100 jours·photo n&b·poésie·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Voix synthétique

le corps en transit au fond d’une voix
blanche mate
aphonie d’une cellulose sans acide
ventre enfermé dans voix fantôme
qui m’enfile comme un gant
la voix est une surface sans vide
elle ne m’endommagera pas
elle me mangera me gobera
tout rond

Perle Vallens

Micro vidéo sur un court texte (et autoportrait/génération d’ondes sonores) dit par une voix synthétique et non la mienne. Partagé sur instagram pour les 100 jours d’écriture (jour 95)

100 jours·photo n&b·poésie

Entêtement à vivre

parcourir la distance de là le verger
à reculons les branches tordues sèches
cassées qu’on devra égaliser
à la cerne de l’arbre reconnaître défi
cience la morsure
pas la sienne l’appauvrissement
de mes vieillards secs
en étancher la soif
repousser l’échéance d’un prochain coup
de soleil
hydrater par l’eau de pluie
acide quand bien même creuse l’écor
ce fragilisée
un serment prononcé m’engage
d’une promesse faite sur le vert
sur le vif les mots à ren
flouer je sais la repousse lente
l’entêtement à vivre
jusqu’à la feuille tendre

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 92



atelier Laura Vazquez·écopoétique·écriture·photo n&b·poésie

la peau des plantes

On dirait qu’elles se taisent
mais c’est qu’on ne les entend pas

Écoutez
Elles glissent
progressives dans le silence

il n’y a que la distance sous nos pas
un grand espace tout autour
un ciel

Ecoutez
La terre respire encore
elle rebrousse calcinée
les racines frémissantes
le sol relate une histoire
à laquelle nous croyons

Ecoutez bien
pour retenir les mouvements cachés
dans l’immobilité

Leur souvenir repousse fragile
dans nos veines
tiges hautes nous atteignent
de plein fouet

Ecoutez toujours
le déjà là des apparences
le dessous révèle leurs vies

inventaire
d’ombres
dépliées

plissé se fripe un pétale
dans l’air froissé

Ecoutez la pleine peau des plantes

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Vieillissement

Je me vois vieillir.

Je vois d’autres visages vieillissant. 

J’en vois sur les sentiers de campagne et entre les feuillages des forêts. 

J’en vois sur les trottoirs et dans les surfaces vitrées des villes, des reflets de rides dans les vitrines, des regards fatigués. 

Je vois des gens qui peinent à marcher. Je vois leur peau fripée, comme écorce craquelée, leur chevelure rêche, leur crâne dégarni. Les feuilles mortes à leur pied. 

Tout le monde vieillit, les arbres aussi, leurs branches sèches, leur tronc tordu, toujours debout, certains sont très âgés, bien plus que moi. 

Les plantes vieillissent, celles qui durent une saison et les vivaces qui s’enfouissent en terre, s’y reposent avant renaissance. 

J’aimerais bien moi aussi renaître. Ce sursaut d’énergie qu’un être parfois nous apporte. 

Je m’allonge sur le rocher sans âge chauffé à blanc dans la lumière d’été. Je me serre contre ce chêne, ses hanches larges, sa solidité, sa solitude. Je me couche dans les herbes qu’on dit mauvaises et c’est un réconfort. 

Nos peaux nous trahissent. Nos articulations, nos muscles, nos organes fragiles nous lâchent et la vie nous essouffle. Le vieillissement du corps nous blesse. 

Toi aussi tu vieillis. Et toi. Et toi. Tous nous vieillissons, tandis que d’autres naissent. 

Perle Vallens

100 jours·photo n&b·poésie

Comme une fleur tournée vers le soleil

Il suffirait d’une main placebo à poser ici et là
à vertu adoucissante pour soulager un peu avant
de reprendre la route
un geste à synchroniser ou une bouche
qui perd de sa réserve (pour une fois)
et réoriente sa direction
suffisamment melliflue pour attirer le regard et la sève
comme un visage s’incline brusquement vers soi
d’un air de fleur tournée vers le soleil

Perle Vallens

100 jours décriture, jour 61

100 jours·photo n&b·photo-poème·poésie

Cet air de reproche

Turbide nappe de canicule
acculé une chaleur de chaux vive
excès notables de nos turpitudes
les arbres ont cet air de reproche et d’avoir
abandonné la partie d’une lutte contre l’inertie
quel réquisitoire ces feuilles jaunies fripées
tombées prématurément comme un signe
de découragement à ramasser
cet humus à venir pour faire germer quoi du monde
ces changements qu’on espère

Perle Vallens

#100 jours d’écriture, jour 51

100 jours·photo n&b·photo retouchée·poésie

Dispositif muséal

Je n’ai pas d’effort à faire pour me remplir la tête 
Mon cerveau est un dispositif muséal qui fait œuvre de bonne volonté 
stockage-déstockage de désirs muets
J’interpose l’écran mobile de mes paupières 
fermer les yeux est l’usage habituel pour assembler le puzzle de vies fragmentées
tout petits morceaux d’existence dont on ferait un lien entre nous
même si parfois une pièce ne rentre pas au bon endroit 

Perle Vallens

#100 jours d’écritures, jour 48