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Brandir la lumière

Sortir du lit encore engourdie, comme la nymphe de son cocon, s’étirer comme elle pour sortir de ma torpeur, articuler les pattes, mon exosquelette mimétique, l’actionner. 

Ouvrir la fenêtre en grand et faire entrer la fraîcheur. Écouter les bêlements des bêtes, les aboiements des chiens. Humer l’odeur animale, de suint et de crottin, qu’exhale l’heure matinale. 

Eveiller le regard dans les couleurs encore ternes de l’aube. 

Sortir sur la terrasse et constater que le givre s’est installé dans la nuit, qu’il s’incruste encore sur l’herbe blanchie. Chercher des yeux un mouvement, percevoir la fourrure noire de la petite chienne qui tourne autour de la bergerie. S’en étonner, sourire. 

Bien observer le versant de la colline et attendre que les premiers rayons de soleil baignent sa façade, que l’ombre des grands pins s’éclaire. Laisser les nuages s’effilocher. Brandir la lumière comme un secours. Gravir ainsi les premières marches du jour. 

Perle Vallens

photo couleur·poésie

Voix de grume

Ni billot ni hache brandie
l’arbre débité est un tronc sans nom
il a perdu son identité et ses racines
défait de son houppier le fût ne tressaille plus
il a perdu le souffle
du vent qui remuait ses feuilles d’un son mat
plus rien ne l’agite qu’un grand feu
peut-être bientôt dans l’âtre
où sa charpente colossale finira par s’effondrer
écoute encore sa voix de grume humide
l’air claque ou crépite entre les veines du bois

Perle Vallens

Actualité·poésie·Printemps des poètes

Manif – Printemps des poètes 2025

Une lave bouillonne dans tes veines
explosive en fusion dans le cortège
où se défile le sourire mâle / qu’on pourrait mordre
ce qu’on exige s’écrit sur pancartes
et se crie / que nos voix unies disputent
à tant de silences
ceux des complaisances et des effacements
ceux des abandonnées

en vain tu cherches dans les visages / l’écart
entre la grimace et la justesse
comment deviner si la honte / a changé de camp
tu te demandes combien de regards noirs se jettent
sur nous depuis le début de la manif
nous toutes femmes en rang serré
nos colères puissance 10 face aux violences exponentielles
dites vss / l’acronyme a goût amer d’acrimonie
la langue touille dans les non dits / les not-all-men
les insultes et les coups bas / comme noeuds coulants
resserrés sur le cou de nos soeurs

on compte les corps de celles / absentes qui s’accumulent
se dénombrent les noms entassés en colonnes
comme tasseaux de bois mort / démembrements de forêts
combien décimées depuis le début de l’année
on se demande combien de / féminicides
on cherche dans les chiffres qu’on voudrait effacer
de quoi raviver nos forces vives / insurrectionnelles
on cherche dans nos épaules de quoi ouvrir
des brèches de lumière
dans l’obscurité

Perle Vallens

Poème lu hier lors du Printemps des poètes au théâtre municipal d’Orange.

Actualité·événement/festival·lecture·poésie·Printemps des poètes

Printemps de poètes, 26 mars, Orange

En 2025, le Printemps des Poètes se veut explosif, puissant, vivant : Volcanique !

Rendez-vous mercredi 26 mars à 15h00 au théâtre municipal dOrange à l’occasion du Printemps des poètes à l’invitation de l’association Orange Passion Livre, avec Le Café Littéraire d’Orange, la librairie d’Orange bleue et les ateliers d’écriture “Plume de soi”. J’étais marraine de l’événement il y a deux ans, j’étais présente l’an passé et j’y serai à nouveau cette année. J’y lirai un poème inédit.

atelier Tiers Livre·écriture·photo n&b·poésie·prose

Larvé le cri


Larvé le cri tisse son cocon silencieux, inerte encore, privé d’ailes et de pattes, insecte froid, comme mort / le cri léthargique, son frôlement vif, sa hargne nidifiée au creux du ventre, logée dans le fond / organique le cri en quête du corps pour le porter plus haut, pour armer la force, l’énergie, pour graisser l’armure, dresser l’armature / quel organe pour bâtir le mieux, hisser le son, fluidifier le flux, la sève dans la veine du cri, bouillonnante, l’ébullition dans les nerfs, le grésillement insupportable / comment maîtriser le cri, le garder à couvert, mesurer le pour et le contre, si c’est possible, mais est-ce possible / flûter le cri, le museler, l’amoindrir, l’adoucir, le lisser, tout doux le cri, dompté / mais le cri se hérisse et gonfle ses ergots, son animalité, son agressivité, le cri jamais passif se lève, se prépare à surgir, et je ne sais comment ni pourquoi le contenir / c’est affaire d’estomac et de bouche, le cri déchiré, bientôt arraché aux tripes, comment le contenir, comment l’écraser en soi, le taire / une fois deux fois le cri impatient, le cri impossible à pousser fore au cœur, à cran, cru le cri / foulé aux pieds pour le faire disparaître et pourtant, d’abord fluet, s’enflera, le cri bref qui va bientôt s’extraire sans qu’on puisse le retenir. 

Perle Vallens

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Au nord du vent

Le vent me pousse. Il ne cesse de me pousser, le vent du nord vers le sud, celui du sud vers le nord. Le vent épuise. Il étreint mais ne retient pas. Le vent est par nature volage. North by north-west ne te dit rien qui vaille, s’il faut s’envoler au septième ciel. Je me fais pétale fripé avant l’heure. Reflux du fond de la mémoire, la boussole tourne dans le vide et ce qui souffle n’est pas repérable. Les vents qui s’enroulent me tournent autour. Me tournent au ventre. Au milieu je suis une spirale qui flotte entre les deux hémisphères du cerveau. Le corps a perdu son nord, s’affole, affronte encore ses vents intérieurs, cette seule intensité quand il se laisse emporter. C’est le vent du rêve qui souffle le plus fort.

Perle Vallens