
Sang vitrifié sous la peau
abcès au cœur
œdème qui bat
lourd
Il faudrait
crever l’épiderme
saillir la veine
réchauffer l’ardeur
dans l’embrasure
d’autres bras
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Sang vitrifié sous la peau
abcès au cœur
œdème qui bat
lourd
Il faudrait
crever l’épiderme
saillir la veine
réchauffer l’ardeur
dans l’embrasure
d’autres bras
©Perle Vallens

S’autoriser une jouissance facile
un doigt tendu
une bouche ouverte sur l’inconnu
l’air entendu de salope vernaculaire
à la première queue venue
La langue crâne
garde un air d’éternité
crache l’ardeur d’un autre
aux armes brandies
aux arpents perdus
Il faut se frotter
jusqu’à ce que la peau cède
jusqu’à ce que le cœur lâche
sous la pression du sang pompé
d’un sexe à l’autre
Il faut attendre
l’éclatement des tissus
les chairs écorchées
le reflux tiède loin de ta chaleur
Une éponge sous la paupière
l’œil encombré refuse de voir
Il gicle ses lâchetés et la punition
la crainte de ne plus jamais jamais
te croiser
en rêve
©Perle Vallens

N’être rien
qu’une vieille amoureuse
une amante vagabonde
l’esprit d’une sœur
l’ordinaire d’une femme
une âme de courtisane
un corps qui pleure
la pâleur d’un souvenir
une fleur sans armure
en butée au désir
©Perle Vallens

Je ne suis pas faite pour ça. Je ne sais pas me battre. Je n’ai pas les épaules. Je n’ai pas la force. Je n’ai pas su dire. Je n’ai pas supplié. Je n’ai pas su fuir. Je ne sais pas mettre la distance. Je ne sais pas courir. Je n’ai pas ton allonge. Je ne sais pas porter les armes.
Au lieu de ça, j’ai des larmes à ne plus savoir qu’en faire. Je ne sais où les mettre, je n’ai pas assez de place.
Au lieu de ça, j’ai un grand trou dans le ventre. J’ai reçu un genre de boulet de canon. Tranchée vive la béance qui pleure. Une âme damnée de poilu mais la guerre est finie. 14-18 mois, pas plus. D’ailleurs, il n’y a pas eu de guerre. Mais un grand champ de bataille après toi. Il reste juste un vide qui dévore. Rien que le vide, à la place du nombril. Et deux mains, vides aussi.
©Perle Vallens
Le numéro d’avril 2018 de la revue Lichen vient de paraître. Beaucoup de jolis textes à découvrir dont Inégale, à lire ici.

Elle s’use les yeux la nuit
s’active sur les réseaux lumineux
une prison en cascade de feux vitrifiés
Elle s’embrase à l’écran allumé
écrase son corps en crise
efface son sexe abrasé
de trop de traces arides
un essaim de doigts sans lui
Elle implose en cris souterrains
avant la lumière rasante
la renaissance de l’aube
©Perle Vallens

Je recolle mes écailles arrachées
d’éclats de lune
mes nageoires repliées
de poisson sous-terrain
que l’abandon a laissé sur le banc
une à une mordorées
je lisse la vie douce
enfuie sous les plis
de l’océan
©Perle Vallens

bottes en touche
trash noir
au pied du lit
©Perle Vallens

Tu écris des poèmes
seulement des poèmes
Tu as jeté à l’eau
les yeux bleus du personnage
resté aveugle et muet
un personnage mort né
de ne plus rien vivre du tout
Tu dis que tes poèmes sont juste des mots
qui lancent des lumières
des sons et des éveils
Moi, je sais que c’est faux
Tes poèmes sont l’arête du poisson
coincée dans la gorge
Les mots comme des larmes nues
et des armes
Le sais-tu ?
Le poème tue
parfois
Il désagrège tout
Il tance, déterminé
loin de toi qui ne sais pas
Il ne demande pas ton autorisation
pour flotter seul
pour talonner et rattraper
pour triturer et démonter
le sens caché
Il y a des trous dans tes poèmes
où tombent tes mots
des silences où ils murmurent
un châtiment pour la lectrice
interdite de séjour dans ta vie
Mais tu ne le sais pas
©Perle Vallens

Masque efflanqué
le désir retombé
dans les reins
Rêver le ciel
et voir tomber la grêle
en trombe
un ravage
sous la paupière
Une pierre comme
un poids en tombereau
pour charrier la perte
dans la poitrine
A quand la résurrection ?
©Perle Vallens

Il a écrit sur le brouillon
un gros bouillon de pensées
des désirs à n’en pas finir
des mots qui disaient trop
Ratures et pliures
chiffonnée-jetée
un sport de poète
Bois l’encre et barre-toi
la trame est usée
les couleurs brouillées
la brillance ternie
d’éternelles rancœurs
ou pire
Chair en désamour
extincteur de plaisir
souvenirs dévorés sous la mousse
les traces comme une chaux
sur la peau, vive
Le stylet ivre
a fini de graver
un trou au buvard
une brûlure au travers
un adieu sans bavure
ni fleur au revers
©Perle Vallens