photo couleur·poésie·prose

Borne kilométrique

On ne sait quelle latitude atteindre, ni quelle longitude
Je n’ai pas la bonne application
Je m’en tiens aux bornes sur la route pour m’indiquer la bonne direction
celle des cimes
et le temps estimé qu’il reste à parcourir

Aucun autre fuseau horaire
que celui dans lequel on se glisse
arrivé au sommet 

L’imprécision convient à la route en lacets, aux circonvolutions, aux incertitudes
Et à une vue dégagée par grand soleil
©Perle Vallens

photo retouchée·poésie·prose

Des poux dans la bouche

Les arracheurs de dents te cherchent des poux dans la bouche
Ta langue ne tourne pas assez à leur goût
Elle penche trop en dehors
Elle pêche des mots qui peuvent convenir
mais il n’y a que des inconvénients à parler
avec des cailloux et des molaires creuses
c’est bien trop massif, ça prend toute la place
Tu as un dentier sur mesure
pour remplacer les canines tombées
pour corser la saveur des phrases
Tu ne ménages pas ta morsure

On ment, on triche et c’est comme sucer une chair fraîche
La pastille de la peau blanche
détachée et plaquée au palais
On a les addictions qu’on peut
On a des douleurs dentaires à trop mâcher
par intérim
Il manque toujours un trou pour cacher
les déchets

Pas de préchi-précha
la bouche vaut mieux que ça
Et la peau chante mieux que les mots
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Bon baiser du soleil

Le soleil dessine des ailes équilatérales s’ouvrant en V vers moi comme bras tendus, écartés pour embrassade. Il force un peu sur ses rayons, tire des droites nettes à travers les arbres et les maisons. Midi est son heure. Le soleil applique des lignes cassantes et aveuglantes, des perpendiculaires à mon corps, des obliques au regard.
Je m’en protège. Les baisers du soleil sont plus dangereux que les tiens.
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·prose

Rouge sang

Eclose dans mes mains, battues aux poignets, les fleurs rouges dans les veines frappent.
Leurs pétales sont des drapeaux assignés à reconnaissance. Hissés haut quitte à se froisser.

J’ai des coquelicots dans les doigts, dans les bras, dans le sang.
J’ai des yeux noirs qui traînent et des coquelicots sous la peau, fanés d’avoir été cueillis.
J’ai un reste de printemps en guise de pulsation. Le rouge stagne chaud sur mon visage.
Jusqu’aux joues. 
©Perle Vallens

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Miroir, une nouvelle revue en ligne

Laura Vazquez anime depuis environ un an des ateliers d’écriture en ligne dont les textes sont publiés sur un groupe facebook.
La toute nouvelle revue Miroir (dénommée ainsi en hommage à un poème de Sylvia Plath) réunit des textes rédigés lors de ces ateliers, sélectionnés par Laura et mis en page par Benjamin Milazzo. Il peut s’agir de mini récits, prose poétique, poèmes…
Vous pouvez vous diriger dans la revue en ligne dans l’ordre où les textes sont publiés mais aussi par nom d’auteur/autrice ou par thème d’écriture tagués par mot-clés :

Vous pouvez retrouver certains de mes textes, publiés ou non sur Attrape-rêves.

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L’impossibilité d’un cri, dans Résonances

Résonances est une revue éditée par Jacques Flament qui se propose de marier textes et photos.
L’impossibilité d’un cri est une micro-nouvelle écrite sur la base de cette photographie de Patrick Devresse et qui évoque tout ce que le corps nous dit, ce qu’il tait et surtout ce qu’il exprime de douleur.

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Uppercutée

Je vois. Ou peut-être pas. Peut-être que j’imagine. Peut-être que c’est un piège, juste une image. L’image d’une image. L’image dans l’image.
La beauté brouille ses pistes. La beauté abat ses cartes. Sans joker, beauté brute, immédiate. C’est l’image d’un soleil, l’image d’un éblouissement, d’un choc, d’un aveuglement.
La première fois, c’est un grand silence à l’intérieur. L’effet tenaille à rompre les organes. L’effet grenaille à piquer les paupières.
La deuxième fois, j’étreins ce que je vois. A m’en étouffer. Je m’ébouriffe, je me dézingue, j’ingurgite à m’en déglinguer l’œil. Tant d’étincelles tant d’éclats.

Et à chaque fois je me prends un uppercut. Un doux et long uppercut. Gros shoot. No bluff. De plein fouet. J’en ai plein la tête. Plein les veines. J’en suis pleine, c’est en moi. Cela diffuse, cela diffracte, cela reste longtemps.

Après, je me dis que je sais. Je connais cette émotion, je la reconnais. Je suis prête. Elle peut venir, la beauté. Toute la beauté du monde. Je l’attends de pied ferme. Elle peut me frapper en pleine face, la beauté. J’encaisserai.
©Perle Vallens