
De courts messages envoyés milli
métrage où se devinent les couleurs
passées du rouge au bleu sa peau
s’écorce sans hache
le chasseur suit sa pente
au temps du muet
Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

De courts messages envoyés milli
métrage où se devinent les couleurs
passées du rouge au bleu sa peau
s’écorce sans hache
le chasseur suit sa pente
au temps du muet
Perle Vallens

Moment mal défini, un peu trop flou pour dire quelque chose d’affirmatif. Moment qu’on n’ose se remémorer de peur de.
Moment de je d’avant, de vie larvée, moment qui se défile entre les mains, qu’on ne peut rattraper.
Moment de flottement, d’effondrement. Moment qui succombe comme un animal atteint, qu’on ne peut soigner parce qu’on n’y connaît rien en chimie, qu’il n’existe pas d’antidote. Moment mal soigné de carie dentaire, moment de mal de chien.
Moment éreinté, souffreteux. Moment de tréfonds, de feu qui dévore, de peau brûlée. Moment malformé de fœtus malade. Un moment malingre, mal habité de paysage éteint.
Défaut de moment, déficience, absence de moment, singularité du moment qui s’échappe, moment déficitaire comme mot manquant dans la bouche.
Moment ineffaçable quand bien même on voudrait, moment qu’on vomit, la salive et les glaires, et peut-être même l’estomac entier, moment biliaire de dégoût et de colère.
Moment de délivrance, d’arrachement de nos chaînes et de nos frustrations. Moment de marche longue et ancestrale à la recherche d’une pseudo liberté qu’on gagne par instant. Moment conquis de haute lutte contre nous-même.
Moment qui se défait à mesure qu’on y pense, qui se délite et se froisse, moment qu’on roule en boule dans un coin de mémoire, moment qui reviendra sans crier gare.
Moment de fond de poche et de cachette, de nuit à la belle et de pleine lune, de présence animale dans nos épidermes, de sang mêlés au couteau, de respirations lentes et de serments.
Moment chargé de sens cachés. Moment de secrets imprononcés, de silence qui nous tient captif.
Moment à étirer comme un fil de sucre de barbapapa, un moment dont on se lèche les doigts. Moment éthéré et pourtant sa consistance de plaisir en bouche, sa mâche et son goût de reviens-y.
Moment de retour en terre promise, de fils ou fille prodigue, moment de sacerdoce, de déclaration, moment de promesse qu’on se fait et qu’on fait aux autres sans forcément la tenir.
Moment farci de fête et de dinde même pas de Thanksgiving, pour autant moment de grâce. Moment de bougies d’anniversaire qui se soufflent trop vite, moment de gratitude qui gratte l’encolure et le sourire, qui frotte le rebord du visage. Moment de nez et d’oreilles qui happent le moment, moment de feu plus que d’artifices, moment de vérité et de joie, ce serait si simple pareil moment.
Moment qu’on souffle en vapeur sur la vitre, pour y dessiner prochain moment d’enfance retrouvée.
Moment de plein vent. Moment de pleine mer. Moment où la voile du corps se gonfle, moment à ne pas se noyer.
Moment de calme et de volupté qu’on étreint vraiment trop mal pour qu’il signifie quelque chose.
Moment chevalin à galoper plus fort, à mordre et être mordu, à fracasser de ses sabots tous les sentiers.
Perle Vallens

son sexe est un colis piégé
au dernier étage de la bouche
par où passent inaperçus
certains gestes
comme celui d’enfoncer
l’escroquerie de la chair
son chant des sirènes
bombe à retardement qui m’a
explosé le cœur
plutôt que cet état de précarité
amoureuse
fais de moi une relique
aucune mendicité ne sera acceptée
sur le trottoir chaotique
mal cartographié du corps
je ne risque plus aucun claquage
durant la reconstitution
de la scène de crime
Perle Vallens

on a ce sentiment d’appartenir à la même espèce
qu’on pense supérieure
et qu’on imagine pas en voie de disparition
comme d’autres moins résistantes et moins désirables
cette impression de suprématie
de l’homme-pathogène
notre estomac à digestion rapide des autres êtres
nos jambes augmentées de carburant fossile
nos bras fossoyeurs du vivant
emmanchés de pelleteuse prête à dévorer
le premier arbre pour planter sa maison
enclenchant des armes de destruction
massive de déforestation en toute légalité
il faut bien que l’on se loge là où déjà on a scié
la branche sur laquelle on était assis
rien ne sert de verdir après avoir cimenté
on a troqué depuis longtemps nos branchies
contre le poumon asphyxié de notre suffisance
et les chants d’oiseaux dont on ignore le nom
contre une surdité rugueuse qu’on pense
acouphènes le sifflement de nos organes
est une langue incomprise le germe
d’une faune personnelle qui bruisse
quand plus rien alentour ne vit
Perle Vallens

Larvé le cri tisse son cocon silencieux, inerte encore, privé d’ailes et de pattes, insecte froid, comme mort / le cri léthargique, son frôlement vif, sa hargne nidifiée au creux du ventre, logée dans le fond / organique le cri en quête du corps pour le porter plus haut, pour armer la force, l’énergie, pour graisser l’armure, dresser l’armature / quel organe pour bâtir le mieux, hisser le son, fluidifier le flux, la sève dans la veine du cri, bouillonnante, l’ébullition dans les nerfs, le grésillement insupportable / comment maîtriser le cri, le garder à couvert, mesurer le pour et le contre, si c’est possible, mais est-ce possible / flûter le cri, le museler, l’amoindrir, l’adoucir, le lisser, tout doux le cri, dompté / mais le cri se hérisse et gonfle ses ergots, son animalité, son agressivité, le cri jamais passif se lève, se prépare à surgir, et je ne sais comment ni pourquoi le contenir / c’est affaire d’estomac et de bouche, le cri déchiré, bientôt arraché aux tripes, comment le contenir, comment l’écraser en soi, le taire / une fois deux fois le cri impatient, le cri impossible à pousser fore au cœur, à cran, cru le cri / foulé aux pieds pour le faire disparaître et pourtant, d’abord fluet, s’enflera, le cri bref qui va bientôt s’extraire sans qu’on puisse le retenir.
Perle Vallens

Le vent me pousse. Il ne cesse de me pousser, le vent du nord vers le sud, celui du sud vers le nord. Le vent épuise. Il étreint mais ne retient pas. Le vent est par nature volage. North by north-west ne te dit rien qui vaille, s’il faut s’envoler au septième ciel. Je me fais pétale fripé avant l’heure. Reflux du fond de la mémoire, la boussole tourne dans le vide et ce qui souffle n’est pas repérable. Les vents qui s’enroulent me tournent autour. Me tournent au ventre. Au milieu je suis une spirale qui flotte entre les deux hémisphères du cerveau. Le corps a perdu son nord, s’affole, affronte encore ses vents intérieurs, cette seule intensité quand il se laisse emporter. C’est le vent du rêve qui souffle le plus fort.
Perle Vallens

Tenir tête au ciel irascible aux tempêtes aux grands froids — Tenir tête aux pluies qui déferlent en torrents — Tenir tête la première et résister — Tenir tête aux dévastatrices — Tenir tête aux diluviennes qui lessivent et qui noient — Tête la première tenir au premier nuage noir — Tenir tête aux orages — Tenir tête haute du haut des tiges — Tenir tête au vent — Tenir tête coûte que coûte ponant-brisant bon an mal an tenir bon — Tenir tête à qui plie et couche — Tenir tête bravement — Tenir tête aux instabilités du sol — Tenir tête à qui dévore feuilles et racines — Tenir tête à qui ravage — Tenir tête aux dents et aux mandibules — Tenir tête aux pattes poilues — Tenir tête aux estomacs — Tenir tête aux digestats et aux lisiers — Tenir tête aux métaux lourds — Tenir tête aux talons qui enfoncent — Tenir tête aux bruits de botte et de voix — Tenir tête aux souffles mauvais qui s’avancent — Tenir tête aux ongles qui crochètent et soulèvent — Tenir tête aux mains qui déracinent — Tenir tête à herse et faucille — Tenir tête à débroussailleuse — Tenir tête à désherbant sélectif ou systémique — Tenir tête à glyphosate — Tenir tête à qui nous arrache et nous pulvérise — Tenir tête et repousser encore ailleurs — Tenir tête non baissée — Tenir tête et essaimer — Essayer de tenir tête dressée toujours droite — Tenir tête à toutes adversités — Quand bien même entêtée tenir tête — Tenir tête têtue son ciel comme toit — Tenir tête pour tenir
Perle Vallens

Les mots avancent comme une marée
et je cherche un âge de pierre sur la plage
j’apprends à nager entre les mensonges
je bois à la fonte des glaciers
un verre comme une urne renversée
où les cendres dessinent une vague
le temps long sur la langue
comme un goût pariétal
Perle Vallens

Il est de toutes les saisons, dénudé ou fleuri, s’égraine et se disperse en rosettes étoilées.Il tapisse les prairies et sentiers, les talurs et trottoirs, d’un envahissement tel qu’il est impossible de ne pas le piétiner. Je l’enjambe dans le jardin et je me penche vers lui, hissé sur ses longues tiges dressées en touffe autour du pied, sa racine épaisse solidement ancrée. En dormance hivernale, il persiste dans son vert, ses feuilles ciselées, lancéolées, au pourtour hérissé, ses « dents de lion » qui ne mordent pas. J’imagine la sève qui remonte, puissante en de début de printemps, dans le pédoncule creux, duveteux, vers son capitule fécond, ses rangées de fleurs jaunes que viendront bientôt butiner les pollinisateurs des environs.
Quand les fleurs laissent place aux fruits, le pissenlit s’auréole d’akènes prolongées de soies. Volatiles et légères, ses aigrettes se détachent et se dispersent au moindre coup de vent. Sa tête joufflue et blanche, fragile,me fascine, comme lorsque j’étais enfant. J’aime toujours souffler dessus, par jeu. Je lui entame une joue pour ne garder qu’un demi visage, avant de faire disparaître l’autre. En deux bouffées, j’essaime totalement sa chevelure folle qui s’envole d’une bourrasque, un peu comme la mienne, et qui vient coller ses mèches aériennes dans mes propres cheveux.
Perle Vallens
(écrit en cours de Master création littéraire écopoétique)

Le vent emporte quelque chose de non visible
emprunte à la vue sa vitesse de perception
grand emballement ou pâmoison
épanchement humide sous le pas
rien ne se dérobe sous la botte
le sol adhère et même colle
agglomération glaiseuse
de quoi gloser un peu sur le temps qu’il fait
d’un réchauffement planétaire la semelle
s’inquiète si peu se contente d’acquiescer à la terre
ferme sa garantie de stabilité
obéit aux gémissements souterrains et internes
vascularisés sous la ligne de flottaison des pensées
à quoi mieux réfléchir qu’au reflet
que nous laissons en surface
mal essuyée notre éponge comme petite cuisine insalubre
d’effleurement en frottement assidu s’évertue
dévoile vile dépôt et crasse
méritocratie dans les pans larges des avènements
des floraisons de nos dissidences
de nos révolutions
je me berce de visions de merveilles
d’illusions par les yeux l’horizon seulement
s’élargit jusqu’à s’avaler
le sol défraîchi lisse isolé de son substrat
désertique harassé reste seul fantôme de
nos existences passées
Perle Vallens