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Bon baiser du soleil

Le soleil dessine des ailes équilatérales s’ouvrant en V vers moi comme bras tendus, écartés pour embrassade. Il force un peu sur ses rayons, tire des droites nettes à travers les arbres et les maisons. Midi est son heure. Le soleil applique des lignes cassantes et aveuglantes, des perpendiculaires à mon corps, des obliques au regard.
Je m’en protège. Les baisers du soleil sont plus dangereux que les tiens.
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·prose

Rouge sang

Eclose dans mes mains, battues aux poignets, les fleurs rouges dans les veines frappent.
Leurs pétales sont des drapeaux assignés à reconnaissance. Hissés haut quitte à se froisser.

J’ai des coquelicots dans les doigts, dans les bras, dans le sang.
J’ai des yeux noirs qui traînent et des coquelicots sous la peau, fanés d’avoir été cueillis.
J’ai un reste de printemps en guise de pulsation. Le rouge stagne chaud sur mon visage.
Jusqu’aux joues. 
©Perle Vallens

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Miroir, une nouvelle revue en ligne

Laura Vazquez anime depuis environ un an des ateliers d’écriture en ligne dont les textes sont publiés sur un groupe facebook.
La toute nouvelle revue Miroir (dénommée ainsi en hommage à un poème de Sylvia Plath) réunit des textes rédigés lors de ces ateliers, sélectionnés par Laura et mis en page par Benjamin Milazzo. Il peut s’agir de mini récits, prose poétique, poèmes…
Vous pouvez vous diriger dans la revue en ligne dans l’ordre où les textes sont publiés mais aussi par nom d’auteur/autrice ou par thème d’écriture tagués par mot-clés :

Vous pouvez retrouver certains de mes textes, publiés ou non sur Attrape-rêves.

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L’impossibilité d’un cri, dans Résonances

Résonances est une revue éditée par Jacques Flament qui se propose de marier textes et photos.
L’impossibilité d’un cri est une micro-nouvelle écrite sur la base de cette photographie de Patrick Devresse et qui évoque tout ce que le corps nous dit, ce qu’il tait et surtout ce qu’il exprime de douleur.

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Uppercutée

Je vois. Ou peut-être pas. Peut-être que j’imagine. Peut-être que c’est un piège, juste une image. L’image d’une image. L’image dans l’image.
La beauté brouille ses pistes. La beauté abat ses cartes. Sans joker, beauté brute, immédiate. C’est l’image d’un soleil, l’image d’un éblouissement, d’un choc, d’un aveuglement.
La première fois, c’est un grand silence à l’intérieur. L’effet tenaille à rompre les organes. L’effet grenaille à piquer les paupières.
La deuxième fois, j’étreins ce que je vois. A m’en étouffer. Je m’ébouriffe, je me dézingue, j’ingurgite à m’en déglinguer l’œil. Tant d’étincelles tant d’éclats.

Et à chaque fois je me prends un uppercut. Un doux et long uppercut. Gros shoot. No bluff. De plein fouet. J’en ai plein la tête. Plein les veines. J’en suis pleine, c’est en moi. Cela diffuse, cela diffracte, cela reste longtemps.

Après, je me dis que je sais. Je connais cette émotion, je la reconnais. Je suis prête. Elle peut venir, la beauté. Toute la beauté du monde. Je l’attends de pied ferme. Elle peut me frapper en pleine face, la beauté. J’encaisserai.
©Perle Vallens

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Nouaison dans le Jeudi des mots/Printemps des poètes

Nouaison est le poème choisi par Ghyslaine Elbe à l’occasion du dernier Jeudi des mots, (groupe de lecture de poésie emmené par Marilyne Bertoncini), une édition intitulée Un jeudi nommé désir, le thème de ce Printemps des poètes étant précisément le désir. Ici désir amoureux et charnel.

Nouaison

Il y a des bras plus grands que des bras.
Et des jambes plus longues qui arpentent les tailles, les torses, toute l’étendue de nous. Tenus, légers, que soulève l’impatience, frissonnants de l’épuisement à venir. 

Il y a les langues qui s’entortillent, se pressent à se dire des secrets, à saillir la joie. Les langues qui enchantent la musique de nos souffles. 
Nos bouches s’emmêlent, se mordent, se mâchent chaque fois pour garder longtemps le goût en mémoire. 

Il y a nos corps aux jointures qui se touchent, les flancs fouettés par la fougue, la houle que nous formons. Et la chair gonflée de notre chaleur, brusquement montée en crue. 

Il y a nos mains qui prennent la mesure des frénésies. Les doigts fendent et dansent, dans les fêlures, assignés aux carnages et à la lumière. 

Il y a ce qui claque hors sol, ce qui respire dans l’étreinte, ce qui se renouvelle, ce qui nous appelle, encore. Là où tout est comblé, où aucun vide entre nos corps encastrés. 
Nouaison, non prisonnière, je ne nie pas, je m’érige grandie de toi, amplifiée, augmentée par le désir. 
©Perle Vallens

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Epaule

L’épaule affaissée, affaiblie d’avoir trop porté, s’affaire sous le pull, à peine un voile
Epaule épave d’une vie, dévide ses tendons un à un, filet à provision à supporter tout le poids
Epaule à chat, tiède à lécher, elle triche un peu sur sa rondeur, comment lui en vouloir, épaule à mâcher l’apesanteur, à mordre la prochaine chute
Épaule pour le chemin, à poursuivre la route
©Perle Vallens

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L’illusion

La surface ne se plisse pas. Elle ne se gondole pas, n’ondule pas, elle reste inerte, engluée en elle-même. Immobile, parfaitement lisse, calme, elle s’offre comme miroir où se reflètent les arbres, pinceaux de fin d’hiver trempés dans l’eau. Une vision inversée de la réalité, dans laquelle on pourrait plonger. Rien ne s’agite mais tout respire en profondeur. C’est le rythme très bas du cœur des choses qui se laisse regarder, une indécence de la vie qui se laisse voir à l’oeil nu.
Les couleurs sont douces, diluées, sans densité mais d’une présence qui occupe tout l’espace sous la paupière. Il y une continuité, un prolongement, une dissolution lente du paysage pour ne faire qu’une seule image.

De loin, c’est l’impression que cela donne, une image unique, claire, silencieuse, sans un souffle d’air. De plus près, sur la berge, les premiers clapotis ne viennent pas brouiller l’image mais troublent l’atmosphère de leur son. C’est léger mais pleinement vivant et presque volatile. Le bruissement doux contribue à la quiétude, tout comme le pépiement, plein les oreilles mais sourdine, de loin, demi teinte. Une histoire de chants, d’enchantement. Une histoire de chaleur, de début de printemps. Une histoire de chair de poule qui ne se voit pas mais se devine sur la soie lisse du lac.
Plus tard, le soleil disparaît derrière, laissant une traînée de poudre sur l’eau, qui s’allume en incendie, en flamboyance. Et rien n’a bougé, le lac demeure immobile. Et dessous, l’insondable mystère, l’insaisissable, l’invisible. 

Se demander alors si la beauté se voit ou si elle n’est pas dans ce qui ne se voit pas, dans ce qui s’imagine, dans ce qui se présume. La beauté est une cachottière. La beauté se cache d’instinct. Elle se cache là où l’on ne pense pas qu’elle se trouve, là précisément où l’on ne la voit pas et elle surgit de l’onde ou d’ailleurs. L’image se fige. L’image change. Elle se disperse entre le regard et l’esprit. Elle oscille entre l’être et le paraître, l’illusion s’illusionne. Trois petits tours et puis s’en vont. 
La beauté s’ignore. Je le savais déjà. 
©Perle Vallens