photo n&b·poésie

Silice

Loess silice sols oxydés
Roches maigres dénudées
Nous sommes déliquescence
Nous sommes délitement progressif
Nous sommes tremblement de chair
Nous sommes tressaillement des crêtes
Nous sommes effritement des craies
Écrasés à ras de terre nos corps
terrassés que poudroient nos terreurs
Il est temps déjà atteint par les vents de révolte
Il est temps de se relever de la poussière
Il est plus que temps pour les meilleures volontés
Nous ne savons pas s’il est encore temps pour les délicates attentions
©Perle Vallens

corps·photo couleur·poésie·prose

Blanchi

Au corps le corps reconnaissant, dédicataire de lui-même. 
Le corps anachronique a des désirs de grandeur qui ne sont plus à sa portée.
Vieilli, blanchi, claudicante consécration de l’âge, corps bêtabloqué en soutien du cœur.
Il durera ce qu’il durera.
Son plein potentiel, humain moins humain mais position méta. 
Le corps polymorphe dans son désir d’être est une foule à lui seul. 
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Naine blanche

quelle voie intersidérale
idéale régulation des idées fixes
si l’on faisait tournoyer la tête
comme essoreuse à salade
comme piste aux étoiles
comme toupie vaine
elle naine blanche
sans plus de compagnon stellaire
que de souffle de chaleur de lumière
en perte d’équilibre son cœur mis à nu
en perte de son point de gravité
tomberait à pic son corps noir
rayonnera encore pourtant
©Perle Vallens

Actualité·poésie

Avant la fonte

Photo ©K.Tsakalidis/Bloomberg

Se dit des larmes
Se dit de la désolation
Se dit de l’impuissance 
Se dit de l’abandon
Se dit de la peur
Se dit de l’immense tristesse
Se dit du cri comme du silence
Se dit de la lumière noyée dans le rouge
Se dit de l’impossibilité à rester
Se dit de celle à traverser le rivage

Jamais nager ne fut si vain 
Jamais rien ne peut échapper
aux flammes qui mangent toujours plus loin 
bien au-delà des forêts ravagées 
bien au-delà des maisons et des vies
bien au-delà de ce seul pays
 
Le monde se fait feu
façon de représailles 
partie immergée des glaciers
avant fonte totale
©Perle Vallens

corps·Erotisme·photo n&b

La plume et la peau (fable)

Sur un lit de fer douillettement molletonné, s’étalait une ode à la sensualité…
Courbes rondes, opulence d’albâtre, cheveux de jais et front bombé,
La belle alanguie bercée par une comptine coquine, rêvassait.
La peau fine sur le poignet, translucide, appelait la bouche
et la fesse moelleuse, divers ustensiles prompts à allunir et aptes à l’attendrir.
Longue, droite, la penne entra en scène dans une main de vilain.
Flatteuse, elle promena sur la peau lisse, ses douceurs et caresses, avec tendresse.
La peau frissonna de plaisir, se chair-de-poula et s’offrit davantage.
Mouvante sur le muscle qui ondulait, elle faisait des vagues pour aller à la rencontre de la plume, sa nouvelle amie.
Or la plume ne l’entendait pas de cette oreille, elle fit volte face, et glissa cul pointu sur l’épiderme, fortement désireuse de marquer territoire et d’apposer sceau. Mais gare à la signature, qu’une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.
Quelques traces dessinèrent, fendues, sur la soie d’un lobe laiteux, puis la plume disparut dans le sillon, parcourant les méandres liquides dont elle se barbouilla copieusement. Plongeant dans cet encrier improvisé, elle émergea, barbes ébouriffées et hampe humide, sourire large, pour venir graver quelques signes sur la peau marquée. Traînée fluide et rosée imprimant à la peau frétillante quelques lettres en forme de devinette, la plume allait bon train au creux de ces reins. Quand elle eut couvert toute la peau de lignes et de cyprine, la plume resta interdite, dans la main du vilain, dont elle vint alors taquiner le vit… Et la peau se retrouva toute chose, un peu perdue sans son amie.
Mieux vaut une main à plume, qu’un manque de peau.
©Perle Vallens

Cette fable est une vieillerie écrite en 2016, exhumée à l’occasion de cette édition de l’agenda ironique, avec le thème de la fable proposé par Max-Louis.