Emotion·poésie·prose

Bleu comme un mot

mot ciel©Perle Vallens

Je rêve d’une vie avec vue sur le ciel mais toujours mes yeux traînent par terre.
De crainte de les perdre, je les range dans ma poche. Je pourrais les mettre dans ma bouche, là où dorment les mots. Peut-être qu’ils y croiseraient le mot ciel. Il est bien plus petit, moins bleu mais cela peut sans doute suffire au début, le mot ciel. C’est peut-être un tremplin ou une échelle. Peut-être que le mot ciel est un mot-clé pour ouvrir le ciel.
©Perle Vallens

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Retour à l’état sauvage

état sauvage©Perle Vallens

Il est possible d’exiger un droit au retrait d’identité pour un délai indéterminé. Peut-être se disperser un peu, se diluer en transparence de soi. Taire ce que l’on est, tarir les sources du nom et de l’origine.
Eventrer les cages d’escalier, en écarter les barreaux. Se retrancher volontaire au fond des forêts.
Seule persistance d’une trace de vie, un souffle anonyme.
Aucune disparition signalée.
©Perle Vallens

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Impression vague

impression vague©Perle Vallens

Au milieu du désordre, le désir flotte, une plaie ouverte à tous les courants. Qui sait ce qu’il en coûte.

Tu dis, sortir de sa zone de confort comme de sa zone de confinement.

La langue barbare hésite entre ses mots, borborygmes incompris qui n’ont plus leur place ici. Personne ne te dira plus.

Le monde n’est plus celui que tu espérais. Nulle part ailleurs n’existe plus.

Dos tourné, oeil vague qu’on ne rince plus qu’à l’eau douce.
©Perle Vallens

 

Actualité·Emotion·Non classé·photo n&b·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Lichen spécial confinement et Signaux de phare.

La revue de poésie Lichen a sorti un hors-série « confinement » ce mois d’avril 2020. La nouveauté par rapport à d’habitude réside dans la présence de photographies venant illustrer les poèmes. Signaux de phare a été sélectionné, texte et photo.
Restez (encore un peu) chez vous et prenez soin de vous !

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Principe d’inertie

inertie©Perle Vallens

Léthargie, cet engourdissement jusqu’à l’os, le lent poison de l’inaction. L’âme se courbe dans l’incertitude, repliée sous le corps, dans l’obscurité vague des organes endormis. Le coeur abandonné au ballast, les pensées éparpillées au vent, un résidu du puzzle jamais terminé. L’âme muette, ternie de sentiments brûlés au botox.
On ne sait plus ce qu’est s’élancer, sauter dans le vide. On ne sait plus voir l’invisible, deviner les paroles insensées qui se murmurent au loin. On ne sait plus que se réfugier derrière les fenêtres closes.
Ce qui ne dort pas attend. Ce qui n’attend pas rêve peut-être. Ce qui ne rêve pas pense sans cesse. L’obsession emplit le cerveau et ceint tout entier des bras jusqu’aux pieds.
On reste là, ombre de la pierre sur le chemin que rien ne décolle. Le poids d’une suie noire, la nuit tombée sur nos épaules.
©Perle Vallens

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Insonorisé

gorge de nuit©Perle Vallens

L’insouciance par dépit, douleur par désœuvrement, la brûlure au feu du jour qui rejoint la nuit sans crier gare. Le sommeil se délave, bleuit, fade eau de vaisselle qui lessive chaque nuit une vie tempérée, noyée dans ses contours flous.
Un peu de ciel se cueille dans la paume, se boit à grand coup de bleu entre les paupières. Vitrifié l’envol des nuages entre deux versants de vert, grandeur nature. L’étreinte ment et l’absence louvoie, feint d embrasser, persiste dans son inconsistance, l’hérésie d’un baiser chaste.
©Perle Vallens

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Sas de décontamination

chant souterrain©Perle Vallens

Quarantaine déclarée. Toutes zones confondues. A l’impossible nul n’est tenu, dit-on. Prétendons atteindre l’impossible et l’innommable. Prétendons surseoir aux incertitudes. Prétendons sortir du trou, non plus aveugles comme les taupes que nous sommes mais clairvoyants. Prétendons substituer le chant intérieur à toutes leurs phrases. Comme un long appel souterrain.
Nous devons bouger en nous-même. Nous devons apprendre à nous sidérer. Parsemer d’étoiles tous nos horizons. Lire tous les chemins de traverse. Chercher l’or quotidien dans nos ruisseaux. Balbutier les mots rares, les précieux, les oubliés, les muets pour qu’ils deviennent audibles quelque part. Qu’ils fassent écho et retentissent . Que le son devienne lumière. Que le mot devienne sens.
©Perle Vallens