
Caviar 27

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


l’engagement d’une lutte à mort
entre le jour et la nuit
au sortir du crâne brame
sous bois c’est la brûlure
la brimade sculptée dans la chair
la convulsion de la roche
l’ossature arrachée à son socle
©Perle Vallens

Les dents, des doigts qui s’avancent à la morsure
La langue, ce serpent qui s’enroule, se déroule dans les bouches
Ses lèvres refermées sur doigts et serpents devenues porte close, s’ouvriront pour dire toutes les images cachées sous le front
Lui bombé d’intelligence sous le cheveu blond, petite broussaille de foin rare, le front comme voûte, avancée sereine du cerveau
L’œil, la noyade si l’on n’y prend garde
Le menton n’est qu’un avant-poste
Le cou, l’anguille qui s’évanouit, qu’on verrait disparaître dans le seau de Francesca
L’épaule a la rondeur ferme des fruits d’été soyeux sous la joue
Les bras longs déliés de félins
Ses mains comme patte de chat, griffes fines à glisser sur les peaux
Le poitrail est valeureux ponton pour les poitrines, quelques poils caressants sont l’herbe fraîche du matin
Le ventre est oreiller, tu sais, celui des note japonaises, un fouillis, un feu-follet, ou du livre chinois, riche de ces estampes dessinées en imagination sur le souffle, jusqu’au nombril, en creux de mes histoires intimes
Ton sexe est arbre fier, veiné d’écorce, dressé au ciel
Tes jambes, des lianes pour s’accrocher à ma taille, et tes pieds, des singes immobiles à leur extrémité, sages et obscènes à la fois
©Perle Vallens

Plongée dans la lumière
Celle encombrée de fleurs d’eaux
de la vieille gravière
où vient boire le héron
J’ai laissé couler la rivière
de mes cheveux
ce vertige pris entre les flots d’en bas
et les flots d’en haut
Je me suis allongée
pour faire venir la pluie
©Perle Vallens

Né d’une dépendance universelle
a traversé la vie avec le même bagage que les autres
a traîné son corps dans on ne sait quel avenir
la quête qui l’a guidé vers on ne sait quel dieu
l’autre peut-être dans ses bras vides
dans sa bouche vaine pavée d’intentions incertaines
L’altérité gagne son pain noir à la sueur de l’attente
il faut une dentition saine pour mordre
aux chaleurs intouchables
(l’espoir comme appareil dentaire)
©Perle Vallens

L’œil divague et revient sur l’écran, scrolle scrute en sa fébrilité inquiète. Rien. Aucun message. Troisième relecture du précédent que l’on connaît par coeur.
Alors l’attente infinie. L’attente qui perdure, cruelle lorsque l’écran s’allume, lorsque le smartphone bipe. Le cœur tressaute mais toujours pas le mail ou le sms espéré, ce qui équivaut à vide intersidéral, à perte de conscience, à flottement. On ne vit plus, on ne respire plus que pour le message qui n’arrive pas. On reste en suspens, enfermé dans son propre oeil, vitreux d’avoir trop scrollé, trop éparpillé ses éclats sur toutes les interfaces, toutes les appli, tous les réseaux. C’est comme si on nageait sans but, à contre courant. Non, plutôt une coulée à pic. Fond de la piscine, tchin-tchin. L’attente c’est comme une longue apnée. Un décompte sans fin. Les profondeurs du bassin qui nous absorbent et nous dissolvent. Les bordures indéfinissables, infranchissables. Les poumons en feu. L’abîme qui nous engloutit peu à peu. Un arrêt total de tout qui nous laisse totalement exsangue. Haute toxicité et risque d’hypoxie. La pression à son maximum.
Impossible de reprendre son souffle avant l’arrivée du message. Et quand enfin il arrive, c’est comme si on sortait la tête hors de l’eau, haletant, qu’on aspirait une grande goulée d’air. C’est comme si on reprenait vie.
©Perle Vallens


vendre la peau de l’oursin
on s’y piquera les doigts
on entendra crépiter les épines
elles ne nous blesseront pas
moins que les écailles les cristaux de résine
le fruit du pin est non comestible
©Perle Vallens

terre rasée terrassée
s’intercale entre deux sections nues
déflorées restées à sec
s’interroge sur ses craquelures
sur ses cratères toujours plus creusés
questionne son point de friction
son point de non retour
de non respect de non sens
de rotation de désynchronisation
il reste une seconde intercalaire
à mi parcours du temps astral
une seconde minuscule pour faire basculer
c’est affaire de décompte
dans le vide sidéral
c’est affaire de marche rapide
dans le mouvement interne
dans le crépitement du noyau liquide
c’est affaire de désordre anthropocène
ne sait qui rendra des comptes
quand les scories couvriront
de cendres jusqu’au soleil noir
©Perle Vallens
