Emotion·photo couleur·poésie·prose

Rêver, si seulement

rêver©Perle Vallens

Chacun est responsable de sa douleur. Chacun connaît les causes. Chacun se persuade du pire et du meilleur. Elle veille tard et se persuade que la nuit a une fin. Elle ne dort pas et se persuade que les insomnies naissent dans les lits, qu’il suffirait de s’allonger sous les étoiles pour gravir la pente des rêves. Elle se persuade que les rêves ont raison. Elle se persuade qu’en soulevant un rêve, on trouve quelque chose. Elle se demande ce que l’on peut voir depuis l’autre rive du rêve. L’erreur serait de ne pas rêver.
©Perle Vallens

 

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Danse de la pluie

terre sèche©Perle Vallens

Je ne suis pas tombée. Pas plus bas que terre. Pas de la dernière pluie. Elle n’est pas tombée non plus. Juillet est un cul sec que rien n’abreuve.

Tout se caractérise toujours par la sécheresse ou l’humidité. La sécheresse des mots ou de la voix, l’humidité des yeux et du cœur. Trop sec, trop mouillé pour faire un être humain qui dort debout, bien droit.

Je ne suis pas encore tombée. Je suis un être humain qui ne dort pas, qui attend, debout, bien droit. J’attends que la pluie tombe.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Ceux qui m’aiment (prendront le train)

ceux qui m'aiment (prendront le train)©Perle Vallens

Ceux qui m’aiment ne sont pas légion mais ils vont à pied ou en voiture. Ils prennent rarement le train. Ils n’arrivent pas fatigués. Leur langue ne pend pas. Leur sexe ne pend pas. Ce qui pend parfois est l’âme, mal rangée, elle se débraille toute seule. Elle pend comme une langue, plus rouge ou plus noire, cela dépend de la lumière et de l’oeil qui regarde. Elle pend de façon obscène et reposante à la fois qui hésite entre l’exhibition et la maladresse. Elle ne sait pas trop où aller alors elle bée pendue bêtement.
L’âme placide et flasque des amants pend souvent au mauvais moment.
©Perle Vallens

Emotion·photo couleur·poésie·prose

Des nuages

des nuages©Perle Vallens

Le sac que je porte sur mon dos fait de moi une voyageuse. Il est lourd de tout ce qui a été vécu et s’alourdit toujours un peu plus. Chaque heure pèse davantage que chaque première année de vie. Chaque pas me coûte plus que le précédent. Il ne s’agit pas tant de fuir la mort que de l’affronter au milieu des nuages qu’il reste à parcourir. Chaque poème est un nouveau nuage à traverser pour atteindre l’inatteignable.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie·prose

Le temps qu’il faut

Prendre le temps de se regarder tant qu’on y voit encore, tant que la nuit n’est pas encore tombée.
Prendre le temps de se toucher, même de loin, d’un mot ou d’une main. Se toucher des yeux serait bien, se toucher en pensée comme on se ment, comme on se mange, comme on ne cesse de se poursuivre.
Prendre le temps de ne pas se parler, de ne pas se dire toutes les choses, de se taire.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Froid

Il a fait froid.
Le sommeil est tombé sur le versant ouest sans se relever. La nuit l’a surpris éveillé tout transi quand les oiseaux se sont tus.
Le vent a piaffé dans les feuillages. Au matin, le cœur s’était pris dans un gel de roc qu’il a fallu chauffer au feu rallumé.
La faim a trompé le froid. La soif a creusé loin, sans remblai, jusqu’au désir profond, grands rouleaux rallumés de brandons.
Alors, l’ébranlement dans l’ombre de la main du pas né du jour.
©Perle Vallens

Emotion·nature·photo couleur·poésie·prose

Forêt

forêt©Perle Vallens

La forêt est un corps. Un corps nu et rêche, rustique et fort, solide comme la souche première qui le fit forêt.
La forêt est un être autonome et autosuffisant.
La forêt n’a besoin de personne pour vivre.

Tous les animaux restent sur place, drive-in et déjeuner sur le pouce.
La forêt recycle elle-même ses déchets. Toute branche morte tombe, tout animal mort finira par s’enterrer de lui-même.
Tout ce qui grouille et fouille la terre retourne à la terre.

Tous les arbres poussent dans le même sens en se nourrissant de la même chose. De là, du bas, de l’intérieur du sol vient la vie. Et du ciel aussi. C’est pourquoi tous les arbres regardent dans la même direction. Ils attendent l’eau qui étanchera leur soif. C’est pourquoi ils s’étirent et poussent si haut. Il se dit qu’ils dansent avant l’orage, agitant leurs feuillages. C’est la danse de la pluie.
©Perle Vallens

écriture·Emotion·photo couleur·poésie·prose

Mots à la bouche

les mots la bouche©Perle Vallens

Je vole des mots, je les mets dans ma bouche, je les mange encore mous, je les mâche, je les étire, je les allonge. Je les garde longtemps, je goûte le jus qui jaillit de leur son, j’agace les consonnes au passage, j’avale les voyelles, tant pis pour elles.
Les mots, je les torture un peu pour qu’ils parlent. Je les triture et les trifouille. Je les enroule au bout de la langue, je les fourre en boule, je les funambule sur le fil de salive. Ils se font mousser, ils font des bulles.
Les mots, je les moule dans mes mains, je les modèle à ma façon, je les mélange, je les empile. J’en fais une tour, une forteresse, des murs pour me protéger de l’extérieur. Je les tricote en écharpe, en laine âge pur, en agneau vierge pour soigner ma gorge.
Les mots, je les remue avant qu’ils ne meurent.
©Perle Vallens