atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Décapitation

Il a décapité toutes les statues du parc de l’hôtel de ville. On a vu les corps de pierre sans rien sur les épaules, des corps coupés ras au niveau du cou. C’était pareil dans tous les parcs de la ville et des villes voisines. Les statues ont perdu une partie de leur ombre. Elles sont comme nues. Plus personne ne les dévisage, plus personne de les regarde dans le blanc de leurs yeux vides. On voit bien qu’il leur manque quelque chose. 

Les têtes ont été retrouvées dans le jardin du décapiteur. Toutes empilées les unes sur les autres, elles formaient un muret long de  4 mètres. Personne ne sait comment elles font pour tenir, comment elles ne basculent pas, comment elles ne roulent dans l’herbe. Est-ce qu’elles sont collées entre elles, est-ce qu’il les a attachées, fixées, clouées, vissées ? Après les avoir détachées à la hache. C’est ce que tout le monde se demande : comment elles restent accrochées. 

Perle Vallens

Actualité·écoute audio·interview·lecture·médias & réseaux sociaux·poésie·podcast·prose·recueil·Tarmac éditions

Invitée sur Radio Galère

Ce vendredi 7 avril, je suis invitée sur le plateau de Radio Galère (à Marseille) dans l’émisson Poésie in ze city, à parler de ceux qui m’aiment au micro de Junie Lavy, l’animatrice de l’émission dédiée à la littérature et à la poésie.
J’y serai aux côtés d’Olivier Bastide comme lors de notre lecture à deux voix à la Librairie Orange Bleue en février dernier, puisque tous deux édités par les éditions Tarmac. Nous aborderons notre parcours littéraire et lirons chacun des extraits de nos recueils respectifs, parus tous deux en fin d’année 2022.
L’émission est en direct mais vous pourrez la réécouter en podcast sur le site de la radio.

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Fantômes, existez-vous ?

Deux territoires où le toucher peut exister
là où l’existence touche chaque territoire
chaque portion d’existence se touche du bord
de l’extrême bordure de territoire
là où ce qui se touche existe enfin
là où ce qui se existe d’espace dans le territoire
se touche comme une peau du monde qu’on pèle
chaque parcelle de territoire existant dans l’action de toucher
ce qui nous touche c’est cette existence là, palpable,
le territoire nous délimite dans ces corps qu’il faut toucher
qu’il faut toucher enfin pour se sentir exister
ce qu’il faudrait c’est toucher les fantômes pour qu’ils existent

Les fantômes sont des existences qui visitent
nous visitons chaque existence comme des fantômes
chaque fantôme existe à travers notre existence
chaque fantôme se visite comme un miroir dans lequel on existe
nos existences sont autant de preuves que les fantômes nous visitent
chacune de leurs visites nous fait exister davantage, nous fait nous sentir plus vivant
car nous visitons la vie et nous existons au-delà de nos fantômes

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Journée de m…

La journée commencerait comme ça, par une pièce aux murs blancs et suintants, dans les flaques noires, leur reflet de café froid, le flottement nauséeux d’une gueule de bois, cette persistance floue et ces haut-le-coeur. Dans une remontée tout l’alcool régurgité en même temps que les rares souvenirs de la veille. Ce gars au regard incessant. Pressant plus que nécessaire. Insistant. La journée entière pourrait se passer dans ce regard là et dans son vomissement. Elle se passerait dans l’image de l’image, dans l’oeil qui cherche l’indice dans la bouche qui tente de prononcer mais reste muette. Interdite de séjour la langue dans l’interrogation, dans l’incertain soupçon, dans l’espace de l’instant. Le jour se délite à répétition, se distend et c’est toujours la même minute, le breuvage et le sourire torve du type au bord des lèvres. Le nom est effacé, pas l’impression de déjà vu, de réitération. Le temps tout entier absorbé dans cette parcelle d’hier qui empêche aujourd’hui d’être pleinement. Tout est machinal, tout est machination pour t’enfermer dans ce dégoût de l’autre et de toi-même. Le premier pas suivi d’un deuxième et tout s’enchaîne pourtant, après ce café, la douche au grand de crin t’ôter tous les grains de ta peau. La salissure frottée. Dépecée. Il faudrait une mue. Les vêtements encore trop près de ton corps mais pas suffisamment couvrant. Tu penses catsuit, cagoulée, invisible. Tu longes les murs, disparaît dans leurs anfractuosités. Tout le monde te regarde marcher, traînant ta honte et ton effroi. Tout ce que contient le tram te terrasse d’un trait. Biffée et surlignée en même temps. Tu voudrais être page blanche. Vierge. Leurs yeux sont crachats. Tu ne peux te cacher nulle part. La faille sous tes pieds n’est pas assez large. Estomac noué, cerveau encombré d’images fixes, acouphènes, frissons. Tu as tous les symptômes d’une journée de merde dont les heures comptent triple, dont le soir s’éloigne à mesure qu’elle passe. Tu attends la nuit. Le noir complet. Pour y disparaître aux yeux du monde.
Perle Vallens

#narrationfictiveàlaquellejeprêtemavoix