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Etat d’épuisement

L’épuisement est une opacité. C’est une grisaille qui pèse, une brume qui blanchit, qui ensorcelle jusqu’à disparition. Cest un voile tombé sur tout le corps. Je me sens anesthésiée. Ça commence comme une lourdeur sur les épaules, qui monte dans les cervicales jusqu’au cerveau. Là, l’épuisement creuse jusqu’aux yeux qui peinent à rester ouverts. Les cils battent pour s’envoler mais quelque chose les retient, les accroche, les pousse dans la verticale, appuie dessus et sur les paupières pour les fermer. Je force, je bats des ailes, je m’oblige au mouvement, je grimace, j’active tous les muscles du visage pour me maintenir en suspension au-dessus de la chape. C’est une résistance, c’est un combat entre moi er la grande fatigue qui étend son ombre.

Perle Vallens

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Eté finissant

L’été finissant se décalque sur les peaux 
se découpe sur restanques escarpées  
se corse d’ambre et d’ocres 
ces caresses du soleil avant qu’il ne s’éteigne 
les ombres se replantent une à une dans mon corps enraciné qui renonce
et s’abandonne à la gestation des lumières fragiles 
le ciel à reculons comme abdiquant 
ses feux de jour son effet fleuve 
ses impatiences distillées diluviennes 
en valses d’éventration 
le ciel jusqu’au point de bascule 
sa lenteur d’extinction ses prises au sol
où s’ancre ce qui s’apparente au silence 
le ciel : un lac sombre 

Perle Vallens

atelier Tiers Livre·écriture·photo couleur·prose

Photographies

Photomaton. Photos d’identité réservées aux documents officiels, carte d’identité, carte de transport, où obligé de faire la gueule. Pas une mèche, pas un regard ne dépasse, ni un sourire. Aucune aspérité, nulle personnalité ne doit transparaître. Dépersonnalisés donc.

Photo de famille. On avait fait l’effort de tirages au début, d’albums photo, d’embryon narratif, d’un début de vie, d’un carnet de naissance. Après, stockées n’importe où, CD-Rom et DVD, clé usb, disque dur externe, mémoire d’ordinateur, de smartphone, de tablette. Démultiplication des espaces de stockage (et dans le même temps, numérisation des vieilles et très, voire très très vieilles photos argentiques).
Qui pour leur créer un nouvel album des 18 ans, qui pour une rétrospective, comme un accéléré d’instantanés, triés sur le volet, classés, rangés, leur choix ou le nôtre ?

Photo de blogging, de travelling. Photographier ce qu’on mange, au début à l’arrache, sans calcul, sans recul, sans soin particulier, avant prises de vues plus recherchées, mise en scène dans l’assiette, stylisme culinaire, ça voulait dire manger froid, en décalé, ne pas s’attabler. Et au restaurant, shooter sous toutes les coutures, déplacer son assiette, pour la lumière, pour meilleur angle de vue, photo flatteuse pour l’ingrédient phare. Et nappages voluptueux, sauces exubérantes, que ça déborde, que ça se repande. Food porn.

photo de croissants faits maison

Selfies. Version hyperconnectée des autoportraits, aussitôt capturés aussitôt postés sur les réseaux. Reflet de quel degré de narcissisme, de quelle nombriliste existence. Je suis en photo sur Facebook, instagram, x.. donc je suis. Nomme-moi, tague-moi, like-moi pour que j’existe.

Nudes. Le genre private du selfie, version imagée des sextos, pour plus que séduire, allumer, brancher, cette autre façon d’exister dans le désir voyeur de l’autre. Cette façon de draguer, photos plus ou moins déshabillées, plus ou moins explicites postées sur tinder, adopte, gleeden. Ou autres sites de rencontres, de libertinage, le nude s’offre comme une version immédiate, autonome, urgente de la photo érotique ou pornographique.

Photo érotique et pornographique. Du nude à la photo de nu, pour apprivoiser son image, celle de son corps, une histoire d’acceptation, il n’y a qu’un pas. Mais à la photo érotique, ou même pornographique, il y a un pas de géant, selon où l’on place le curseur (la photo de boudoir, ce stade zéro de l’érotisme). Il est alors question d’acceptation de sa sexualité et non plus seulement de son corps. Quitte à la mettre en scène. C’est une autre façon de s’afficher, de s’affirmer comme acteur sexuel et politique, puisque le sexe, les préférences et pratiques sexuelles, le genre sont politiques.

Photo artistique. Avec la photo numérique, tout le monde peut s’improviser artiste. Dis moi quel APN tu as, je te dirai quel artiste tu es. Recadrée, retouchée, retravaillée sur photoshop, lightroom, ou seulement bidouillée avec l’appli dédiée du smartphone, la photographie se lisse et se libère de ses carcans techniques et chimiques. Ou montages, collages numériques se métamorphosent en autre chose
Artisanal, classy, plus proche de l’art graphique, l’argentique a (re)conquis ses lettres de noblesse depuis le numérique. On dit vraie photographie comme on dit vraie recette en cuisine. Cette distance que l’on met avec la modernité excessive, ou comment l’on privilégie un certain savoir-faire, et l’authenticité de la tradition…
Quant au pola, il conserve son charme, celui de l’instantané, non retouché, gardé brut. L’un comme l’autre assument l’erreur, quand le numérique tend à la corriger.

IA, photographe ? Quelle vertu exploratrice, quelle dimension créatrice, cette forme « d’intelligence », utilisatrice des ressources numériques humaines mais dont les humains s’inspirent aussi, quelle évocation d’un pseudo-art pour justifier la génération d’images à partir de photos existantes, ce qu’on nomme magie plutôt que technologie.
Est-ce réellement de l’art ou le seul artefact de la technique ?

Perle Vallens

(écrit dans le cadre de l’anthologie d’été du tiers livre de François Bon, 40 jours d’écriture quotidienne. Je reprendrai d’autre façon, cette 18ème proposition…)

photo n&b·poésie·prose

En forêt

Le vent bat en brèche, ronge l’os et le sèche à la lumière lucide d’un soleil rétracté. Cerclé tracé des regards, une écoute animale, le flair orienté au nord, j’interroge l’horizon sur ma place véritable. Je ne parade pas, je me faire discrète dans le cortège végétal. Je me fais légère & statufiée dans les frondaisons, imperceptible pas, à l’arrêt.

J’existe quelque part, plus fort dans les forêts. Je soupire les futaies et les communautés de pins. Je me reconstitue dans les fougères hautes. Je m’aligne mieux les pieds dans la boue et les feuillages. Je respire.

Perle Vallens

Actualité·lecture·poésie·Revue littéraire & fanzine

Lancement et lecture de Dissonances au Salon de la revue

Le nouveau numéro de la revue Dissonances sur le thème « après l »orage » est paru. Y est publié un poème, avant la lueur, et c’est une grade joie de figurer à nouveau dans cette revue littéraire que j’aime beaucoup.
Outre cette création poétique, une recension sur peggy m. paru en mai dernier aux éditions la place fait également partie de ce numéro d’automne-hiver de Dissonnances, merci mille fois à l’équipe éditoriale !


Son lancement aura lieu le samedi 12 octobre de 18h00 à 19h30 au Salon de la revue (Halles des Blancs Manteaux Paris 4ème), salle Maryse Condé. Plusieurs auteurs seront présents et j’aurai le plaisir de lire avant la lueur. Si vous êtes à Paris à cette date, vous êtes les bienvenus !
Et pour acquérir un exemplaire de la revue Dissonances, ce sera bien sûr possible sur le salon, en librairie ou encore sur le site de la revue.

Pour le programme du salon, c’est par là.

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

C’est quoi ?

C’est quoi l’homme ?
une verticalité bipède avec un cerveau surdimensionné (paraît-il)

Oui mais c’est quoi l’humain ?
Pétri de bonnes intentions – ou pavé, comme l’enfer – pourrait faire le bien, s’entête au mal
A savoir : l’humain confine au dieu par excès de confiance en soi

Et c’est quoi l’animal ?
Quadrupédie poilue peut-être □
ou peau lisse qui avance sur son ventre □
ou bête à bec plumeté qui se prend pour un avion □ (cocher la case)

Oui mais c’est quoi bestial ?
qui se comporte comme, et puis non, plutôt comme, enfin cruel, quoi !
En vrai, du genre à déchiqueter avec crocs et griffes que l’humain possède en nombre suffisant, contrairement à plein d’espèces animales.

C’est quoi brutal ?
La brute est à l’humain l’épaisseur de sa main et de son esprit

C’est quoi vil ?
A ne pas confondre avec cité (le citadin pouvant toutefois être vilain)
situé bien bas dans la hiérarchie, ou au contraire trop haut (comme on dirait péter plus haut que son cul)

C’est quoi bête ?
Se dit d’un homme moins intelligent qu’un animal (et dieu sait s’il y en a)
en tout cas plus âne qu’âne (mon frère âne, vois-tu venir Stevenson?)
S’il faut rendre justice, l’âne pas si bête juste têtu mais moins buté moins obtus que certaines bêtes d’hommes

Perle Vallens

écopoétique·prose

Retrouver la vibration des plantes

Jean-François Fourtou – la famille des hybridus – fondations Datris

Le jour où les oiseaux se sont tus, le jour où ce qui brille s’est éteint, où les effigies animales, tous les animaux, leurs membres arrachés, bandés, tombés, où les trafics de leurs peaux sacrifiées, vendues, où leurs visages disparus, sans yeux pour nous regarder, où retrouver le lien dans les griffures artificielles végétalisées, où retrouver les mots enfuis, les mots qui font sens dans les rudiments et les cris. Dis-moi ce jour où la lumière passera ailleurs quz dans le filament de tungstène de l’ampoule. La lumière encagée, dis-moi qu’elle sera enfin libérée. 

Je cherche dans le frémissement des néons le flottement d’un feuillage, dans l’instant citadin, sur les trottoirs parisiens l’empreinte des forêts anciennes. Je cherche l’invisible dans vos façades et vos regards. Ce que je vois devient une multitude d’histoires éclatées, des pétales qu’on assemble. Se dessine une vie à part entière. 

Tous, têtes hirsutes, saillies au bout du col, tiraillées, désaxées, regardant dans la mauvaise direction plutôt que celle de l enfance qui résiste et croise tous nos âges advenus, de vieillesse et d’incertitude. 

Il nous faut retrouver la vibration des plantes jusque dans nos doigts, et dans l’esprit monté à graines refleurir, laisser grandir nos liens, nos proliférations carbonées en faire nouvelles pensées, idées hybrides, fertiliser nos existences. 

S’aligner reflets verts ondulatoires comme chair réactivée, la chaleur d’un éveil. 
Dans l’œil tressaillera alors une résurgence lumineuse. 

Perle Vallens


Texte écrit en partie et à l’inspiration à la fondation Datris (espace Monte-cristo à Paris) en compagnie de Béatrice, qui anime des ateliers d’écriture à Joinville et Paris.