
Caviar 75

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


Je me défends bien
aux interrogatoires programmés
Je me défile à trois doigts près
Je défie quiconque
au concours interactif de baiser
Tu me dis que tu ne t’appelles pas
quiconque
mais tu es pourtant bien celui qui
opère par voie de sevrage
à cœur ouvert rien d’impossible
Perle Vallens

Ma peau nue trône à terre
règne sur chaque millimètre en contact
l’influx et le feu remontent par les pores
par les heures d’incendie converties en secondes
d’embrasement
Ma peau couve sous la mue
sa lave neuve sa dévoration
d’haleines haletantes et de désirs fleuves
de tous les âges elle porte sa crue
en couronne
Ma peau nue se moque
du carrelage lisse des tommettes froides
de la moquette rêche du lino sale
des sols cirés des enduits suintants
de boues noires
Ma peau nue se vante d’être à sa place sur tout type de revêtement
Pourvu qu’y floque l’ombre portée de ton corps
Pourvu qu’y éclate la prochaine explosion
de ton prochain baiser
Perle Vallens


La lumière casse au milieu du jour
nerf rompu dans l’ombre
ce grondement au bord du chemin
pris d’une fébrilité orageuse
dans la mêlée marque
l’autre côté du monde
Perle Vallens

Si tu restes tu assistes à la fonte d’une femme
une neige fraîche d’été au bout des ongles
un seul effleurement suffit pour excuser l’indéfendable
j’enterre les défauts à main nue
dans le creux des chairs
si tu me pêches à la ligne
(fine mouche je me cache
derrière les rochers des mots)
tu arraches la victoire
tu gagnes mes rives de haute lutte
tu peux trouver en un geste de parade amoureuse
le bouton on-off
la fosse aux ours si tu ouvres assez grand
les bras et la bouche
Perle Vallens

Trop de doigts pas assez de paume
Trop de dents pas assez de bouche
par où passe le sens le sentiment dans l’heure
écoulée
Trop d’espaces grands ouverts où court la perte
l’os de l’absence rongé aux acides
la salive d’un vieux chien
Trop de morceaux de vie ne formant
aucun paysage
aucune géographie ne tient au corps
Ventre flou mangé d’un fumigène
ou d’un refus
effet non rétroactif de la lumière
Rien ne diffracte au milieu du visage
Perle Vallens


Suite à ma résidence d’écriture à La laune, chez les Avocats du Diable / Editions au diable vauvert au titre de lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 (dont j’ai écrit chaque jour mes ressentis sous forme de journal), une interview a été réalisée par Philippe Beranger, sur mon expérience d’écriture et d’autres sujets artistiques qui me tiennent à coeur.
Elle est diffusée en 5 volets sur la page facebook des Avocats du Diable Résidence d’écriture.

le temps passé
seule
à renforcer le muscle du désir
la fabrique des histoires qu’on s’invente
à l’inspire on bloque la respiration
on expulse un reste de libido qui
s’évapore dans l’air dans l’ordre des choses
dans l’agencement de quelle hypothétique sagesse
ce mur hissé trop haut pour le franchir
tant de briques qu’on rêve d’abattre
à nos jeux de chamboule-moi
qui me tenait lieu de drogue
chavirée chancelante
(ne lâche pas ma main)
j’écris en écho au mythe
du premier baiser
Perle Vallens