un genre de fétichisme qu’elle avait, elle disait que la petite danseuse lui avait porté bonheur, elle y croyait, la statue au Louvre, cette danseuse de cire, son vrai tutu, sa posture de fillette sage, mains dans le dos, yeux mi clos, l’air vague, l’air vaguement absente Il y a peu j’ai vu un cliché de Marilyn Monroe devant la statuette, ça m’a fait bizarre, ça m’a fait penser à elle Tout le long du trajet qui me sépare encore de l’aire, je pense à elle et je me délite de trop de souvenirs branlants qui ne me tiennent pas entière, seulement des morceaux de moi-même qu’il faut assembler Me dire que je n’ai fait que le cinquième de la route me décourage Ne pas la manquer la sortie cette fois, prendre la bretelle, m’engager, décélérer, stationner enfin et descendre de la voiture Où sont donc passées mes jambes ?