atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Reboot

On sait ce qu’on a à faire
Activer ses entrées (et ses sorties de route)
Ouvrir tous les fichiers tous les documents
Sélectionner chaque élément non classé
chaque registre non inventorié
chaque image détériorée
car matrice non opérationnelle
car menace de bloquage système
Transférer tout ce qui a été infecté
ce que la vie a virussé
Tirer à vue liquider le mode échec
Quitter le port tant qu’il est encore temps
Optimiser ses garde-corps
Scroller mieux, scroller loin
Spamer toutes ses peurs
Vider son stockage mémoire
Ne pas parler, laisser faire l’attente
Régler son désespoir sur le pas de l’autre
Passer par pertes et profits chaque déficit chaque détresse embryonnaire
Renommer tous les dossiers classés sans suite
Enregistrer chaque modification dans son disque dur dans ses discours intrapersonnels
Réamorcer ses fusées de détresse
Réinitialiser son gps interne à la recherche de son nord de son nom
Etirer sans cesse ses muscles et ses nerfs
Initier des métamorphoses, des modifications profondes
Entrer des métadonnées dans ses circuits
Troquer l’eau contre l’alcool
et l’huile de coude
Puis redémarrer ou se mettre en veille
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Trottoir noir

Là c’était là
c’était la nuit
nuit froide et noire
d’un noir troué de halos
reflets jaunes sur le trottoir
comme cratères
où m’effondre
où relève où retombe
où creuse encore
la veine noire de la nuit

la vue se cogne
se brouille
floue de larmes
lointain mais ici
si s’en souvienne
les cris ne se voient pas
maudis hurle suraigu
un ton au-dessus
d’arrache-tympan
la vie se sauve
en courant

la course à rien
les jambes portent molles
l’essoufflement la rage
le grondement atteint
à la gorge pleine
d’ombres de trous de trottoir
bouche bave se vide
ventre ne digère rien
recrache son venin
son noir de nuit
©Perle Vallens

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Un reste de désir

Masse
Masse et masse encore
les membranes
tout passé sous contrôle
sous contraintes

Presse et expulse ce qui doit l’être
par la force si nécessaire
Extrait la charge de plomb
Dévie les tirs du réel toutes ses balles

Décolle désassemble
si l’essentiel est ailleurs tiraillé
loin des passages de sommeil
loin des assaillants de tes rives

Craque les coutures et agrandis
tous les espaces pleine peau
bois les sons des craies
celles qui crissent sur ton corps noir

Désarticule déstabilise
déshabille les habitudes
les crachins de fièvre t’attendent
peut-être au bout du printemps

Dément ce qui a été dit
Contient le flot des paroles
remise-les et replie bien serré
la forme du mot gésir

Mesure l’empan des silences
ce vers quoi tu peux avancer
Aspire fort le bleu les brisures
la coquille de l’œuf non encore éclos

C’est là dans les débris dans détritus
dans l’instabilité des résidus
que tu trouveras
un reste de désir
©Perle Vallens

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Traces d’humanité sur Mange tes mots

Mange tes mots est une série de podcasts de Galatée & Ginkgo. La voix, les mots, l’oralité pour dire slam et poésie.
Très heureuse de faire partie de ce dixième épisode, sur l’inspiration cet extrait proposé :
De la pierre, de l’acier, du verre, des lumières électriques.
Pas de visage.

(de Ursula K. Le Guin, extrait du roman Les dépossédés, 1974)
Le texte que je lis s’intitule Traces d’humanité. Bonne écoute !

photo n&b·poésie

Sortir les couteaux

il te pousse des crocs à caresse verticale
des canines brèves à planter illico
dans ce reste de chair qui démange
au premier virage de ta raison
au premier aveuglement
ce néon de la rage
sourd aux palpitations aux embardées
du cœur

tes dents cent fois feront
le tour du propriétaire
dans les grandes largeurs de la peau
franchiront les marges de la gorge
la frayeur des cris des carotides

on pourrait se mordre longtemps
on pourrait sortir les couteaux
on pourrait tordre nos nuits à les étouffer
on pourrait aussi se tuer à petit feu
©Perle Vallens