photo couleur·poésie

Ce qui s’énonce

ce qui est prononcé
est épicène
ne sait s’il se transmet
de mère en fille
ne sait si sa consonance
dit l’espace ou le tracé
du sentier que l’ossature
emprunte au cerveau
ne sait si le son flûte
entre l’esprit mâle et femelle
ne sait si la syntaxe exprime
le sexe ou la chair
ne sait si le phrasé autorise
la nudité s’il dénoue et dévoile
s’il dévisage le vrai nom des choses
ne sait si le mot conserve
son épicentre
sous la langue
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Sens unique

On cerne tous les erreurs
d’aiguillage les glissements de terrain 
glissements de sens sous les poings
la force faite doxa
faite frayeur avant fureur
dixit les voies des premiers hommes 
pas mieux que la réponse contestataire 
que la voix sans issue que les sens interdits
que le sens unique de la pensée 

Messages brouillés dans nos yeux de taupe
dans nos oreilles closes
les mots se plient au plus offrant 
se relient puis meurent 
puisque réduction de tête
puisque phrases scalpées au ras des crânes
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Qui sait ce qui

Ce qui bruisse
ce qui passe devant tes yeux
ce qui te traverse ce qui s’espace 
ce qui danse dans l’instant
ce qui s’obstine dans l’ombre
ne souhaite pas se dévoiler entièrement
reste une issue possible
laisse une trace en suspens
dont on ne sait par quel bout la prendre
ce bout du bout cette extrémité ultime
ne cesse de montrer son nez

D’instinct on la repousse
on prend ses distances 
on prend des dispositions 
on adopte des mesures drastiques 
L’espoir perdure dans ce qui te lève la tête
dans ce qui te lave le cœur

Rien ne se délaisse durablement 
dans nos entreprises de délestage
rien ne se met à la casse qui ne revienne
en pleine face façon boomerang
ce qui s’encrasse durablement dans nos mécaniques instables dans nos masses tectoniques
est du ressort des circonstances
non atténuantes puisque en connaissance de cause

Nous passons un temps infini de flottaison
à éviter ce qui tombe en pluie 
qui nous atteint par capillarité 
nous étreint dans une caresse 
qui confine à la noyade
©Perle Vallens

Emotion·Erotisme·photo n&b·poésie

Collant nylon

Collant nylon passé par-dessus bord
a filé son mauvais coton en zébrures
en échelles montées puis descendues
ses hauts et ses bas défaits
plissés tout au nord de mon sud
chausse défaussée parsemée de doutes
et de mauvaise foi en ses désirs
je ne vois rien par transparence
je cherche un tressaillement
pour redresser les torts
pour redonner du crédit à ce collant
sans couture son reflet rallumé sa brillance
cette synthétique symphonie des sentiments
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie

Racines

réseau racinaire infiniment morcelé 
rhizomes enfouis enflent dans l’ombre
dans le souffle de la terre 
vivace sa tige est une lèvre 
dont on ne sait ce qu’elle embrasse 
si elle pousse vers le haut ou vers le bas 
ne sait où elle s’enfonce où elle perce 
des défenses invisibles
se berce respire les mystères 
traverse la roche se niche 
dans ses anfractuosités
ses ramifications y saillent s’incarcèrent
dessinent un labyrinthe de sève et de sang 
tissé des secrets de l’obscurité 
ses filets d’Arachné muscles tressés
lacis nerveux dessus-dessous 
sa vie dressée à l’envers 
dans le creux du monde
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie

Ma carte du ciel

Je m’accouche chaque nouvelle lune
je m’extraie au forceps
à la seule force de mes pas vers l’avant
sauf volonté contrariée
sauf décision contraire
Ma naissance est un exploit à chaque fois
une épopée cyclique comme une roue solaire
Je lis des signes dans ma carte du ciel
aucune planète visible à l’horizon
Je me fie à la position du soleil
Je me fous des trous noirs
Je cherche toujours ma bonne étoile
mais la voûte est trop sombre
pour y voir quoi que ce soit
©Perle Vallens

Actualité·écriture·Oulipo

Ô Oscar, variation oulipienne

« L’association Zazie Mode d’Emploi a pour objet de développer et promouvoir les pratiques créatives inspirées des propositions de l’Oulipo, dans les domaines de la littérature, de la musique, des arts plastiques et de tout ce qui relève de la culture au sens le plus général ».
« Tous les ans, Zazie Mode d’Emploi choisit un texte de l’Oulipo jeté en pâture à qui veut bien s’en emparer. C’est là le pré-texte à des centaines de détournements, pastiches, hommages, sous forme écrite ou non ».
L’oulipienne de l’année est Clémentine Mélois et le texte revisité est Mâchicoulis et Chocoprinces. Il a donné lieu à 168 variations.
La contrainte que j’ai choisie est le « collier », seulement des mots contenant obligatoirement la voyelle « o« .