Je vous propose cette après-midi l’écoute de Langue vivante, associant mise en voix et son/asmr :
Catégorie : prose
Ce que la terre dit (vidéo-poème)
Voici un nouveau vidéo-poème (en attendant le prochain ciné-poème), Ce que la terre dit, non sans rapport avec le texte publié il y a deux jours. Comme souvent, le texte et la mise en voix, les images sont de moi. L’animation sonore est cette fois de Benjamin Aït-Ali, compositeur d’électroacoustique.
Dans l’obscurité

C’est là, ici même. C’est là précisément. Peut-être s’éterniser. Là où. Un souffle, un rythme. On le ressent fort quand on y pénètre. Notre œil se fait caméra pour percer l’obscurité. Zoome avant, balaie, dans un long travelling horizontal, mesurant l’espace. Il ne s’agit pas de dénombrer la largeur, la longueur du lieu mais de se laisser porter, de le laisser jaillir à l’intérieur.
Ça bat au plus profond, ici, dans le ventre, en écho à la persistance rétinienne, en écho au silence teinté de parole du lieu. Car le lieu parle, n’en doutons pas. Il s’adresse à nous, il se confie. Sa voix caverneuse résonne en nous. Il se souvient. Il savoure l’échange. Nous nous imprégnons de son âge, de ses destinées, sa plénitude minérale, inatteignable, site immémorial et pourtant proche de nous. Avec lui, nous nous perdons dans la nuit des temps. Avec lui nous flottons et nos os claquent mais ce sont applaudissements.
Le lieu porte un visage inscrit dans son antre, dans ses creux. En surface nous sourit et nous sourions en retour. Il n’y a rien d’inquiétant dans son noir. Noir n’est pas noirceur. S’il l’est, noirceur n’est pas totale obscurité. Si elle l’est, obscurité n’est pas fatalement obscurantisme.
Perle Vallens
Inktober 2023 (fin)
26/10 enlever/supprimer
Je balbutie mes rêves sans savoir vraiment
s’il faut enlever ou ajouter des métaphores
aux messages
s’il faut supprimer le flouté l’effet dansé qui ressemble un peu à la joie
qui ressemble à la vie
PV
27/10 bête
Cette bête féroce monstrueuse qui sommeille
en moi
sait aussi miauler et te mangera dans la main
pourvu que tu saches la dompter
sinon c’est elle qui te dévorera
PV
28/10 scintiller
L’œil braque
le soleil ses faux fuyants
le meilleur comme le pire
ce qui scintille luit aussi bien qu’il aveugle
PV

29/10 destruction massive
Qui sait entendre le silence
les traces décimées
les fumées de phosphore
toutes armes de destruction
massive
Qui sait où commence et où finit
le principe d’auto-défense
PV
30 se précipiter
S’ouvrir la poitrine, y faire entrer le monde est ce geste chirurgical, précautionneux avec lequel on s’avance à découvert, on s’expose, on se met à nu pour faciliter la greffe. La part de l’autre entrée en soi. Ce qu’il faut c’est procéder lentement, sans se précipiter, avec l’assurance nécessaire, la confiance. Lier sans fuite ce moi à son alter ego.
PV
31/10 feu
Au-delà du feu il y a encore du feu. Il y a la chaleur du feu, l’ombre du feu. Il y a les braises et les cendres. Il y a le souvenir du feu. Le souvenir du feu, c’est encore du feu.
PV
Lectures collectives, hommage à Emmanuelle Cordoliani
Il y a parfois des lectures croisées, des initiatives et des hommages collectifs sur le Tiers Livre qui est un peu une vaste famille (comme celle des ateliers de Laura Vazquez, qui a fait naître des groups de discussion, d’entraide, de bêta-lecture…), on s’achète, on s’échange nos ouvrages, on se lit (les derniers en date, Maison des mues de Catherine Serre et Comanche de Caroline Diaz). Cette fois, il s’agit d’une lecture en vidéo du « Journal d’un mot » de Emmanuelle Cordoliani. J’ai choisi le mot affection, monté sur un extrait vidéo d’un ballet contemporain. Chaque extrait vidéo a été collecté et l’ensemble monté, diffusé sur la chaîne youtube du Tiers Livre de François Bon:
Inktober 2023 (5 par 5, 4)
21/10 chaînes
De toutes ces chaînes qui nous enferment
dont nous sommes prisonniers
les plus fermement closes sont celles
qui emprisonnent notre volonté
PV
22/10 rugueux
La vieille peau usée rugueuse des mots
à répétition leur terre asséchée
aride leur sens déserté
par quelle parole nouvelle les remplacer
PV
23/10 céleste
Le mur d’en face est une faille céleste
le mur du fond s’efface sur sa propre fissure
s’ouvre sur une dimension passée
où ma figure s’encastre
PV

24/10 superficiel
Taire ses blessures même superficielles qui elles aussi percent, laissent voir, creusent comme les plus profondes, leurs galeries de fragilités que l’on souhaite garder cachées. Taire est subterfuge ou dissimulation, est surtout pudeur dis-tu. Taire et s’en tenir aux choses extérieures.
PV
25/10 dangereux
Tu sais que le désir qui te pousse est dangereux, que la vie même est dangereuse. Vivre c’est risquer, mais craindre de vivre c’est mourir à petit feu. La peur est une plante toxique aux ramifications vénéneuses, elle se plante en toi et t’empoisonne par lente paralysie.
PV
Ciné-poème 36 : le geste
Ce nouveau ciné-poème, le geste, est réalisé sur un extrait du film de Chantal Akerman : Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles.
Comment devenir un athlète oral ?

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.
D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus pour l’assouplir.
Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.
Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la.
L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang.
Dans une seconde phase, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue
A la fin, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.
A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.
Perle Vallens
Un doublé dans Dissonances : toxicatio et di(s)gression culinaire

Ce numéro de la revue Dissonances sur le thème toxique abrite à la fois un poème, toxicatio, (sélectionné de façon anonyme comme toujours par l’équipe de la revue) et un texte pour la rubrique Di(s)gression, carte blanche sur un domaine autre que la littérature, à la demande de Jean-Marc Flapp, chef d’orchestre de la revue. En l’occurrence, La cuisine, c’est de l’art ! Comme son titre l’indique, un propos sur la dimension artistique, et non seulement artisanale, technique, scientifique, à travers les chefs-artistes et leur sensibilité.
Vous pouvez acquérir ce numéro de Dissonances ici ou dès demain (en nocturne) et tout le week-end au Salon de la revue à Paris.
Je vous dis à samedi 19h30 pour une lecture de toxicatio, à L’Ours et la vieille grille à Paris.


Un texte dans Miroir, et la revue papier
Le dernier épisode de Miroir est très riche, l’est encore plus la revue papier d’après 3 des consignes proposées par Laura Vazquez. Elle est éditée par Captive Editions sous la houlette de Benjamin Milazzo qui fait un travail de compilation formidable chaque mois déjà sur la revue numérique. Je ne figure pas hélas au sommaire mais la maquette est belle et le choix de textes promet de l’émotion, des mots puissants. On peut l’acquérir ici.
En revanche, on peut trouver un de mes écrits en ligne.


Et la revue papier :
