Emotion·poésie

Sauer Wind

reflet lac

N’être qu’un reflet flou sur une onde molle
N’être qu’un scintillement en plein jour
N’être qu’une gouttelette au milieu d’un lac
N’être qu’un murmure entendu au loin
N’être qu’une musique qui s’éteint trop vite
N’être qu’un souffle éphémère entre des lèvres closes
N’être que des mots perdus entre les phrases
N’être que le souvenir pâle des plaisirs passés
N’être qu’une brise dans le feuillage bruissant
N’être que du vent suspendu à l’attente
à l’oubli du miel, à l’armée des rêves
Rien qu’une mélancolie qui balance dans les arbres
©Perle Vallens

écriture·Emotion·poésie·Revue littéraire & fanzine

« Des gants » et « Rien ni personne » dans Revue Métèque

RM7

Revue Métèque, der de der. Rebaptisée « Bévue » pour l’occasion, une pirouette, un salut, chapeau ôté, de son créateur Jean-François Dalle. La revue littéraire au ton et à l’image décalés, présentation et maquette soignés, s’arrête, hélas.
Après un premier poème, « Résiliée » dans RM5, JFD a sélectionné « Des gants, pour quoi faire » et « Rien ni personne », accolé au Dead Man de Jim Jarmush, excusez du peu. On retrouve dans ce RM7 des pattes talentueuses comme JFD himself, Antonella Porcelluzi, Bobby Sam Sainclair, Marc Guimot, Jane Agou, Fabien Drouet…
La revue s’aquiert ici.

Emotion·nature·poésie

Sanguine

vigne sang

Au loin, d’âpres arpents dénudés se teintent d’ocre sous le brouillon de nuages brunis.
La vigne brûle du sang de novembre, dévorée de chancre et d’or. Les arabesques vitrifiées s’accrochent en veines courbes, en lignes brisées, saillies en fuite à l’assaut du ciel. Asséchées les baies flétries de sucre, gangrénées de pourriture grise crèvent de l’ardeur perdue, du dernier souffle de l’été.
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Grand chiffonnage

ENCHEVËTREMENT

Elle, une étendue d’herbes sauvages
un grand champ brut entre jachère et brûlot
une terre perméable labourée à rebours
une friche oubliée blottie sous le ciel
d’où un paysage englouti émerge
là, juste sous l’épiderme
palpite un souffle long
Une forêt sous peau folâtre
l’afflux de l’onde qui chante
chute la pupille loin ployée
dans un regard se noie
Creuser encore et atteindre
l’or et le feu
l’eau et la lumière
Il suffirait de bêcher un peu…
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·poésie

Soif

soif

Boire jusqu’à la lie, boire jusqu’à plus soif
Boire d’un trait sans s’arrêter de respirer
Boire à perdre haleine, à vendre sa chair
Boire l’ombre et la lumière, à même le puits
Boire le pur et l’impur, les brisures et les pleurs
Boire tous les fluides et y dissoudre les doutes
Boire à tous les sillons de tous ses chemins
Boire à devenir ivre et y perdre le mien
Boire comme on crève l’outre de ses nuages
Boire à même la source de toutes ses fontaines
Boire à lire trouble sur les lignes de sa peau
Boire à voir double dans un relevé de paupière
Boire à petit feu et brûler mes veines de ses eaux
Boire pour réchauffer les mains, le corps et la peine
Boire le poison, l’abîme, boire hier et demain
Boire jusqu’à la dernière goutte, le dernier soupir
Boire comme si la vie en dépendait de crainte de mourir
de soif
©Perle Vallens

Emotion·poésie

Oreiller

oreiller

Hier, j’ai posé ma tête sur le ciel. Une étoffe de blanc et de silence. Un ciel qui souffle des mots d’écume pour faire mousser l’envie. Un ciel semé de graines pour faire pousser les vœux. Un ciel pour faire s’envoler la suie et dissoudre les ombres noircies d’humeurs, lourdes de plomb liquide. Un ciel qui inonde les mensonges et les stupeurs. Un ciel qui résiste aux effondrements. Un ciel qui échaffaude des digues, qui érige les joies simples, qui mouille de vin les larmes assoiffées.
J’ignore si le ciel entend mes souhaits, mes soupirs muets, s’ils sont perdus dans les nuées, s’ils s’exhaucent dans l’exil des nuages, s’ils s’évaporent dans leur sillage fébrile, si le vent les réduit en pluie, en poussière, en prix à payer, plus loin, plus tard.
Hier, j’ai posé ma tête sur le ciel, sans trouver le sommeil.
©Perle Vallens

Actualité·Emotion·poésie·Revue littéraire & fanzine

Fissure

fissurePV

Hier, j’étais lovée dans un rêve qui durait et durait. Cela faisait des compresses enveloppantes, des envolées de douceur, un bandage velouté tout autour. C’était chaud, rassurant. Une bulle d’air, légère. Il me semblait flotter, loin de tout, loin du monde, loin de moi.
Hier, en plein rêve, j’ai pactisé avec la réalité, une claque qui te décolle, froide, nette, sans bavure, ni trace. Et la bulle d’air a crevé.
©Perle Vallens

paru dans Revue Méninge #13 « Pacifier ».

Emotion·Erotisme·poésie

Entre les rails

train regard

Le train. L’attente. L’inquiétude. L’horloge. L’assise. Le soulagement. L’ébranlement. Le roulis. Les regards. Les bruissements. L’indifférence. Le train-train.
Un livre que l’on prend et que l’on repose, entre deux respirations saccadées. Un oeil sur l’écran tactile, un doigt en alerte qui guette un sms. Une bouteille d’eau pour tromper la soif qui trompe l’angoisse.
Je regarde par la vitre le paysage qui défile, une lumière brouillée, un grain incertain. Je ne vois rien hormis ton visage net, ton sourire large, qui se détache parmi les branches des arbres, au milieu des nuages. Un oeil comme une étoile qui brille en plein jour. Un rouge aux joues d’un temps qui défile. Une neige transparente qui tombe comme un rideau devant les yeux. Les flocons se déposent, gros, brumeux, sur les paupières en feu.
Ci-gît la voyageuse, la fugitive d’où émerge l’oeil vierge dans l’attente d’un brasier, dans l’espoir d’un ange. Embrassée entre les acoudoirs, elle glisse entre des bras plus dangereux que le désir, entre des rails plus sombres que celui du train. Le sang épaissi bouillonne sous le tissu. La pression s’accentue, gagne la trachée, assèche la langue, ouvre d’autres digues, l’emprisonne toute dans le piège refermé. Déjà, le train est arrivé.
©Perle Vallens