écriture·Mater Atelier·photo couleur·poésie·prose

Nuit, nous

La nuit déployée lente aile battante
lente de souffle lent de silences contenus de nécessaires ardeurs tues
la nuit ses caresses incertaines dont on ne sait si douce ou mordante
si nous couvre ou nous rejette
dans nos incertitudes
la nuit chasse nos vêtures nous met à nu tellement fragiles
tellement faillibles mal définis ou nourrissons
avant renaissance
la nuit vaste semble descendre et remonter des profondeurs
jusqu’au ventre remue reflue noire et dense
vers l’ossature
la nuit nous brûle ou fait-elle semblant du moins nous consume
la nuit sans effroi mais le coeur gonflé
de percevoir tant de sons infimes microscopiques
la nuit acoustique ses basses fréquences et ses échos
nous tambourinent peau de vibrations
en résonance
la nuit nous danse
elle nous dessine de ses ombres
pas même un mot et tous les sens
en fusion ou en transe
la nuit est la nuit et nous la nuit
sous hypnose

La nuit n’est pas si noire qu’on le dit, elle n’est pas seulement obscurité et trouble, dans l’ombre on décèle si l’on plisse les yeux, une lumière qui décolle les cils, un à un

Perle Vallens

Atelier Mater avec Sandrine Cnudde

photo n&b·poésie

Vies frelatées

On prie le dieu du vite fait bien fait 
on nous sort les jeux et le pain à toutes les sauces
dans lesquelles on trempe notre belle assurance 
la satisfaction d’une confiance en soi touillée
au jus doux des conditions générales de vente 
(ni reprise ni remboursée) 
notre ego réutilisable  
chaque jour recomposé d’un matériau 100% recyclable 
ce qu’on poubellise ce sont les vocations inexistantes le manque de désir
ces silex inutiles desquels aucun incendie ne jaillit 
(les containers ne risquent pas de prendre feu) 

Le cynisme est une route risquée
glissante 
et nous avons beau mettre des crampons au semelles du réel
une chute n’est jamais exclue
pente jamais douce qui nous prend au dépourvu 
de nous-mêmes en dépit de tous nos efforts 
pour rester accrochés arc-boutés au dos 
d’un mieux ancré que nous 
tantôt parasité tantôt parasitant

On ne se dit jamais qu’on est l’enfer d’un autre 
que la sécheresse naît dans nos mains 
que ce moindre geste n’encourage pas
nous ne savons pas s’il se nomme apocalypse
ou apothéose 
nous sommes ce toit percé du monde par ou coule le sang de notre prochain 
termites ou frelons

Nos vies frelatées valent encore de quoi
valent encore la peine
nos vies passées par pertes et profits 
totalisés dans les panneaux excel 
s’indéfinissent dans l’extrême contemporain
caractérisé par indifférence caractéristique
aveuglé s’aveuglant avançant à tâtons
le regard trouve quelque chose
qu’il ne cherchait pas 
Perle Vallens

écriture·Inktober·photo couleur·poésie·prose

Inktober 2023 (fin)

26/10 enlever/supprimer 
Je balbutie mes rêves sans savoir vraiment 
s’il faut enlever ou ajouter des métaphores 
aux messages
s’il faut supprimer le flouté l’effet dansé qui ressemble un peu à la joie 
qui ressemble à la vie 
PV

27/10 bête
Cette bête féroce monstrueuse qui sommeille 
en moi
sait aussi miauler et te mangera dans la main 
pourvu que tu saches la dompter
sinon c’est elle qui te dévorera 
PV

28/10 scintiller 
L’œil braque 
le soleil ses faux fuyants 
le meilleur comme le pire 
ce qui scintille luit aussi bien qu’il aveugle 
PV

29/10 destruction massive 
Qui sait entendre le silence 
les traces décimées 
les fumées de phosphore
toutes armes de destruction
massive 
Qui sait où commence et où finit 
le principe d’auto-défense 
PV

30 se précipiter 
S’ouvrir la poitrine, y faire entrer le monde est ce geste chirurgical, précautionneux avec lequel on s’avance à découvert, on s’expose, on se met à nu pour faciliter la greffe. La part de l’autre entrée en soi. Ce qu’il faut c’est procéder lentement, sans se précipiter, avec l’assurance nécessaire, la confiance. Lier sans fuite ce moi à son alter ego. 
PV

31/10 feu
Au-delà du feu il y a encore du feu. Il y a la chaleur du feu, l’ombre du feu. Il y a les braises et les cendres. Il y a le souvenir du feu. Le souvenir du feu, c’est encore du feu.
PV

écriture·Inktober·photo n&b·poésie·prose

Inktober 2023 (5 par 5, 4)

21/10 chaînes
De toutes ces chaînes qui nous enferment
dont nous sommes prisonniers
les plus fermement closes sont celles
qui emprisonnent notre volonté
PV

22/10 rugueux 
La vieille peau usée rugueuse des mots
à répétition leur terre asséchée
aride leur sens déserté
par quelle parole nouvelle les remplacer
PV

23/10 céleste
Le mur d’en face est une faille céleste
le mur du fond s’efface sur sa propre fissure
s’ouvre sur une dimension passée
où ma figure s’encastre
PV

24/10 superficiel
Taire ses blessures même superficielles qui elles aussi percent, laissent voir, creusent comme les plus profondes, leurs galeries de fragilités que l’on souhaite garder cachées. Taire est subterfuge ou dissimulation, est surtout pudeur dis-tu. Taire et s’en tenir aux choses extérieures.
PV

25/10 dangereux
Tu sais que le désir qui te pousse est dangereux, que la vie même est dangereuse. Vivre c’est risquer, mais craindre de vivre c’est mourir à petit feu. La peur est une plante toxique aux ramifications vénéneuses, elle se plante en toi et t’empoisonne par lente paralysie.
PV

photo n&b·poésie

A ras-bord

je remue les mousses salivaires
dans les pièges tendus des lèvres
je ne sais plus ce qui est baiser
ou mot
dans la bouche qui palpite
je ne sais plus qui a tort ou raison
tant la voix prime sur les autres bruits

j’hésite entre le cul sec et la noyade
quand bien même mouille la scène au bord
des yeux où se barbouille le crâne
d’images floues
la bobine défilée crève dans la fonte
des événements
saigne sur l’écran cramé
dans l’alcool qui saoule à flot

aucune vidéo à la demande n’offre
un tel ventre plein de tiraillement
aucune séquence filmique ne trame aussi bien
les caractéristiques du manque
ce creux ménagé pour accueillir
toutes les dents acérées par la faim
les glandes ont la sécrétion persuasive
et on se dit mort de soif

rien ne gâte comme le sucre l’accès
à la mémoire comme
un coma éthylique où
pris de boisson on ne se rappelle rien
des raisons de la veille
quand déjà l’ivresse est loin
ce sable alcoolisé où on s’enlise
où on s’ensevelit

on dérive on dégueule ses tripes à la fin
quand bien même on a l’estomac
et le cœur vides
on continue à boire et remplir la vie à ras bord

Perle Vallens

photo n&b·poésie

Sur cintre

Texto arrivé sans verbe
avoue ton corps revêtu
décousu d’habitudes
plusieurs versions de toi encore
disponibles

ton corps sur cintre du désir
demande la main qui froisse
les grands désordres
et d’autres corps entrés en rêve
sans efforts

ton corps en devanture de mémoire
tremblant dans l’ombre du désamour
tant d’indices abandonnés
errants sur les routes numériques
je décide de n’en adopter aucun