atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose

L’envers du monde

Ecoutez
Ecoutez bien le son du vent
Il ne couvre pas les bruits du monde
mais il est la respiration
Ecoutez et concentrez-vous
Calquez votre respiration sur le battement
lourd lent profond
Laissez-le vous envahir ses nappes de brouillard
son haleine humide
Laissez-le couler en pluie sur vos peurs
vos ressentiments
votre colère
Laissez le voile tomber sur le monde
Laissez-le disparaître sous l’épaisse nasse
Laissez le vent vous fermer les yeux
Laissez-le vous clouer les paupières sur l’envers du monde
diffus laissez fondre laissez dans l’envahissement le rêve vous baigner
le blanc tout recouvrir
invisibiliser
Inspirer puis
expirer une bonne fois pour toute

Maintenant vous pouvez ouvrir les yeux 
vous pouvez regarder le monde en face
jusque dans sa noirceur
de vos yeux percés 
vous pouvez regarder avec vos mains et vos pieds regarder avec le corps entier
tâtez le monde du bout des doigts
puis empoignez-le serrez-le dans vos bras
voyez comment vos bras s’agrandissent pour saisir le monde
voyez combien vous vous agrandissez alors
combien vous élargissez votre vue bien au-delà du regard

Perle Vallens

Actualité·écoute audio·Mange tes mots·poésie·podcast·prose

Retrouver l’enfance dans Mange tes mots

Ce soir a lieu le nouvel épisode du podcast Mange tes mots sur une citation d’Aurélie Olivier, c’est en écoute à partir de 18h00. Je participe avec une grande fidélité, amitié et reconnaissance à ses deux créatrices, Galatée et Gingko. J’adore me laisser emmener par la voix de Galatée qui guide l’ensemble des épisodes, d’un texte à l’autre. J’y retrouve des voix aimées et d’autres à découvrir et toujours beaucoup de plaisir à l’écoute. Je vous en souhaite autant que j’en éprouverai.

J’ai eu l’occasion d’assister à leur dernière scène ouverte de poésie il y a peu au Lou Pascalou à Paris et c’était très agréable, accueillant, bienveillant, un peu comme une famille… Et là encore, Galatée en maîtresse de cérémonie.

atelier Laura Vazquez·prose

Rien du tout (au JT)

Mesdames et Messieurs, bonsoir, voici les titres de l’actualité de ce jour comme d’un autre.

Le coup d’envoi a été donné hier en grandes pompes de ce que nous attendions tous : pas grand chose.

Ses amis le considéraient comme tel et pour ses ennemis c’était tout l’inverse.

Nous nous rendrons dans la plus petite île du monde qui caresse son espoir d’on ne sait quoi.

Nous reviendrons sur ce qui s’est passé hier mais que tout le monde a déjà oublié.

Nous parlerons du maintien dans leurs fonctions des personnels qui s’apparentent à personne.

A cela s’ajoutera ce que l’on pensait impossible : ceci. Il s’avère que c’était aussi inespéré qu’inattendu.

Nous nous assurerons que les populations sont bien là et qu’elles ressemblent bien à ça.

Un phénomène climatique sans précédent et imprévisible est survenu ailleurs.

L’annonce des résultats sportifs ne s’est pas fait attendre, aucune, qui couronne dix ans de néant. 

Le gène de la digestion rapide a été isolé, on l’a identifié, il est ici-bas, quelque part.

Nous envisageons ce qui semble être le fait le plus important de l’année : rien.

A l’heure d’hier mais à la date du jour, nous assisterons au levé de rideau sur ce fait marquant et absolument quelconque qui rend tout le monde amnésique et que nous avons omis de nommer parce que nous ne rappelons plus ce dont il s’agissait. 

C’est maintenant la fin de ce journal. Nous vous donnons rendez-vous jamais.
Perle Vallens

atelier Tiers Livre·photo n&b·poésie·prose

Je tombe comme

Je tombe

  • comme la plume ses va-et-vient ses balancements ses oscillations dans le vent sa grâce sa légèreté en bascule finale posée au sol
  • comme la feuille son décroché son arrachement à la branche son passage des saisons dans la soif brûlée asséchée nue
  • comme la pierre lourde d’elle-même grise apesanteur rendue à la terre inerte mais solide encore
  • comme la pluie de fine à drue ses hallebardes ses lames coupantes glaciales herbes hachées pétales déchiquetés ce qu’il en reste de la charpie
  • comme la tête dure à l’endormissement mais endormie tout de même à l’arrière de la voiture son hochement qui n’en est pas un et sa retombée brutale qu’on dirait décapitée
  • comme l’enfant son genou heurté sanguinolent ses pleurs que rien ne semble calmer pas même le bisou qui soigne mais un coup de mercurochrome un leurre une guérison immédiate pour de faux
  • comme le cheval qui chute et c’est comme déchoir de son galop natal quand il se redresse avec peine sur ses jambes fébriles frêles si fines que l’on pense qu’il va chuter à nouveau
  • comme l’ascenseur sa descente douce au départ 3ème sous-sol celui du parking sombre mais celui du film d’horreur lâché d’en haut d’une tour dont les câbles ont cédé que rien ne peut retenir que celui du secours celui de la prière
  • comme l’oisillon qui s’écrase sa chute du nid alors qu’il pensait déjà savoir voler à qui sa mère avait appris ce qu’il faut pour battre des ailes se maintenir avancer dans la vie
  • comme le couperet de la parole définitive refusant l’échappatoire sa fin de non recevoir tout aussi irrévocable que celui du silence imposé
  • comme un cheveu sur la soupe même pas coupé en quatre mais trop long pour ne pas se sentir de trop pas à ma place unique cheveu sur un crâne glabre
  • comme on tombe sur un os et parfois tout un squelette peut-être même le sien
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Karen Cayrat a lu ceux qui m’aiment pour Pro/p(r)ose

Pro/p(r)ose est une revue littéraire en ligne qui paraît tous les deux mois, le dernier dimanche, et diffuse interviews, recensions d’ouvrages, créations… Y avait déjà été publiés quelques poèmes en novembre 2021.

Sa créatrice, Karen Cayrat, a lu ceux qui m’aiment dans le numéro de mai 2023 mis en ligne hier et en fait un joli retour, une fine observation de ce premier recueil édité chez Tarmac qui fait d’ailleurs l’objet d’un article et une interview de Jean-Claude Goiri, l’éditeur. Est également incluse l’écoute d’un extrait audio sur soundcloud.
Merci beaucoup à Karen pour ce qu’elle écrit, au-delà de la recension de ceux qui m’aiment. Je suis très touchée.