atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Dans le buisson

Elle scrutait depuis de longues minutes, en embuscade derrière le buisson, patiente, attentive. Aux aguets, attendant que quelque chose se produise, que quelque chose apparaisse qu’elle croyait entendre tout en ce demandant ce qui pouvait bien se mouvoir dans le feuillage, ce qui allait, peut-être, apparaître.

L’odeur le précédant, musquée, puante presque, il fut devant elle. Ce n’était somme toute qu’un amas de poil, dont on ne voyait ni museau ni yeux, comme font les hérissons lorsque par crainte ils se mettent en boule, mais sans les piquants. Elle s’attendait au surgissement, elle l’espérait mais ne put empêcher un geste de recul brusque qui la fit tomber sur ses fesses. 
L’animal exhalait une telle odeur qu’elle dut se boucher le nez. Sa présence la fit frissonner, ses tempes se mirent à bourdonner. Elle fut prise d’acouphènes et de tremblements. Elle n’osait bouger en dépit d’une répulsion certaine et irrépressible. Elle se sentit habitée par la bestiole comme si elle-même devenait cette boule de poil affreusement malodorante et en conçut un grand désarroi, un désagrément indicible, un véritable malaise. Ce qu’elle ressentit par-dessus tout, put-elle seulement le nommer : la peur. Celle qui paralyse puis foudroie.

La syncope la surprit au milieu des feuilles mortes où elle chut, sa jupe froissée en corolle autour d’elle. Combien de temps était elle restée ainsi évanouie, elle ne savait mais à son réveil, il avait disparu.

Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Là où naissent les fantômes dans Poétisthme 15

Poétisthme est une revue en ligne emmenée par le collectif éponyme, qui aborde la poésie, et la littérature au sens large, de différentes façons, souvent thématiques. Mais pour ce numéro 15, il s’agissait de lier mots et photographie.
J’ai choisi un cliché de la lande camarguaise prise lors de ma résidence d’écriture à Vauvert, invitée, en tant que lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021, par les Avocats du diable, association liée à la maison d’édition au diable vauvert. Le texte s’intitule Là où naissent les fantômes.

La revue propose de très belles associations que je vous conseille d’aller voir & lire. On peut consulter et/ou télécharger Poétisthme 15 ici.

atelier Tiers Livre·écriture·prose

C’était le temps…

photo internet

C’était le temps des déambulations à plusieurs sur les trottoirs trop étroits pour nous contenir tous -et va savoir pourquoi je me prenais toujours un poteau en regardant les copains – du lèche vitrine, fringues et bijoux, les collections de chaussettes Burlington, pulls Benetton – United colors of -, les blousons d’aviateur Chevignon, les polos Lacoste, les chaînes et pendentifs chien Agatha, nous étions tous un peu soumis à la mode, presque, pas vraiment, un peu, beaucoup passionnément, nos détours par les recoins de la gare, passer les rails, là où c’est interdit ou nos étapes à l’amphi de Watteau, nos répétitions de théâtre, nos danses improvisées.

C’était le temps des arrêts d’autobus, des stations de métro, des couloirs où l’on s’engouffrait en courant pour entendre nos pas résonner, des portillons que certains d’entre nous sautaient parfois, ou qu’on passait à deux quand il prenait l’envie idiote de resquiller nous donnant à nous mêmes l’impression de rebelles, des rideaux baissés à une heure du matin, alors on rentrait à pied ou on attendait quelque part, on passait la nuit dans un parc jamais fermé quand l’obscurité nous montait aux yeux, parfois on s’y endormait jusqu’au premier métro du matin.

C’était le temps des boulangeries, les premières ouvertes, leurs viennoiseries encore tellement chaudes qu’on s’y brûlait la langue, les pains au lait et les brioches à tête, les baguettes tout juste cuites, ou bien des cafés, leurs banquettes de skaï et tables en formica, on se calait autour pour boire un mauvais café, parfois un noisette, avec un grand verre d’eau pour faire passer l’amertume et des tartines beurrées, dans le bruit des machines à expresso, du bavardage matinal, le klaxon des voitures, le couinement des bus, leurs suspensions usées, et bien après, le signal de fermetures automatiques des portes du métro quand finalement on repartait.

C’était le temps des bibliothèques universitaires, celle si mal achalandée de la fac qui nous servait plus de lieu de réunion, de salle de travail ; celle de Beaubourg et les « suicides » de pigeons, leurs plongés en piqué qui nous distrayaient de nos travaux de recherche ; celle de la bibliothèque Sainte Geneviève, la plus belle salle de lecture, ses boiseries, son plafond voûté, ses armatures métalliques, et dans le silence compassé, l’étude de livres rares, de documents historiques, l’odeur des vieux ouvrages, ce parfum de papier d’une autre époque, mélange de poussière et d’encre.

C’était le temps des salles de cinéma, celles d’art et d’essai de la rue des écoles avec les films de Capra, Lübitsch, les comédies américaines des années 30/40, les séances à prix unique, celles où l’on était deux ou trois dans la salle, la séance de midi dans ce petit cinéma près de la fac où parfois c’était projection privée, où j’avais la salle pour moi toute seule, les cycles par thème, par réalisateur, les rétrospectives, les festivals, les hommages, et parfois ces nuits complètes à regarder des films, les soirées où le spectacle est autant dans la salle que sur l’écran, les courts métrages avant le film principal, les discussions pour décortiquer le film à la sortie, et comparer avec tel ou tel autre cinéaste, replacer dans la filmographie de l’auteur, discuter photographie, scénario, jeu des acteurs… et repartir quand le jour baisse déjà mais que la lumière et la magie filtrent encore sous la paupière.

C’était le temps des bistros à l’ancienne, ceux avec les baby-foot, les flippers, coups de hanche et extra-balles, ceux où l’on refaisait le monde en sirotant des panachés ou des perroquets, en observant de biais les pochtrons du quartier et leurs verres de blanc ou leur pastis, leur philosophie de comptoir déboulant par-dessus le zinc opaque en direction d’un patron de bar, son oreille distraite et compatissante à la fois, et nous nous moquions vaguement, surtout de la démarche titubante après le énième ballon vidé.

C’était le temps du retour chez soi, elles leur chambre en foyer d’école d’ingénieur, lui sa chambre de bonne minuscule avec chiottes sur le palier, moi mon studio de banlieue (et les autres où étaient-ils?), tous éclatés aux quatre coins de Paris, éloignés, dispersés et c’est peine à se retrouver après nos années de lycée, notre vie d’avant, la revivre, nos réunions, nos fous rires, notre amitié écornée par études supérieures, par avenirs indéfinis, incertains, par pertes de vue, par pertes de lien.

Perle Vallens

*écriture avec Michel Butor*

Actualité·écriture·concours littéraire·prose

Sélectionnée pour le prix Le Même (SFA)

Après une visite au centre hospitalier de Montfavet durant les Journées du Patrimoine, j’ai écrit un texte à mi-chemin entre l’histoire des asiles, leur architecture, et celle de l’hôpital, où plane la présence de Camille Claudel. Le texte reste certes un peu « scolaire », historique, mais s’entrecroise avec la voix d’une internée volontaire, dont n’est pas absente une amie d’écriture très présente au moment de la rédacton et qui se reconnaîtra dans ces lignes.

Le texte intitulé Marcher dans sa propre tête a été sélectionné pour le prix Le Même. Il n’est pas lauréat mais il a reçu les encouragements de la présidente du jury et à ce titre figure sur le site Internet de la Société Française d’Architecture. On peut le lire ici : https://sfarchi.org/prix-le-meme-2/
Je vous en souhaite bonne lecture.

NB Le prix Le Même sera remis ce jeudi soir à Paris. Je ne pourrai malheureusement pas être présente mais je remercie ici la présidente du jury, Julia Deck.

Perle Vallens

photo négatif·poésie·prose

Parce qu’aujourd’hui

je suis femme assise côté passager
je regarde passer ma vie
comme s’il s’agissait d’une autre
reflet enfermé dans la vitre
je suis mon propre paysage
sans le savoir
toute l’enfance durant
j’ignorais que j’existais vraiment
ailleurs que dans d’autres regards
ce que dure l’enfance on ne le sait pas
elle termine (trop tôt) quand la main
la sale main moite
et velue et veule
se pose
et ça fait comme une tâche sur la poitrine
qui ne s’efface qu’avec le temps dit-on
la main a fait venir le rouge
aux joues tombées le sourire abaissé
trop crispé pour être
la honte s’est mêlée à autre chose
qui a fait de moi adulte avant l’âge
avant je ne savais pas ce qu’est être une femme
je ne savais pas vraiment
j’ai attendu d’autres mains pour effacer
la trace laissée l’enfance dessous
remonte parfois à la surface
je suis une femme assise aujourd’hui
du côté conducteur de ma vie
j’ai déjoué les pièges tendus par les mains
les miennes savent maintenant
essuyer la buée sur la vitre
mieux que quiconque sans rayer
les noms qui se sont déposés
sur le paysage

Perle Vallens

Actualité·Christophe Chomant Editeur·Erotisme·Nouvelle·Prix de la Nouvelle Erotique (PNE)·prose

Parution de Faims chez Christophe Chomant

Édité par Christophe Chomant, Faims est un recueil de trois récits érotiques qui mêlent sexe et nourriture et/ou cuisine. L’un des textes a été écrit lors d’une nuit du Prix de la Nouvelle Erotique pour lequel j’ai été par la suite lauréate.
Le livre d’un rouge flamboyant aux couleurs de la collection érotique de Christophe Chomant, est disponible en commande sur le site de l’éditeur.

« On dit souvent qu’il suffit de regarder quelqu’un manger pour savoir quel amant-e il ou elle sera. S’il chipote ou s’il est vorace, il n’aura pas le même façon de faire l’amour. Nombreux sont les parallèles entre sexe et nourriture. Le premier empruntant parfois son vocabulaire à la seconde, il peut être épicé, ponctués
de mots crus, salés. On commence par se dévorer des yeux, avant de se manger la bouche, puis de se lécher, se sucer, se mordre, avaler… Quand les aliments ne sont pas eux-mêmes de la partie ! Jeux coulant-mousseux-onctueux, de food play ou nyotaimori, selon modèle anglo-saxon ou japonais.
Ce recueil fait le récit de trois histoires de sexe qui puisent directement ou indirectement dans un univers culinaire, avec une double gourmandise et des sentiments. Car la cuisine est un acte d’amour. C’est un don. Un don sensuel de soi. Et les mets des messages pour ceux qu’on aime. »