Emotion·photo n&b·poésie

Des gants pour quoi faire ?

Moi je prends des gants, tu vois. Je prends des gants avec les gens. Des gants de peau et de mots pour les caresser dans le sens du poil. Je les polis, tu vois. Je les caresse, poliment, du bout de mes gants. Je pose sur eux, sur leurs yeux, sur leur mains, mes gants, mais de loin. Je me tiens à distance, tu vois. Je ne les touche pas vraiment, juste un doigté de gant. Je les crains, tu vois. J’ai peur des gens. J’ai raison, tu vois. Parce que des fois, je me prends des gants de trop près, à revers, du direct. Du cuir dur qui boxe, du métal froid, de la pierre, des gants qui étouffent, des gants qui lacèrent. Alors je laisse tomber mes gants à terre. Et mes mains avec.
©Perle Vallens

Texte paru dans Revue Métèque

Emotion·photo n&b·poésie

Un pas

L’appui se quitte dans l’ombre.
L’horizon se foule au pied, large gravier soufflé à la bouche. Il s’éparpille dans le reste de lumière, à perte de vue.
Au premier pas, le verre dans l’œil ne brille plus. L’espace s’agrandit dans le vide.
L’abîme flotte à l’arête de la cheville, gicle un voile noir, un sang de jais. La pensée s’éjecte en reptations illusoires, éclabousse le seuil de l’envie.
Quitte à tomber, encore avancer.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Cloche-pied

La pluie maquille mon visage, macule le sillage de ton nom, chaque particule du chemin, chaque flaque me chante une marelle, chaque ciel atteint me flanque par terre. Chaque caillou me dit le manque, chaque ricochet est une claque, chaque éclaboussure résonne de ta voix.
A pieds joints, je saute encore dans le paysage délavé, j’esquisse le geste flou d’un baiser dans la boue.
©Perle Vallens

Erotisme·photo n&b·poésie

Chatte-perchée

Pas de chasteté en chambre intérieure, je me pare nue des plus anciens vices, je pends à ma bouche les charmes sales, la chaleur des gouffres violents. Débauche de seins qui dérobe l’âme, dépose les bas fonds de la vertu entre les mains.
Je promets des baisers de nuit et de flamme pour que tu reviennes jouer les autres mi-temps, d’autres jeux interdits.
J’arpente la chair, j’adore l’archange, j’entends encore les choeurs ardents.
Recluse entre deux cieux, j’erre entre les bruits du monde, la nuque close à ta bouche. L’emprunt du regard creuse la faute éternelle.
©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Boire le noir

Chants d’aparté, mélodie labile, la mémoire nous fuit. L’inféconde sève défile floue sous nos yeux aveuglés. Elle glisse molle et vile le long de la colonne temporelle. Elle coule entre nos doigts, nous échappe, tâche nos mains de son empreinte ébréchée, l’encre craquelée de souvenirs oubliés.
Je vois dans les paumes noircies les traits de son visage sans savoir si je lis l’avenir ou le passé.
A lécher les cicatrices, la langue se perd en conjectures.
©Perle Vallens 

Emotion·photo n&b·poésie

Une feuille

Une feuille s’est envolée. Elle s’est perdue en chemin. Elle s’est perchée suspendue au bord de l’instant, comme le mot sur la langue, celui qui ne veut pas sortir, qui reste muet, immobile, dans l’attente d’un glissement.
Puis la feuille est tombée en chuchotant au vent le mot silencieux, le souffle que l’on n’entend pas, à peine un murmure.
Elle s’est évanouie dans l’ombre, comme on tombe dans l’oubli.
©Perle Vallens