atelier Laura Vazquez·écriture·dessin·montage photo·photo n&b·poésie

Lui

Les dents, des doigts qui s’avancent à la morsure
La langue, ce serpent qui s’enroule, se déroule dans les bouches
Ses lèvres refermées sur doigts et serpents devenues porte close, s’ouvriront pour dire toutes les images cachées sous le front
Lui bombé d’intelligence sous le cheveu blond, petite broussaille de foin rare, le front comme voûte, avancée sereine du cerveau
L’œil, la noyade si l’on n’y prend garde
Le menton n’est qu’un avant-poste
Le cou, l’anguille qui s’évanouit, qu’on verrait disparaître dans le seau de Francesca
L’épaule a la rondeur ferme des fruits d’été soyeux sous la joue
Les bras longs déliés de félins
Ses mains comme patte de chat, griffes fines à glisser sur les peaux
Le poitrail est valeureux ponton pour les poitrines, quelques poils caressants sont l’herbe fraîche du matin
Le ventre est oreiller, tu sais, celui des note japonaises, un fouillis, un feu-follet, ou du livre chinois, riche de ces estampes dessinées en imagination sur le souffle, jusqu’au nombril, en creux de mes histoires intimes
Ton sexe est arbre fier, veiné d’écorce, dressé au ciel
Tes jambes, des lianes pour s’accrocher à ma taille, et tes pieds, des singes immobiles à leur extrémité, sages et obscènes à la fois

©Perle Vallens

photo n&b·poésie

à pleines dents

Né d’une dépendance universelle
a traversé la vie avec le même bagage que les autres
a traîné son corps dans on ne sait quel avenir
la quête qui l’a guidé vers on ne sait quel dieu
l’autre peut-être dans ses bras vides
dans sa bouche vaine pavée d’intentions incertaines
L’altérité gagne son pain noir à la sueur de l’attente
il faut une dentition saine pour mordre
aux chaleurs intouchables
(l’espoir comme appareil dentaire)
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Apnée

L’œil divague et revient sur l’écran, scrolle scrute en sa fébrilité inquiète. Rien. Aucun message. Troisième relecture du précédent que l’on connaît par coeur. 

Alors l’attente infinie. L’attente qui perdure, cruelle lorsque l’écran s’allume, lorsque le smartphone bipe. Le cœur tressaute mais toujours pas le mail ou le sms espéré, ce qui équivaut à vide intersidéral, à perte de conscience, à flottement. On ne vit plus, on ne respire plus que pour le message qui n’arrive pas. On reste en suspens, enfermé dans son propre oeil, vitreux d’avoir trop scrollé, trop éparpillé ses éclats sur toutes les interfaces, toutes les appli, tous les réseaux. C’est comme si on nageait sans but, à contre courant. Non, plutôt une coulée à pic. Fond de la piscine, tchin-tchin. L’attente c’est comme une longue apnée. Un décompte sans fin. Les profondeurs du bassin qui nous absorbent et nous dissolvent. Les bordures indéfinissables, infranchissables. Les poumons en feu. L’abîme qui nous engloutit peu à peu. Un arrêt total de tout qui nous laisse totalement exsangue. Haute toxicité et risque d’hypoxie. La pression à son maximum. 

Impossible de reprendre son souffle avant l’arrivée du message. Et quand enfin il arrive, c’est comme si on sortait la tête hors de l’eau, haletant, qu’on aspirait une grande goulée d’air. C’est comme si on reprenait vie. 
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Point de non retour

terre rasée terrassée
s’intercale entre deux sections nues
déflorées restées à sec
s’interroge sur ses craquelures
sur ses cratères toujours plus creusés
questionne son point de friction 
son point de non retour 
de non respect de non sens
de rotation de désynchronisation
il reste une seconde intercalaire
à mi parcours du temps astral
une seconde minuscule pour faire basculer
c’est affaire de décompte
dans le vide sidéral
c’est affaire de marche rapide
dans le mouvement interne
dans le crépitement du noyau liquide
c’est affaire de désordre anthropocène
ne sait qui rendra des comptes 
quand les scories couvriront 
de cendres jusqu’au soleil noir
©Perle Vallens