L’heure se traverse seulement dans un sens nous assemble seulement dans un sens qui semble le seul possible nous nous efforçons de nous assembler dans cette heure qui passe plus vite que l’assemblage forcément interrompu par tout un tas de facteurs parfois indépendant ms de nos volontés dans l’heure nous rassemblons de quoi réduire l’espace entre nous force est de constater que ce qui s’accroît dans l’heure c’est l’espace et l’étroitesse de ce que l’esprit dicte au détriment du cœur on se demande régulièrement comment inverser la tendance et remplir cette heure de formules d’assemblage imparables mais imparfaites à parfaitement nous assembler nous nous rendons compte que les équations sont à variables imprécises qu’il existe bien trop de paramètres de combinaisons trop complexes pour poser aisément les termes qu’il n’existe aucune formule définie pour résoudre le problème de l’assemblage entre nous
Quelle formule d’humain sait dire la longévité des pierres l’accalmie minérale repose dans l’âge des lichens et leur aptitude à digérer lentement la surface comme on ronge l’attente
Quelle vocalise d’oiseaux déserte nos gorges rouges d’avoir trop crié au loup sans être entendu d’avoir émaillé le milieu du monde de nos espoirs bien décidés à emprunter son chant à celui son effort continu jusque dans la nuit
Quel lien retient la mousse des forêts au bord des lèvres quels mots fomentés leurs ferments lents pour dire une ère disparue et une autre à venir une ère flashée au radar de nos peurs pour trop grande vitesse dans le largage des gaz pour changement d’échelle dans nos regards
l’angoisse ne dit pas son nom c’est dire sa multitude d’identités et sa duplicité
C’est ce jeudi à 20h00 à Francillon sur Roubion, à côté de Saoû et à environ 15 minutes de Crest. Si vous êtes dans la région vous êtes les bienvenus !
Ce nouveau poème a été écrit et lu sur un extrait de cinq pièces faciles (five easy pieces) de Bob Rafelson. Vous pouvez le voir, comme toujours, sur la playlist youtube « ciné-poèmes ». Voici le début :
Il me parle. Il me dit de toujours m’enfoncer plus loin, dans la morsure de l’air. J’ai confiance en lui, je le suis. Il m’apaise et me plie à sa direction sans que je me sente obligée de rien, ni de le suivre, ni de rebrousser. C’est chaotique et caillouteux mais je le suis. L’impression rampante de glisser, de flotter au-dessus. Je n’ai pas peur. C’est lui qui me fait ça, et le murmure de la rivière en contrebas, et le chant des pintades. L’eau devant, figée, me souffle le froid qu’il fait. Elle est encore gelée et, à l’endroit où sa surface se froisse, ça fait comme un sourire. Plus loin des feuilles d’érables jaunies tombent en tourbillons et le tapissent à mesure que je passe. Je m’arrête et je les regarde longuement. C’est un or hypnotique qui le pare et qui me fait continuer. Là, le chemin plonge et je déboule sur lui, sans me tordre la cheville. Ce qu’il me fait : me sentir vivante. Il génère une énergie qui s’était endormie depuis la veille. Il me régénère.
Je peux te suivre longtemps, je ne fatigue pas. Je contourne tes plaques de boue, tes flaques gelées mais c’est pour mieux coller à la sente, la plante de mes pieds à tes empierrements, la glaise qui macère sous tapis de feuilles, terre tassée-soulevée qui respire sous mes pas. L’espace délaissé par la mélancolie se charge d’humus et d’odeurs vivaces qui m’imprègnent, plus animale de te parcourir. Si tu es litière, je suis bête plus lourde de t’appartenir, pleine et renforcée. Dans l’appui, à même toi, je déroule ma bipédie comme si je progressais à quatre pattes, mon ventre à ton humide soleil, mes flancs à ta fente creusée, soulevée d’éclats de calcaire et tapissée, herbeuse, de glands et de pommes de pin. Bête parmi les bêtes, vois ce que tu fais de moi, griffes et poils, croquant le gel du matin.
Perle Vallens
(écrit avec les ateliers d’écriture de Laura Vazquez durant la résidence d’écriture au Quinson, à Francillon sur Roubion dans la Drôme)
Aujourd’hui débute une résidence d’écriture dans la Drôme : le Quinson se trouve à Francillon-sur-Roubion au nord-est de Montélimar. Durant quinze jours, je travaillerai à l’essai poétique en cours : Les Insignifiantes. Il n’y aura peut-être pas de journal de résidence mais quelques points sur l’écriture, des images sur la nature environnante, des rencontres, des échanges, etc. A suivre…
C’était le 25 octobre à la librairie Orange bleue, lors du vernissage de l’exposition photographique Les Insignifiantes, qui est visible à la librairie, dans l’escalier, jusqu’à fin décembre. J’ai lu quelques extraits de l’essai poétique et photographique éponyme, qui est à la fois le projet du Master de création littéraire écopoétique d’Aix-Marseille et auquel sera consacrée une résidence d’écriture qui démarre ce lundi. Je vous en dis plus à ce sujet demain. Voici un court montage du quart d’heure de lecture. J’en reposterai probablement plus tard.
Et ci-dessous des photos prises lors de l’installation de l’exposition fin septembre.