Erotisme·poésie

Au cou

philippe Deutsch
Philippe Deutsch

 

Quand on ne s’y attend pas
Quand on ne s’y attend plus
Quand quelqu’un toque
à son cou

La claque
c’est pour colmater
le trou, tous les accrocs
sécher les flaques
calciner la peau
stocker les flots
cracker le cœur
la corde au cou

Court-circuitée
détraque moi
encore
bras en croix
plaque-toi à mon cou
ne m’écarte pas
offre-moi un miracle
me claque pas
entre les doigts
Il fait pas assez clair
pour partir déjà

Qu’est-ce que tu crois ?
Oui, je te racole !
Tu veux quoi ?
Que je m’arrache
que je crache
mon amour pour toi ?

Je garde ta trace
tes mots scellés
perles en collier
une parure serrée
au cou
©Perle Vallens

Erotisme·poésie

Always crashing (in the same car)

crash-1996
Crash, film de David Cronenberg

La lumière rouge défile
le long de l’échine
la peau s’éparpille
lisse dans l’oubli
d’une main invisible
le cœur se déplisse
c’est toujours lui
c’est le même fétichisme
sous l’onde de choc
c’est l’asile intime
c’est la larme qui brille
et le sexe qui brûle

Que reste-t-il ?
Franchir l’accidentel
l’immanence du désir
dépasser les zébrures
traverser les lignes
continues du plaisir
©Perle Vallens

En écoute, ainsi que d’autres textes, sur soundloud :

Et réécouter David Bowie… https://www.youtube.com/watch?v=hv7Y7F-Q2KE

 

Actualité·B-Sensory·Erotisme·steampunk

Les mystères de Boulogne, volet 7

Avant dernier de la série steampunk érotique, Les mystères de Boulogne, l’épisode 7 est paru aux éditions B-Sensory et met en scène la journaliste-aventurière Nellie Bly qui se façon totalement imaginaire, rencontre Nikola Tesla juste avant l’inauguration de l’Exposition universelle de 1889 à Paris. L’histoire se poursuit également pour les autres personnages, Edouard Louandre en 1885 et Marguerite Fournier en 1888.

mysteres-de-boulogne 7
En voici un extrait :
« La jeune femme indécise était tentée d’en savoir davantage mais elle dut se rendre à l’évidence : Nikola Tesla ne dirait rien de plus sur la façon dont il avait voyagé depuis New-York. En revanche, elle s’intéressa de plus près à la situation politique et aux mouvements anarchistes. Elle soutenait les élans féministes, bien sûr, ainsi que les volontés libertaires. L’on prônait en outre la liberté sexuelle outre-Atlantique. La contraception faisait des progrès plus évidents que sur le vieux continent. Il lui avait été difficile de parler avec des hommes et des femmes depuis qu’elle était à Paris des fameuses « capotes anglaises », que l’on trouvait pourtant sous le manteau. Elle en avait acheté elle-même mais l’hypocrisie semblait être davantage de mise à Paris qu’à New-York. À moins, sans doute, de fréquenter certains quartiers… C’est dans l’un de ceux-là qu’elle avait croisé un dénommé Bébert, cicérone* de son état, entre autres multiples petits métiers qu’il exerçait en dilettante. Il connaissait bien les endroits dévergondés, les cabarets à la mode et il guidait, moyennant une somme modique, les amateurs d’émotions fortes dans ces lieux de débauche. La jeune femme lui avait promis un reportage dans un journal new-yorkais, laissant entendre qu’une clientèle fortunée accourrait bientôt les poches pleines d’argent. « 

poésie

Vivre dans le feu (extrait) – Marina Tsvetaeva

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Gustav Klimt

Ai-je cessé de vous aimer ? Non, vous n’avez pas changé et je n’ai pas changé – non plus. Une seule chose a changé : ma concentration névralgique sur vous. Vous n’avez pas cessé d’exister pour moi, j’ai cessé d’exister en vous. Mon heure avec vous s’est achevée, reste mon éternité avec vous. Oh, attardez-vous un peu là-dessus ! En dehors des passions, il y a encore l’immensité. C’est dans l’immensité qu’a lieu désormais notre rencontre.

Marina Tsvetaeva

écriture·Emotion·Non classé

Breath (no) play

fernando vicente
Fernando Vicente

Il n’était pas là l’instant d’avant et maintenant, il prend toute la place. Il occupe tout l’espace.
Il avait quitté ma tête un moment. Je respirais sereinement, regardant loin devant dans la lumière blanche d’après midi. Et je l’ai senti, brusquement, brutalement. Sa tête à l’orée de la trachée, heurtant, cognant à l’huis de ma gorge. Un étau si large, un écho si grand. Lui au fond de ma poitrine, les cheveux chatouillant mes profondeurs, les yeux d’une fixité mobile, roulant dans mes entrailles, sa voix emprisonnée dans ma cage thoracique, les dents cliquetant entre deux côtes. Je me suis mise à suffoquer. L’air ne passait plus. Ni les sanglots. Ni les mots. J’ai voulu crier, lui dire qu’il me tuait mais aucun son n’est sorti.
J’étouffe en silence. Comprimée, si pleine de lui, j’expire, j’explose de l’intérieur.

Opération express requise. Arracher le cordon, vider le liquide dans la cuvette, cracher son propre sang, arracher ses organes. Chirurgie réparatrice d’urgence. Remplacer le cœur, il bat à contre temps. Sans oublier le sexe qui balbutie à contre sens.
©Perle Vallens

poésie

Entasser les mots

Marcel Mariën
Marcel Mariën

Je pose un mot sur l’autre, je les entasse bien serrés pour qu’ils me tiennent chaud. J’empile mes chagrins jusqu’à ce qu’il débordent. Je m’en couvre toute, ensevelie sous les phrases closes, sous les faux semblants et les sentiments masqués, sous les illusions dessillées.
La stèle vacille, menace ma raison qui glisse, lasse, au plus profond de l’amer. J’ignore les larmes de fonds, je m’exile volontaire, je délaisse le sens cassé de la mémoire, du bonheur passé, impossible à oublier.
J’ouvre le sas, presse le pas, graisse le doigt (dans la serrure) mais je suis dans une impasse. J’avance encore, jusqu’à la nasse. Pas encore la noyade, pas encore, pas encore… Mais le silence assourdissant que je ne peux assassiner.
©Perle Vallens

Erotisme·Non classé

Cabine d’essayage

cabine

C’est un jeu, avait-il décrété. Un plaisir trouble qui plonge dans les arrières-pensées des coquettes. Le déshabillage et l’enfilage de vêtements est toujours un instant tissé de pudeur, de secrète intimité, de mystères voilés et qui, pourtant, tient de l’effeuillage.
La cabine est un lieu clos, sans porte véritable, sans verrou. D’un geste peut se dévoiler une semi-nudité teintée d’érotisme. Il tient à la fois du cabinet-cabaret où se donne une véritable représentation et du bar louche dans lequel se trament des actes licencieux. Derrière le rideau qui en constitue la seule fermeture, l’espace public du magasin est une tentation d’exhibition. Il suffirait d’entrebâiller la tenture. Il suffirait d’y convier un personnage, à commencer par la vendeuse. D’inviter un ou une inconnue que l’on aurait repéré d’abord, au prétexte d’un assentiment sur un nouveau vêtement, que l’on ajuste offrant à voir un décolleté, une chute de rein sur une robe ouverte. Elle pourrait requérir une aide, que l’on remonte la fermeture éclair, en passant insolemment les doigts entre le tissu et la peau. On jouerait des hanches, on tendrait les fesses, négligemment lissées par la main caressante. « Qu’en pensez-vous ? » La prunelle lancerait ses feux de détresse.
Pour bien faire, avait-il dit, il faudrait qu’elle arrive en premier dans ce lieu de perdition. Avant lui. Qu’elle identifie un ou une, qu’elle l’invite à donner son avis, in situ, avant que lui ne vienne risquer un œil par le pan pas tout à fait refermé du rideau. Voyeur de cette représentation d’un faux huis clos.
Il espérait des attouchements, des mains baladeuses, des frôlements indécents. Il les aurait…
©Perle Vallens