poésie·prose

Quelles formules

L’heure se traverse seulement dans un sens
nous assemble seulement dans un sens
qui semble le seul possible
nous nous efforçons de nous assembler
dans cette heure qui passe plus vite que l’assemblage 
forcément interrompu par tout un tas de facteurs 
parfois indépendant ms de nos volontés
dans l’heure nous rassemblons de quoi réduire l’espace entre nous 
force est de constater que ce qui s’accroît dans l’heure c’est l’espace 
et l’étroitesse de ce que l’esprit dicte au détriment du cœur 
on se demande régulièrement comment inverser la tendance et remplir cette heure de formules d’assemblage imparables 
mais imparfaites à parfaitement nous assembler
nous nous rendons compte que les équations sont à variables imprécises
qu’il existe bien trop de paramètres de combinaisons trop complexes pour poser aisément les termes 
qu’il n’existe aucune formule définie pour résoudre le problème de l’assemblage entre nous

Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

L’ère à venir

Quelle formule d’humain sait dire la longévité des pierres
l’accalmie minérale repose dans l’âge des lichens et leur aptitude à digérer lentement la surface comme on ronge l’attente

Quelle vocalise d’oiseaux déserte nos gorges
rouges d’avoir trop crié au loup sans être entendu
d’avoir émaillé le milieu du monde de nos espoirs bien décidés
à emprunter son chant à celui son effort continu jusque dans la nuit

Quel lien retient la mousse des forêts au bord des lèvres
quels mots fomentés leurs ferments lents pour dire une ère disparue et une autre à venir
une ère flashée au radar de nos peurs pour trop grande vitesse
dans le largage des gaz pour changement d’échelle dans nos regards

l’angoisse ne dit pas son nom c’est dire sa multitude d’identités
et sa duplicité

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·photographie·prose·résidence d'écriture

Le chemin

Il me parle. Il me dit de toujours m’enfoncer plus loin, dans la morsure de l’air. J’ai confiance en lui, je le suis. Il m’apaise et me plie à sa direction sans que je me sente obligée de rien, ni de le suivre, ni de rebrousser. C’est chaotique et caillouteux mais je le suis. L’impression rampante de glisser, de flotter au-dessus. Je n’ai pas peur. C’est lui qui me fait ça, et le murmure de la rivière en contrebas, et le chant des pintades. L’eau devant, figée, me souffle le froid qu’il fait. Elle est encore gelée et, à l’endroit où sa surface se froisse, ça fait comme un sourire. Plus loin des feuilles d’érables jaunies tombent en tourbillons et le tapissent à mesure que je passe. Je m’arrête et je les regarde longuement. C’est un or hypnotique qui le pare et qui me fait continuer. Là, le chemin plonge et je déboule sur lui, sans me tordre la cheville. Ce qu’il me fait : me sentir vivante. Il génère une énergie qui s’était endormie depuis la veille. Il me régénère.

Je peux te suivre longtemps, je ne fatigue pas. Je contourne tes plaques de boue, tes flaques gelées mais c’est pour mieux coller à la sente, la plante de mes pieds à tes empierrements, la glaise qui macère sous tapis de feuilles, terre tassée-soulevée qui respire sous mes pas. L’espace délaissé par la mélancolie se charge d’humus et d’odeurs vivaces qui m’imprègnent, plus animale de te parcourir. Si tu es litière, je suis bête plus lourde de t’appartenir, pleine et renforcée. Dans l’appui, à même toi, je déroule ma bipédie comme si je progressais à quatre pattes, mon ventre à ton humide soleil, mes flancs à ta fente creusée, soulevée d’éclats de calcaire et tapissée, herbeuse, de glands et de pommes de pin. Bête parmi les bêtes, vois ce que tu fais de moi, griffes et poils, croquant le gel du matin.

Perle Vallens

(écrit avec les ateliers d’écriture de Laura Vazquez durant la résidence d’écriture au Quinson, à Francillon sur Roubion dans la Drôme)

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Résidence d’écriture Le Quinson

Aujourd’hui débute une résidence d’écriture dans la Drôme : le Quinson se trouve à Francillon-sur-Roubion au nord-est de Montélimar. Durant quinze jours, je travaillerai à l’essai poétique en cours : Les Insignifiantes. Il n’y aura peut-être pas de journal de résidence mais quelques points sur l’écriture, des images sur la nature environnante, des rencontres, des échanges, etc. A suivre…

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Les Insignifiantes, retour sur la lecture

C’était le 25 octobre à la librairie Orange bleue, lors du vernissage de l’exposition photographique Les Insignifiantes, qui est visible à la librairie, dans l’escalier, jusqu’à fin décembre. J’ai lu quelques extraits de l’essai poétique et photographique éponyme, qui est à la fois le projet du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille et auquel sera consacrée une résidence d’écriture qui démarre ce lundi. Je vous en dis plus à ce sujet demain.
Voici un court montage du quart d’heure de lecture. J’en reposterai probablement plus tard.

Et ci-dessous des photos prises lors de l’installation de l’exposition fin septembre.