Samedi 26 octobre, durant 24h (de minuit à minuit -heure française-) a lieu le festival international de poésie-action des ronds-points : AROUNDABOUT FESTIVAL ! Sont diffusées des captations de poésie-action réalisées dans des ronds-points partout en France et dans le monde. Elles sont visibles en ligne sur : – la chaîne YouTube https://www.youtube.com/@AroundAbout-v5t – la page Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=61564664734698 et projetée en public samedi 26 octobre 2024 durant les 24 h du festival à IPN (atelier collectif d’artistes au 30 rue des Jumeaux, 31200 TOULOUSE, France).
Allez voir ce genre de poésie-performance, il y a des pépites, beaucoup de vidéos étonnantes !
ni surfaces asphyxiées ni sols lessivés ni appauvrissement ni essoufflement ni pesticides ni compactage ni carottes calibrées ni délestage de fioul ni quad ni épandage sauvage ni fraises hors sol ni culture intensive ni résidus déviants ni empoisonnement ni forêts défrichées ni arrachage de haies ni artificialisation d’espaces ni disparition d’espèces ni refuges piétinés ni mégots jetés ni arbres fallacieusement abattus d’un coup de hache dans la tête ni traces de métaux lourds jusque dans les feuillages ni abeilles mortes en pleine floraison ni affirmations complaisantes de l’industrie chimique ni parcelles électrifiées ni plastique échoués ni zones urbanisées ni eutrophisation ni viabilisé ni constructible ni parking ni zac plutôt zad plutôt résistance passive plutôt sensibiliser plutôt l’humeur combative mais joyeuse
car ici calcaire gréseux, boisé, alluvions, limons perméables sur nappe aquifère abritant végétation silicicole, populations d’amphibiens, insectes, rongeurs, rapaces car biotope vivace à valeur de corridor écologique, voie de passage des bêtes, de transition des migrateurs
*titre sous influence du cours d’écopoétique du jour, Sense of Place and Sense of Planet de Ursula Heise
L’épuisement est une opacité. C’est une grisaille qui pèse, une brume qui blanchit, qui ensorcelle jusqu’à disparition. Cest un voile tombé sur tout le corps. Je me sens anesthésiée. Ça commence comme une lourdeur sur les épaules, qui monte dans les cervicales jusqu’au cerveau. Là, l’épuisement creuse jusqu’aux yeux qui peinent à rester ouverts. Les cils battent pour s’envoler mais quelque chose les retient, les accroche, les pousse dans la verticale, appuie dessus et sur les paupières pour les fermer. Je force, je bats des ailes, je m’oblige au mouvement, je grimace, j’active tous les muscles du visage pour me maintenir en suspension au-dessus de la chape. C’est une résistance, c’est un combat entre moi er la grande fatigue qui étend son ombre.
Photomaton. Photos d’identité réservées aux documents officiels, carte d’identité, carte de transport, où obligé de faire la gueule. Pas une mèche, pas un regard ne dépasse, ni un sourire. Aucune aspérité, nulle personnalité ne doit transparaître. Dépersonnalisés donc.
Photo de famille. On avait fait l’effort de tirages au début, d’albums photo, d’embryon narratif, d’un début de vie, d’un carnet de naissance. Après, stockées n’importe où, CD-Rom et DVD, clé usb, disque dur externe, mémoire d’ordinateur, de smartphone, de tablette. Démultiplication des espaces de stockage (et dans le même temps, numérisation des vieilles et très, voire très très vieilles photos argentiques). Qui pour leur créer un nouvel album des 18 ans, qui pour une rétrospective, comme un accéléré d’instantanés, triés sur le volet, classés, rangés, leur choix ou le nôtre ?
Photo de blogging, de travelling. Photographier ce qu’on mange, au début à l’arrache, sans calcul, sans recul, sans soin particulier, avant prises de vues plus recherchées, mise en scène dans l’assiette, stylisme culinaire, ça voulait dire manger froid, en décalé, ne pas s’attabler. Et au restaurant, shooter sous toutes les coutures, déplacer son assiette, pour la lumière, pour meilleur angle de vue, photo flatteuse pour l’ingrédient phare. Et nappages voluptueux, sauces exubérantes, que ça déborde, que ça se repande. Food porn.
photo de croissants faits maison
Selfies. Version hyperconnectée des autoportraits, aussitôt capturés aussitôt postés sur les réseaux. Reflet de quel degré de narcissisme, de quelle nombriliste existence. Je suis en photo sur Facebook, instagram, x.. donc je suis. Nomme-moi, tague-moi, like-moi pour que j’existe.
Nudes. Le genre private du selfie, version imagée des sextos, pour plus que séduire, allumer, brancher, cette autre façon d’exister dans le désir voyeur de l’autre. Cette façon de draguer, photos plus ou moins déshabillées, plus ou moins explicites postées sur tinder, adopte, gleeden. Ou autres sites de rencontres, de libertinage, le nude s’offre comme une version immédiate, autonome, urgente de la photo érotique ou pornographique.
Photo érotique et pornographique. Du nude à la photo de nu, pour apprivoiser son image, celle de son corps, une histoire d’acceptation, il n’y a qu’un pas. Mais à la photo érotique, ou même pornographique, il y a un pas de géant, selon où l’on place le curseur (la photo de boudoir, ce stade zéro de l’érotisme). Il est alors question d’acceptation de sa sexualité et non plus seulement de son corps. Quitte à la mettre en scène. C’est une autre façon de s’afficher, de s’affirmer comme acteur sexuel et politique, puisque le sexe, les préférences et pratiques sexuelles, le genre sont politiques.
Photo artistique. Avec la photo numérique, tout le monde peut s’improviser artiste. Dis moi quel APN tu as, je te dirai quel artiste tu es. Recadrée, retouchée, retravaillée sur photoshop, lightroom, ou seulement bidouillée avec l’appli dédiée du smartphone, la photographie se lisse et se libère de ses carcans techniques et chimiques. Ou montages, collages numériques se métamorphosent en autre chose Artisanal, classy, plus proche de l’art graphique, l’argentique a (re)conquis ses lettres de noblesse depuis le numérique. On dit vraie photographie comme on dit vraie recette en cuisine. Cette distance que l’on met avec la modernité excessive, ou comment l’on privilégie un certain savoir-faire, et l’authenticité de la tradition… Quant au pola, il conserve son charme, celui de l’instantané, non retouché, gardé brut. L’un comme l’autre assument l’erreur, quand le numérique tend à la corriger.
IA, photographe ? Quelle vertu exploratrice, quelle dimension créatrice, cette forme « d’intelligence », utilisatrice des ressources numériques humaines mais dont les humains s’inspirent aussi, quelle évocation d’un pseudo-art pour justifier la génération d’images à partir de photos existantes, ce qu’on nomme magie plutôt que technologie. Est-ce réellement de l’art ou le seul artefact de la technique ?
Perle Vallens
(écrit dans le cadre de l’anthologie d’été du tiers livre de François Bon, 40 jours d’écriture quotidienne. Je reprendrai d’autre façon, cette 18ème proposition…)
Le vent bat en brèche, ronge l’os et le sèche à la lumière lucide d’un soleil rétracté. Cerclé tracé des regards, une écoute animale, le flair orienté au nord, j’interroge l’horizon sur ma place véritable. Je ne parade pas, je me faire discrète dans le cortège végétal. Je me fais légère & statufiée dans les frondaisons, imperceptible pas, à l’arrêt.
J’existe quelque part, plus fort dans les forêts. Je soupire les futaies et les communautés de pins. Je me reconstitue dans les fougères hautes. Je m’aligne mieux les pieds dans la boue et les feuillages. Je respire.
C’est quoi l’homme ? une verticalité bipède avec un cerveau surdimensionné (paraît-il)
Oui mais c’est quoi l’humain ? Pétri de bonnes intentions – ou pavé, comme l’enfer – pourrait faire le bien, s’entête au mal A savoir : l’humain confine au dieu par excès de confiance en soi
Et c’est quoi l’animal ? Quadrupédie poilue peut-être □ ou peau lisse qui avance sur son ventre □ ou bête à bec plumeté qui se prend pour un avion □ (cocher la case)
Oui mais c’est quoi bestial ? qui se comporte comme, et puis non, plutôt comme, enfin cruel, quoi ! En vrai, du genre à déchiqueter avec crocs et griffes que l’humain possède en nombre suffisant, contrairement à plein d’espèces animales.
C’est quoi brutal ? La brute est à l’humain l’épaisseur de sa main et de son esprit
C’est quoi vil ? A ne pas confondre avec cité (le citadin pouvant toutefois être vilain) situé bien bas dans la hiérarchie, ou au contraire trop haut (comme on dirait péter plus haut que son cul)
C’est quoi bête ? Se dit d’un homme moins intelligent qu’un animal (et dieu sait s’il y en a) en tout cas plus âne qu’âne (mon frère âne, vois-tu venir Stevenson?) S’il faut rendre justice, l’âne pas si bête juste têtu mais moins buté moins obtus que certaines bêtes d’hommes
Jean-François Fourtou – la famille des hybridus – fondations Datris
Le jour où les oiseaux se sont tus, le jour où ce qui brille s’est éteint, où les effigies animales, tous les animaux, leurs membres arrachés, bandés, tombés, où les trafics de leurs peaux sacrifiées, vendues, où leurs visages disparus, sans yeux pour nous regarder, où retrouver le lien dans les griffures artificielles végétalisées, où retrouver les mots enfuis, les mots qui font sens dans les rudiments et les cris. Dis-moi ce jour où la lumière passera ailleurs quz dans le filament de tungstène de l’ampoule. La lumière encagée, dis-moi qu’elle sera enfin libérée.
Je cherche dans le frémissement des néons le flottement d’un feuillage, dans l’instant citadin, sur les trottoirs parisiens l’empreinte des forêts anciennes. Je cherche l’invisible dans vos façades et vos regards. Ce que je vois devient une multitude d’histoires éclatées, des pétales qu’on assemble. Se dessine une vie à part entière.
Tous, têtes hirsutes, saillies au bout du col, tiraillées, désaxées, regardant dans la mauvaise direction plutôt que celle de l enfance qui résiste et croise tous nos âges advenus, de vieillesse et d’incertitude.
Il nous faut retrouver la vibration des plantes jusque dans nos doigts, et dans l’esprit monté à graines refleurir, laisser grandir nos liens, nos proliférations carbonées en faire nouvelles pensées, idées hybrides, fertiliser nos existences.
S’aligner reflets verts ondulatoires comme chair réactivée, la chaleur d’un éveil. Dans l’œil tressaillera alors une résurgence lumineuse.
J’ai la joie d’exposer Les Insignifiantes du 30 septembre au 31 décembre à la librairie Orange bleue à Orange (Vaucluse), librairie amie chez qui j’ai eu l’occasion de donner lectures de ceux qui m’aiment (éditions Tarmac) et peggy m. (éditions la place).
A l’occasion de l’exposition, j’aurai également le plaisir de lire quelques extraits de l’essai en cours le 25 octobre 2024 à 19h00. Si vous êtes dans le coin, je serai ravie de vous y rencontrer et d’échanger autour de ce projet.