
Pas d’équerre avec l’époque, la pensée de travers peine à se frayer un chemin parmi les autres. Incompris ou ignoré, emprisonné dans ses propres labyrinthes, aucun abri pour les incertitudes, nues d’une nudité censurée.
L’image restitue l’intraçable, l’apprêt ne rend rien.
Je ne sais pas si le monde est perdu ou si nous sommes perdus dans le monde.
©Perle Vallens
Milonguera (montage photo)
Milonguera est un projet réalisé avec mes danseuses de filles sur le thème du tango argentino, sur un air de Gotan Project, Santa Maria. Pas Buenos Aires mais les ruelles d’un village de Provence. Voici la version courte.
La version longue se visionne sur you tube : https://youtu.be/d1ME3uNWuLI
Toi

Toi, tu voyages avec moi, je t’emmène partout sans valise, tu n’es pas encombrant, juste une voix et une image.
Toi, je te mange chaque jour, je t’ai dans l’estomac. Parfois je te digère mal. La faute aux coups de poing. Quand le cœur redescend dans le ventre. Un trop plein de trop vide.
Toi, je sais bien que tu existes pour de vrai quelque part, mais je t’invente tous les jours et je me raconte des histoires, je te glisse dans des livres.
Toi, si cela ne suffisait pas, il faudrait te recréer, jour après jour, un dessin d’homme au bout de mes doigts.
Tu vis dans ma tête, tu ne le savais pas ?
©Perle Vallens
Horizon

A perte de vue s’étend l’étrangeté du monde que tu ne comprends pas. L’horizon où ne se démêle aucun fil, où les visions se brouillent noircies de nuit, où les choses disparaissent en silence. La ligne au loin se floute à perte de vie.
©Perle Vallens
Plupart du temps

Dans les replis de ma vie
j’ai trouvé des souffles
comme des courants d’air
des fantômes et des ogres
des personnages effacés
des visages perpétuels
des grimaces oubliées
des terreurs, des désirs
des yeux troués
des murs traversés
des amours immortels
et une tristesse qui traverse
la lumière des fenêtres
©Perle Vallens
Lit profond 1

Un lit pour la dérive des corps
un espace creusé comme un ravin
ouvert comme une porte à refermer
écarté comme un démembrement
Gésir veut dire que je te laisse ma peau
une cendre grise parsemée sur les draps
dans une pièce rescapée
Lire les traces d’un naufrage
les restes d’un désir
une braise à consumer
©Perle Vallens
Miroir d’eau

Dans un désert de coquillages, des étoiles mortes glissent entre les doigts. Un plomb en fusion s’écoule du soleil, le poids d’un feu sur nos épaules lourdes de lumière.
Amarres d’un jour qui se quitte grillagé d’airain, les eaux basses laissées par la marée, flottement sans bruit, l’abandon du ciel.
Celui qui se penche sans peur voit une fosse noire, une trouée intarissable, un miroir des regrets, des faux reflets, le cri du calcaire ensaché dans le sable.
©Perle Vallens
Cicatrice

Les cicatrices se déposent en traces invisibles depuis l’enfance.
Des griffes s’enfoncent chaque jour dans nos béances, élargissent les plaies jusqu’à l’os,
jusqu’à l’immensité de l’âme.
Le sang ne coule pas, les fluides se figent avec le temps. La glace prend toute la place à l’intérieur et la peau, au-dessus.
Il nous reste à nous couper les ailes avant de les rapiécer. Qui sait si un jour nous pourrons nous envoler.
©Perle Vallens
Fine bouche

Des baisers courts encore
accrochent coeur au cou
en chapelet se décalquent
cloués crus sur la peau
©Perle Vallens
S’ôter les mots de la bouche

S’ôter les mots de la bouche et gober ses émotions une à une, sans respirer, sans même y penser.
S’étouffer de la beauté des choses, fleur bercée parmi les fleurs, dans le flottement du matin.
Chanter encore si l’on peut et se repeindre un sourire.
Murmurer ce qui n’a jamais été dit, les secrets que l’on confie à la providence.
Offrir un orchestre à la voûte du ciel, lancer ses vœux, gagner ses rêves attrapés au lasso.
Ecouter la résonance des cymbales, le sifflement continu d’un vent ivre de nuages.
Certain de l’assurance de l’azur, aspirer la couleur du silence.
©Perle Vallens