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Signaux de phare

signaux de phare©Perle Vallens

L’air que tu respires est chargé de solitude, l’impression palpable qu’il n’y a plus qu’une seule paire de poumon au monde. L’oxygène est amer, tu déglutis entre deux goulées. Tu ressens le besoin de tousser, tu ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être par solidarité. Tu éructes de travers, deux-trois mots que tu ne destines à personnes en particulier, si ce n’est à toi-même.
Pourtant tu sais qu’il y a de la vie autour, tes voisins qui poussent la voix pour se sentir exister. Les fenêtres d’en face font comme des lampions, des lumières de fête. Des balises humaines flottent dans le noir, les sémaphores signalent une certaine persistance, la limite du cataclysme.
Tu te consoles comme tu peux, donner l’apparence d’un reste de lueur, de vérité au fond des vitres, quelque part au-delà du trottoir. Il y a autour de toi âmes qui vivent. Il y a là-bas des souffles qui perdurent, gonflés de tout l’air du monde où tu n’es plus. Partout, il y a encore quelque chose qui fait penser aux flots qui font les fleuves, aux jours qui font les saisons.
©Perle Vallens

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Temps zéro

temps zéro©Perle Vallens

Le temps mort d’avant demain. Le temps du vide à ras bord.
Mettre le pied sur la margelle de l’année de référence. Le pas incertain, le buste branle, les bras en balancier. Trouver une nouvelle façon de marcher. Avancer à l’aveugle, sans trop savoir où l’on met les pieds ni qui a enlevé le paillasson. Même le chien ne peut plus s’essuyer les pattes.

Temps zéro où tu comptabilises les jours. Tu pourrais presque les marquer d’une croix sur le mur de ta chambre. Le temps trotte dans ta main droite, il bat la mesure au ralenti d’une mélodie qui pèse chaque heure davantage. Temps passé ne vaut pas mieux que temps à venir que temps que tu ne vois pas, même en portant ta main gauche en visière.

Le temps se dissout dans une absence de sons, silence triple couche qui tapisse les murs. La nuit lancinante s’étoffe en frottis doux sur le drap, le temps ne triche pas sur lui-même. Tu peux toujours compter les minutes, elles ne passeront pas plus vite.
Le temps se découpe à l’infini, en portions sujettes à disparition. Le temps s’avale à mesure qu’il mange. Sa digestion est lente et difficile. Aucun renvoi possible. Le temps va inexorablement, droit devant, tête baissée. Et toi, tu le prends de plein fouet, un peu plus chaque jour.
©Perle Vallens

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Slam Dis-moi dix mots – Douleur cash

dis moi dix mots
Spectacle des “dix mots” le vendredi 20 mars 2020 à 19h30 à l’auberge de jeunesse Yves Robert. Entrée libre
Universlam est fier de vous présenter la troupe « Dis-moi DIX mondes » qui interprétera un florilège des textes écrits dans le cadre de « Dis moi DIX mots au fil de l’eau», une initiative du ministère de la Culture et de la Communication.
Le jeu, c’est la poésie…orale. Les slameuses et les slameurs se lâchent dans la langue de Molière. Jeux de mots, flots de syllabes, voix douces, tremblantes, fortes et saccadées. Ou quand de simples citoyens font de l’oralité le terreau de leurs élans artistiques.
Le spectacle est suivi par une scène ouverte. Grignotages sur place.

Auberge de Jeunesse HI Paris Yves Robert
20, esplanade Nathalie Sarraute (en face du 43 rue Pajol) 75018 Paris
Tel : 01 40 38 87 97

Après l’oralité, la version papier ! Choisir de partir a été retenu parmi les textes reçus et sera édité aux côtés de 39 autres slams.
Hors concours, hors thème mais avec les 10 mots quand même, voici en audio, Douleur cash :

 

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Se faire des idées

se faire des idées©Perle Vallens

Vous vous faites des idées. Des idées parasites qui s’installent durablement dans vos têtes, qui franchissent parfois le seuil de vos bouches.
Vous vous faites de drôles d’idées. Des idées fausses, des idées noires que personne ne sait blanchir. Il faudrait les laver à grande eau, à gros grain, les passer au karcher, les vouer au silence.
Vous vous faites des idées que personne ne sait dire, que tout le monde tait par peur des représailles. On le sait, les idées sont dangereuses, elles tournent comme des toupies en cercles vicieux, elles creusent des labyrinthes où nous nous perdons.
Vous vous faites des idées qui deviendrons les nôtres par esprit de conquête, elles prendront le pouvoir comme elles prennent la tête.
Je me fais des idées qui ne sont pas les vôtres, je les laisse s’envoler, libres et folles, éprises de liberté. Des idées pour les arbres et les oiseaux. Des idées pour habiller le ciel. Des idées autres pour ouvrir vos idées closes.
©Perle Vallens

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Bradycardie

bradycardie©Perle Vallens

De ce côté-ci de l’image, il n’y a rien à voir. Quelque chose est caché dans le paysage.
La page se trouble d’une impression immobile, quelque chose de tapi que l’on sent bouger.
Il y a quelque chose que le vent fait glisser à la lisière des nuages.
Il y a quelque chose de couché qui respire dans l’ombre des arbres.
Juste un souffle, qui te prend par surprise. Respirer la lente pulsation de la forêt, au plus secret de l’image. Prendre le pouls lent de la vie.
©Perle Vallens

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Fragments

fragment de rose©Perle Vallens

Pétales comme tessons, acérés de douceur, la sève descend dans la coupure rouge sang, le prolongement de l’humain. Tu la prends par la main pour l’accompagner dans sa courte vie. La rose à branchies respire dans et hors, derrière et devant, entrée dans ton être comme un double floral, l’étreinte serrée d’épines en profondeur.
Elle te dessine l’incertitude sur l’épaule gauche, une ébauche qui ne se termine jamais.
©Perle Vallens

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Petit déjeuner

mousse ©Perle Vallens.jpg

La fréquence de la respiration calquée sur l’air glacé, j’avance sans vraiment marcher, une lévitation en somme. Un semblant d’apesanteur, une fausse légèreté. Je reste au dessus du sol creusé de cavités, de rigoles dans lesquelles je ne tombe pas. La mousse me retient en suspension dans les airs, dans le recul de la mémoire, dans la traversée du jour d’après. La terre mouille, l’écorce coule, tout s’épanche autour. Je bois mon petit matin accrochée à des mots muets que seule l’aube sait encore prononcer.
©Perle Vallens