La foule végétale est un texte écrit d’après consigne d’écriture proposée par Laura Vazquez. Il paraît dans le dernier numéro de la revue Miroir.

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
La foule végétale est un texte écrit d’après consigne d’écriture proposée par Laura Vazquez. Il paraît dans le dernier numéro de la revue Miroir.


Ça commence entre chien et loup, ce moment où la lumière s’émousse doucement. L’ombre bleue survient progressivement. Elle envahit d’abord la terre, les arbres. Elle se dessine en nappes, en nébuleuse un peu floue qui recouvre ce qu’il reste à voir. C’est le moment où les yeux se plissent pour distinguer encore quelque chose dans l’obscurité. Pour s’habituer au noir. Elle s’avance à son rythme, s’étend, se répand. Elle repeint. S’éternise. Le paysage se brouille dessous, puis disparaît. Toujours ce mouvement lent, comme ralenti, suspendu, surprend par sa radicalité.
On dit qu’elle tombe mais c’est faux, la nuit noie.
Perle Vallens
C’est chez les frères Coen que j’ai puisé l’extrait de ce 33ème ciné-poème. Su un extrait de Barton Fink, voici chaos.
Corps animal est l’un des vidéo-poèmes diffusés dans la « plus petite maison de poésie » (en photo ici) lors du festival Charly, les Rencontres estivales de la Velouse, encore à voir jusqu’au 10 septembre.
Sur demande expresse, ce nouveau ciné-poème a été réalisé sur un extrait de Matrix (L&L Wachowski).

Tu ronges depuis le bord externe de l’ongle, taillant, épointant, limant l’irrégularité que tu as toi même créée. Il faut retrouver la forme ovale, harmonieuse, l’arrondi que tu t’appliques à rectifier, il faut éliminer les défauts, les découpes de travers, les départs à l’oblique. Le son crisse, celui de tes dents qui entament et mordillent. Le son te remonte dans l’os de la mâchoire jusqu’à celui du tympan, créée une caisse de résonance, son marteau, ses crispations.Tu ébarbes, tu rognes les petites peaux, les cuticules, tu tires dessus avec les dents puis tu replies les doigts à l’intérieur de la paume. Tu observes, tu détailles chaque progression, les dimensions rétrécies, tu sais que dans peu de temps, ce sera trop tard, que tu ne pourras plus rien faire ni poser un vernis ni même des faux ongles, il n’y aura plus assez de surface pour une manucure de secours. Tu arracheras ce qui subsiste de crasse sentimentale sous la cornée. Tu racleras, tu suceras, ravalant chaque mot perdu sous le bombé blanc, la lunule encore vierge de ta rage et buvant les dernières paroles, le suc planqué sous la rainure. Après, tu t’attaqueras à la chair, détachant de petits morceaux, d’infimes éclats de peau, d’insignifiantes parcelles du territoire, du pourtour de l’ongle, parfois jusqu’au sang. C’est à la première tache laissée sur ta manche que tu te diras qu’il faut que tu arrêtes cette détestable manie, ce geste compulsif, ronger tes ongles jusqu’à l’os.
Perle Vallens
Assez court, ce nouveau ciné-poème, noyade recommandée, sur un extrait du film de Krzysztof Kieślowski, Trois couleurs : bleu. Bonne séance !


Les Rencontres Estivales de la Velouse se dérouleront du 18 au 20 août 2023 à Charly (Cher). Trois jours de performances, scènes ouvertes, siestes poétiques, ateliers… autour de la musique, la danse, le théâtre, la poésie, la photographie…
Y seront exposées plusieurs oeuvres à partir du 10 août en extérieur et dans une éphémère maison de la poésie en partenariat avec La Péninsule – maison de la poésie du Cotentin.
Je n’y serai pas physiquement mais y seront présentés plusieurs de mes vidéo-poèmes, photo-poèmes/poèmes graphiques, aux côtés d’artistes, poétesses et performeuses : Maud Thiria, Hortense Raynal, Guylaine Monnier, Milène Tournier, Corinne Le Lepvrier, Elisa Darnal, Adeline Miermont-Giustinati et Lo Moulis.
C’est déjà le trentième ciné-poème et c’est sur un extrait de la Belle et la Bête de Jean Cocteau que je vous présente à travers les ombres.

Sur les talus, dans les prairies, il y a un enchevêtrement végétal qui s’enracine, s’agrandit, conquiert. Dans le vert il y a foule.
Celle qui envahit terrains vagues et bord de route, là où le sol se donne trop de peine et s’épuise.
Celle qui rampe, se ramifie, rhizome n’est pas poison pour révéler la gravité d’une terre trop limoneuse.
Celle qui vole, ses aigrettes parsemée par champs, s’essaime et se reproduit plus vite que le vent qui les entraîne.
Celle qui se plante épineuse dans la pulpe du doigt mais inflorescences bleutées, capitules et ombelles, disséminent ses charmes à grande distance.
Celle qui court par stolons rases campagnes illuminées de son or.
Celle qui se propage, ligneuse, vigueur de jeunes plantules jaillissantes, aiguillonnent acérées les chairs griffées rougies de leur sang et du jus de son fruit d’été.
Celle qui lancéolée, ses feuilles en rosettes, disperse ses graines aux oiseaux, et son mucilage dans les gorges.
Celle qui se hisse à l’assaut, grimpante assidue, ses attraits rosés et mellifères.
Celle qui, ses feuilles basales, pétiolées, sa progression pionnière en bordure des fossés, assure la procure de la glèbe.
Celle qui goûte les friches, fructifie de cœurs renversés ou petites bourses de qualité hémostatique.
Celle qui éclate ses capsules, se disperse en sous-bois, son port tapissant s’ombrageant, rougeâtre, et sa saveur, sure.
Celle qui s’étale, s’enfourrage, le sort garanti au nombre de folioles, dentées, la morsure du destin pour capturer la bonne fortune.
Perle Vallens