Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…
Auteur : Perle Vallens
Perle Vallens écrit et photographie, deux écritures poétiques qui se rejoignent.
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Je vois. Ou peut-être pas. Peut-être que j’imagine. Peut-être que c’est un piège, juste une image. L’image d’une image. L’image dans l’image. La beauté brouille ses pistes. La beauté abat ses cartes. Sans joker, beauté brute, immédiate. C’est l’image d’un soleil, l’image d’un éblouissement, d’un choc, d’un aveuglement. La première fois, c’est un grand silence à l’intérieur. L’effet tenaille à rompre les organes. L’effet grenaille à piquer les paupières. La deuxième fois, j’étreins ce que je vois. A m’en étouffer. Je m’ébouriffe, je me dézingue, j’ingurgite à m’en déglinguer l’œil. Tant d’étincelles tant d’éclats.
Et à chaque fois je me prends un uppercut. Un doux et long uppercut. Gros shoot. No bluff. De plein fouet. J’en ai plein la tête. Plein les veines. J’en suis pleine, c’est en moi. Cela diffuse, cela diffracte, cela reste longtemps.
Retour aux premières amours… La cuisine, les bons produits, les souvenirs d’enfance. C’est à la revue en ligne Le Ventre et l’Oreille (qui diffuse également sous format papier sur la gastronomie et la musique), que j’ai proposé ce morceau d’anthologie familiale qu’est le clafoutis maternel, exclusivement aux cerises de Montmorency. A lire ici.
Nouaison est le poème choisi par Ghyslaine Elbe à l’occasion du dernier Jeudi des mots, (groupe de lecture de poésie emmené par Marilyne Bertoncini), une édition intitulée Un jeudi nommé désir, le thème de ce Printemps des poètes étant précisément le désir. Ici désir amoureux et charnel.
Nouaison
Il y a des bras plus grands que des bras. Et des jambes plus longues qui arpentent les tailles, les torses, toute l’étendue de nous. Tenus, légers, que soulève l’impatience, frissonnants de l’épuisement à venir.
Il y a les langues qui s’entortillent, se pressent à se dire des secrets, à saillir la joie. Les langues qui enchantent la musique de nos souffles. Nos bouches s’emmêlent, se mordent, se mâchent chaque fois pour garder longtemps le goût en mémoire.
Il y a nos corps aux jointures qui se touchent, les flancs fouettés par la fougue, la houle que nous formons. Et la chair gonflée de notre chaleur, brusquement montée en crue.
Il y a nos mains qui prennent la mesure des frénésies. Les doigts fendent et dansent, dans les fêlures, assignés aux carnages et à la lumière.
Ceci inaugure une série de caviardage. Il s’agit de biffer à l’encre (en noir, couleur du caviar) des mots dans un texte, du nom d’une pratique qui date de la Russie du XIXeme siècle, devenue d’usage poétique, notamment récemment popularisé par Lucien Suel.
J’utiliserai un seul livre pris au hasard (presque) de 136 pages, soit 136 caviardages (presque)… Voici le premier.