atelier Tiers Livre·écriture·photo n&b·poésie·prose

Tenir tête


Tenir tête au ciel irascible aux tempêtes aux grands froids — Tenir tête aux pluies qui déferlent en torrents — Tenir tête la première et résister — Tenir tête aux dévastatrices — Tenir tête aux diluviennes qui lessivent et qui noient — Tête la première tenir au premier nuage noir — Tenir tête aux orages — Tenir tête haute du haut des tiges — Tenir tête au vent — Tenir tête coûte que coûte ponant-brisant bon an mal an tenir bon — Tenir tête à qui plie et couche — Tenir tête bravement — Tenir tête aux instabilités du sol — Tenir tête à qui dévore feuilles et racines — Tenir tête à qui ravage — Tenir tête aux dents et aux mandibules — Tenir tête aux pattes poilues — Tenir tête aux estomacs — Tenir tête aux digestats et aux lisiers — Tenir tête aux métaux lourds — Tenir tête aux talons qui enfoncent — Tenir tête aux bruits de botte et de voix — Tenir tête aux souffles mauvais qui s’avancent — Tenir tête aux ongles qui crochètent et soulèvent — Tenir tête aux mains qui déracinent — Tenir tête à herse et faucille — Tenir tête à débroussailleuse — Tenir tête à désherbant sélectif ou systémique — Tenir tête à glyphosate — Tenir tête à qui nous arrache et nous pulvérise — Tenir tête et repousser encore ailleurs — Tenir tête non baissée — Tenir tête et essaimer — Essayer de tenir tête dressée toujours droite — Tenir tête à toutes adversités — Quand bien même entêtée tenir tête — Tenir tête têtue son ciel comme toit — Tenir tête pour tenir

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écopoétique·photo couleur·prose

Strates humiques

La terre comme chair, compacte, resserrée, dense pour mieux abriter. La terre grasse dessous, dure dessus sa couche de protection qu’il faut casser, morceler, finira par se craqueler. s’imbibera de pluie au printemps, sol souillé de salissures, pourrissures hivernales devenues ferments, devenues nourriture. Terre lessivée, grande eau, qui transforme en boue, molle, glaiseuse, ses flaques brunes qu’éclaboussent milliers de gouttes jusqu’à ce que le soleil revienne et assèche laissant couche douce, juste humide, d’où percent les premières plantules de saison.

A l’œil nu qu’on ne verrait pas, filaments, extraits fongiques, débris d’insectes, décompositions végétales, aiguilles et akènes, pollens, graines et chatons, fragments d’écorce, branchages, feuilles dénervées, résidus résineux, exsudats racinaires, excréments, boulettes fécales, cadavres d’animaux, mucus et détritus microbiens, bactéries, micro-organismes tous digérés par des entités détritivores, ce que la terre recrache de déchets, la terre autophage, d’humus, son substrat, sa subsistance en partage.

Creuse. Racine creuse vers le profond, vers l’obscurité et le tiède, vers le centre et étend radicelles à l’intérieur. Se propage, occupe le terrain, s’étend, réseau veineux de sève dans le ventre de la terre, s’abreuve, s’abrite, s’étire, croît, nourrit et se nourrit, se renforce dessous pour grandir au-dessus, se délie, se déploie, mobile dans sa fixité, ne se déplacera pas, ici s’ancre pour rester.

L’humus est la couche minérale et organique du sol, la couche de vie sur laquelle tout végétal pousse.

Perle Vallens