
Caviar 42

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


rassir sa peau de bête
rompre le jeûne à mordiller
cet épiderme amorphe
qui refuse de se réveiller
se réfugie dans l’imperceptible
dans l’imperméable terminaison
avant la perte définitive des muscles
se définit comme déficiente
la traversée des nerfs se fait
sans contrepartie
sans contrefaçon émotionnelle
se fait inertie des viandes
à bras (recourbés) le corps
la contention triste des chairs
il faut secouer les marées
tressaillir la vague son retour
à vif pluie fine sur les hanches
tu touches au but et c’est brutal
on en met partout
on disperse tous nos vœux
on espace nos (bonnes) volontés
les escarbilles glissent
tout droit dans ton œil
du feu à saisir en guise
de rêve éveillé
©Perle Vallens

La main arbustive feuillette le vert
la verticalité tendue vers le ciel
tâte la nudité l’entre-deux du tronc
applique le symbole à la stabilité du torse
en tension le long du pseudo-thorax
exosquelette d’insecte branlant sur ses deux jambes
risque de casse toujours possible
d’une ossature trop frêle
pour être humaine
toujours crisse entre deux pas
toujours écarquillée l’estampe entre les cuisses
et le sourire de l’iliaque se brise
la fossette du coccyx à moins d’un baiser
sincère dans le bas des fesses
Arbre n’est pas pénis si stature phallique
j’attaque sa cime pour faire comme si
entrefeuille ses espaces vierges
sa verdeur déjà d’hier
suce l’écorce à défaut du fruit
pense l’à venir le sortir droit des branches
sa sève en dépose du suint
en caresse des aisselles
son tressaillement de feuilles
panse sa blessure son ouverture
ses fluides pleine gorge à boire
son jus de plein été
©Perle Vallens



pixels tombés dans la cavité du crâne
noir comme un trou
par où passe la lumière
par où elle étreint trop
(mal embrasse)
l’espace d’où elle s’échappe
se nomme malchance
c’est par aveuglement que nous y perdons
le sens des choses
que nous nous couchons trop tôt
sans sommeil
mais l’appât du rêve d’où pourrait
éclore un nouveau soleil
©Perle Vallens


image pieuse instable
creusée profonde ne se refuse rien
ma gorge fume du gaz
de la cuisinière
avec fort risque d’explosion
ma gorge en feu est souffle rendu
air pour air sans privation
ma gorge est épopée ou sanctuaire
tous montés sur leurs grands chevaux
tous chemins de pèlerinage
ma gorge se parcourt à fortes prières
à grandes enjambées sans aucun
ménagement des langues
©Perle Vallens

On sait ce qu’on a à faire
Activer ses entrées (et ses sorties de route)
Ouvrir tous les fichiers tous les documents
Sélectionner chaque élément non classé
chaque registre non inventorié
chaque image détériorée
car matrice non opérationnelle
car menace de bloquage système
Transférer tout ce qui a été infecté
ce que la vie a virussé
Tirer à vue liquider le mode échec
Quitter le port tant qu’il est encore temps
Optimiser ses garde-corps
Scroller mieux, scroller loin
Spamer toutes ses peurs
Vider son stockage mémoire
Ne pas parler, laisser faire l’attente
Régler son désespoir sur le pas de l’autre
Passer par pertes et profits chaque déficit chaque détresse embryonnaire
Renommer tous les dossiers classés sans suite
Enregistrer chaque modification dans son disque dur dans ses discours intrapersonnels
Réamorcer ses fusées de détresse
Réinitialiser son gps interne à la recherche de son nord de son nom
Etirer sans cesse ses muscles et ses nerfs
Initier des métamorphoses, des modifications profondes
Entrer des métadonnées dans ses circuits
Troquer l’eau contre l’alcool
et l’huile de coude
Puis redémarrer ou se mettre en veille
©Perle Vallens

les mains supplient
essuient essorent les désastres
chaque doigt y met du sien
s’applique à replier les pans
à dissimuler le sens du pourtant
du pourquoi sans que personne
n’y voit d’inconvénient
c’est la caractéristique première
et indifférente de l’oubli
©Perle Vallens