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Soulever les mots

les mots la langue©Perle Vallens

Tu soulèves les mots, c’est ton activité favorite. C’est un exercice quotidien pour muscler la langue.
Tu soulèves les mots doucement au début parce que les premiers mots sont lourds. Tu soulèves les mots comme des pierres pour regarder dessous. Tu cherches la mousse, l’humus accroché aux mots. L’humidité, c’est signe que les mots sont vivants.
Tu ajoutes ta propre salive pour mouiller les mots. Ça glisse mieux ainsi. Les mots mouillés s’entendent mieux. Fraîchement humectés de sens, les mots se comprennent mieux. On se comprend mieux. Si je mets mes mots sur ma langue directement dans ta bouche, peut-être que toi aussi tu comprendras mieux.
La salive, c’est le soleil pour faire pousser les mots. Celui qui dit est toujours un peu jardinier. C’est facile de faire germer des mots sur le bout de sa langue, c’est donné à tout le monde. Mais il faut aussi prendre le temps de voir grandir le mot avant de l’expulser, avant de l’offrir. Un bouquet de mots ne s’improvise pas il faut y mettre les formes, la ponctuation, les respirer, connaître le chant du mot nouveau-né.
Tu soulèves les mots avec la langue, tu les galbes, tu les glisses, tu les sens. Ils sont volumineux, vivaces, tu en veux plein la bouche, persistants, tenaces. Pour un peu, tu les garderais pour toi.
©Perle Vallens

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Les oiseaux

l'oiseau©Perle Vallens

On a beau dire, les oiseaux aussi ont faim. Les oiseaux manquent parfois leur proie. Eux aussi piquent du bec dans leur assiette ou dans celle du voisin. Il paraît qu’il y a des oiseaux cannibales et d’autres infanticides. C’est dire s’ils ont faim.

On a beau dire, les oiseaux aussi ont peur. Il n’y a pas seulement la peur du vent ou des ouragans. Eux aussi ont peur des prédateurs qui tuent dans le nid les prochains migrateurs. Il se dit qu’ils ont peur des chasseurs et aussi des photographes. C’est dire s’ils ont peur.

On a beau dire, les oiseaux aussi se font la guerre. Les oiseaux se prennent le bec pour un oui ou pour un nid. Eux aussi se disent des noms d’oiseaux. Croyez-le ou non, certains ont même des crocs pour mordre l’air et parfois la poussière. C’est dire s’ils se font la guerre.

On a beau dire, les oiseaux aussi se perdent en chemin. L’oiseau erre dans le ciel qui est un paysage sans paysage. Eux aussi sont désorientés par leur propre élan. On raconte que l’oiseau rapetisse pour retrouver ses repères. C’est dire si parfois il se perd.
©Perle Vallens

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Bulle de mots

bulle©Perle Vallens

Les mots furtifs se glissent de la langue à la page, en peu en vrac matinal, désordonné comme les cheveux, en bataille mal rangée. Ils se heurtent dans la bouche endormie entre le café chaud et la tranche mal mâchée. Ils s’amoncellent dans leur bulle entre les lèvres closes, retenus avant l’entrée en scène. Les mots ne retrouvent pas leur place. Ils ne retrouvent pas leur sens.
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Mots en meute

paupière fermée©Perle Vallens

la poésie est amnésique, elle est le poids de non mémoire, de non identification.
Les mots ne disent rien de compréhensible. Les mots se cherchent juste un chemin à travers la peau. Ils vibrent en percussion que nous percevons de loin, à l’intérieur.
La rage aide à rassembler les mots perdus. Tous les mots en meute regroupés sur le-dessus se mettent parfois à hurler.
Les paroles noyées dans la nuit ne veulent rien dire, juste qu’elles se noient dans la nuit.
©Perle Vallens

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Tatam tatoum, des images et du son

Voici une mise en image du texte diffusé initialement sur souncloud, Tatam tatoum, lecture « slamée » après cette variation plus « classique » du même thème.

Edit 18 mai 2020 : cette mise en image a été réalisée à l’appel de Séverine Daucourt, dans le cadre de sa résidence d’écrivain au Cerep Phymantin (Paris 14è). Elle a ainsi réuni 65 lectures de poètes/auteurs/autrices afin de réaliser une « poéthèque », élaborée dans l’urgence et destinée aux élèves/patients du Cerep pour les inciter à maintenir un lien avec la langue, avec la poésie et avec le groupe auquel ils appartiennent. Une façon de pallier les ateliers qu’elle animait pour et avec ces jeunes. La chaîne/poéthèque « A voix haute » est accessible sur youtube.