atelier Tiers Livre·écriture·cinéma·prose

A journey to Houston (1)

Cela se décide vite. Partir à Houston, not a big deal. Elle demande où on est. Il dit San Bernardino. Il ne sait pas mais cela fait environ 57 miles. Presque 100 km. Pas grand-chose sur les 2490 km jusqu’à Houston.

On longe des villes avec des nom de palm trees. Des palmiers il y en a partout sur le bord de la highway 10.

Le paysage file vite sur la quatre voies. On lit Live Oak, Canyon road. No yet.
Redlands. California. Lignes haute tension, panneaux publicitaires. Soleil blanc haut dans le ciel. Encore des palmiers. Cabazon et ses dinosaures. Et là ? Kitchin Peak.

A la vitesse de la lumière on mettrait 3 secondes.

Le paysage se pèle, frotté de blanc, sable piqué de plantes rachitiques à Desert Hot springs. Il mnéralise le temps et l’espace, les fige. On avance et tout semble identique, désert devant, derrière, à droite, à gauche. Chaleur de plomb. On se liquéfie, forcément.

A un moment, la fatigue et la faim creusent leur lit dans l’aplat désertique. Il est temps de quitter la route. Next exit, somewhere you don’t care. Alors, le premier motel venu dans l’espace marginal de l’histoire, dans sa discontinuité. Le motel est rupture temporelle. Le lendemain, on ne s’éternise pas, on repart dans le paysage, inchangé. L’étalage du blanc dans l’œil cligne, s’absente parce qu’à un moment on ne voit plus que l’asphalte, on ne compte plus que les miles engrangés.

Alors, Phoenix, Arizona. Tucson, Comté de Cochise, la poussière se soulève et envahit le champ visuel. Comté de Luna, Nouveau Mexique. Motel. L’air nous chasse de la route, de nous-même. El Paso, Texas.

On quitte l’autoroute, on s’engage dans une voie de traverse, on s’arrête à Marathon, Texas. Small, small town dans une zone rase. Quelques baraquements, pompe à essence, motels. Il y a ce panneau improbable, bridge may ice in cold weather.

Le sang de la route nourrit ce grain sableux, fluide de l’existence. On pourrait facilement se diluer dans l’identité d’un autre. On pourrait se rebaptiser Trevis pour l’occasion. On pourrait rouler dans une vieille Ford ou un pick-up du même genre. On n’aurait plus besoin d’atlas ou de carte routière, on suivrait la même route toute le temps, la Highway 10. On n’aurait pas besoin de se perdre.

Quelque part, devantures de vitrines, restaurants, parkings, panneaux indicateurs, surgis entre deux vastes étendues que la route met à découvert. Enfin, Houston, end of the journey. Là, s’asseoir sur un muret de béton et attendre que le soleil se couche dans l’horizon derrière les buildings.
Perle Vallens

Texte écrit en hommage au film de Wim Wenders, après le ciné-poème…

atelier Tiers Livre·écriture·photo n&b·prose

Sentiment du rien

Le sentiment de disparaître, de devenir transparent, inconsistant, d’une matière souple de glaise invisible, d’une texture molle qu’on enfonce du talon dans le sol, le sentiment de l’enfouissement, de la disparition progressive, non annoncée, mais tue, ignorée d’autrui, le sentiment de devenir autre, de se métamorphoser, de changer de structure moléculaire, de modifier son squelette, de le tordre, de l’essorer, ce sentiment de devenir liquide, une flaque, une goutte d’air dissout dans le vide, ce sentiment d’une transition vers un autre état, de devenir autre chose, un objet peut-être, l’insignifiance même, l’absolu néant ou du moins ce peu, le sentiment du peu, du presque rien, de l’infiniment petit et dérisoire, ce sentiment qu’on tiendrait dans la poche de quelqu’un, ce désir de tenir dans la poche, d’être transporté, ce sentiment de se sentir véhiculé d’un endroit à un autre, de ne compter que pour cette instance du transportable dans le fond d’une poche, tiré, bringuebalé, voyagé, esseulé pourtant, ce sentiment d’être là sans être là, ce sentiment de devenir de plus en plus mince, de plus en plus flou, ce sentiment du seuil franchi, de point de non retour, de l’infini, du presque zéro, ce sentiment du stade d’avant, d’avant tout, d’avant tout le monde, ce sentiment du stade non développé, du stade incertain, du stade informe, diffus, le sentiment du souffle d’air qui s’envole sans jamais retomber.
Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Décapitation

Il a décapité toutes les statues du parc de l’hôtel de ville. On a vu les corps de pierre sans rien sur les épaules, des corps coupés ras au niveau du cou. C’était pareil dans tous les parcs de la ville et des villes voisines. Les statues ont perdu une partie de leur ombre. Elles sont comme nues. Plus personne ne les dévisage, plus personne de les regarde dans le blanc de leurs yeux vides. On voit bien qu’il leur manque quelque chose. 

Les têtes ont été retrouvées dans le jardin du décapiteur. Toutes empilées les unes sur les autres, elles formaient un muret long de  4 mètres. Personne ne sait comment elles font pour tenir, comment elles ne basculent pas, comment elles ne roulent dans l’herbe. Est-ce qu’elles sont collées entre elles, est-ce qu’il les a attachées, fixées, clouées, vissées ? Après les avoir détachées à la hache. C’est ce que tout le monde se demande : comment elles restent accrochées. 

Perle Vallens

écriture·photo n&b·poésie

error_wrong_ip (it girl)

Il y a un message d-erreur
[It girl][http://www.itgirl.com/itgirl.jpg]
pour utilisateur accès dénié (invalide)
URL_needs_authorization

ce lien rompu trop brutalement
disparition définitive de la #fille
effort continu hors champs
échappe aux contrôles répétés aux décomptes d-octets
sans-visage-reconnu

quelqu’un dit elle-n-a-jamais-existé
quelqu’un dit feed-back (thebeast)
cleanup-image-only
la commande court est en train de courir
l’écran clignote bleu #randomly

itgirl non identifiée // fictionnelle // irréelle
le personnage diffère de sa fonction
ne reste : rien
ou silhouette découpée sur les pointillés
rien ne se voit clairement ombreschinoises

le ciblage est #erroné
le fichier racine reste introuvable
rhizômereboot
code binaire déficient – arbre vide
où naissent les algorithmes ?

scannow
sauvegarde du sourire seul
dans son format le plus courant de l’img
(touche le texte)
la fonction fait irruption dans le réel

La l__igne sous tension d’un tercet numérique
ce tressaillement électrique
) trop forte chaleur dégagée (
ventilateur interne tourne à-vide
restore please

invisibiliser revient à
deviner où se coche la tête
vierge de tout apriori
deviner sous quel                       @désir
se cache le prochain    | nom

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Fantômes, existez-vous ?

Deux territoires où le toucher peut exister
là où l’existence touche chaque territoire
chaque portion d’existence se touche du bord
de l’extrême bordure de territoire
là où ce qui se touche existe enfin
là où ce qui se existe d’espace dans le territoire
se touche comme une peau du monde qu’on pèle
chaque parcelle de territoire existant dans l’action de toucher
ce qui nous touche c’est cette existence là, palpable,
le territoire nous délimite dans ces corps qu’il faut toucher
qu’il faut toucher enfin pour se sentir exister
ce qu’il faudrait c’est toucher les fantômes pour qu’ils existent

Les fantômes sont des existences qui visitent
nous visitons chaque existence comme des fantômes
chaque fantôme existe à travers notre existence
chaque fantôme se visite comme un miroir dans lequel on existe
nos existences sont autant de preuves que les fantômes nous visitent
chacune de leurs visites nous fait exister davantage, nous fait nous sentir plus vivant
car nous visitons la vie et nous existons au-delà de nos fantômes

Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·prose

Journée de m…

La journée commencerait comme ça, par une pièce aux murs blancs et suintants, dans les flaques noires, leur reflet de café froid, le flottement nauséeux d’une gueule de bois, cette persistance floue et ces haut-le-coeur. Dans une remontée tout l’alcool régurgité en même temps que les rares souvenirs de la veille. Ce gars au regard incessant. Pressant plus que nécessaire. Insistant. La journée entière pourrait se passer dans ce regard là et dans son vomissement. Elle se passerait dans l’image de l’image, dans l’oeil qui cherche l’indice dans la bouche qui tente de prononcer mais reste muette. Interdite de séjour la langue dans l’interrogation, dans l’incertain soupçon, dans l’espace de l’instant. Le jour se délite à répétition, se distend et c’est toujours la même minute, le breuvage et le sourire torve du type au bord des lèvres. Le nom est effacé, pas l’impression de déjà vu, de réitération. Le temps tout entier absorbé dans cette parcelle d’hier qui empêche aujourd’hui d’être pleinement. Tout est machinal, tout est machination pour t’enfermer dans ce dégoût de l’autre et de toi-même. Le premier pas suivi d’un deuxième et tout s’enchaîne pourtant, après ce café, la douche au grand de crin t’ôter tous les grains de ta peau. La salissure frottée. Dépecée. Il faudrait une mue. Les vêtements encore trop près de ton corps mais pas suffisamment couvrant. Tu penses catsuit, cagoulée, invisible. Tu longes les murs, disparaît dans leurs anfractuosités. Tout le monde te regarde marcher, traînant ta honte et ton effroi. Tout ce que contient le tram te terrasse d’un trait. Biffée et surlignée en même temps. Tu voudrais être page blanche. Vierge. Leurs yeux sont crachats. Tu ne peux te cacher nulle part. La faille sous tes pieds n’est pas assez large. Estomac noué, cerveau encombré d’images fixes, acouphènes, frissons. Tu as tous les symptômes d’une journée de merde dont les heures comptent triple, dont le soir s’éloigne à mesure qu’elle passe. Tu attends la nuit. Le noir complet. Pour y disparaître aux yeux du monde.
Perle Vallens

#narrationfictiveàlaquellejeprêtemavoix

atelier Tiers Livre·écriture·prose

quatre pattes pour courir la campagne

Pelage fauve ou miel, que dit-on pour les chats ? Poussiéreux d’avoir voyagé. Ses territoires étendus, dangereux, d’où le risque n’est jamais absent, il porte clochette et s’en va chaque jour, qu’on dirait journey. C’est le chat de la voisine, l’arpenteur, fureteur de nouveaux sentiers, de chemins inconnues.

Que disent ses yeux oblongs, jaunes que je ne sache déjà ? Où vas-tu, chat, quand tu traverses la route ? Combien de kilomètres à pattes ? Combien d’arbres escaladés ? Vas-tu jusqu’au premier village voisin ? Jusqu’au massif ?

Il me dirait qu’il musarde dans ses pérégrinations, qu’il suit des yeux un papillon, une abeille. Il me dirait qu’il secoue ses coussinets posés dans une terre trop humide. Il y laissera ses empreintes que personne hormis l’enfant curieux repérera en pisteur. Il me conterait les acrobaties, le passage du muret, les sauts en souplesse pour atteindre le trottoir, l’œil aux aguets avant de traverser, tu vois, il ne s’est pas fait écraser. Il a passé le parapet, le petit pont, les pierres pointues. Il a suivi le fossé, reniflé les premiers pissenlits. Il a joué avec les aigrette. Il a éternué.

Jusqu’où es-tu allé aujourd’hui ?

Il parle sa propre langue qui dit qu’il a suivi un compère jusqu’à S. et que ça fait une trotte. Il a coursé des corbeaux, pleine volée de plein champs. Mieux que les chiens des fermes qui sont enfermés derrière les barrières. Il signale un changement notable à l’entrée de cet autre village. Les hommes retournent la terre du rond-point et ça sent le frais jusque dans ses moustaches. Il frétille du printemps annoncé et c’est la promesse de plus longues virées à travers la campagne.

Il se purge au passage d’herbes fraîches et lape un peu dans une flaque d’eau. Il pénètre dans le cimetière, il aime bien de temps en temps, c’est calme, ensoleillé, il se frotte aux tombes toutes gorgées de lumière. Il longe les rangées d’amandiers et se laisse submerger, pluie de pétales sur ses flancs battus par le vent.

Demain, il ira peut-être du côté de M., va savoir.

Perle Vallens

Actualité·écriture·lecture·poésie·Printemps des poètes

Lectures et atelier d’écriture « Frontières »

Dans le cadre du Printemps des Poètes, la bibliothèque Cézanne d’Aix en Provence organise une semaine d’événements : lecture (notamment itinérante avec zebus), concours de poésie, contes, apéro-poésie… avec les locaux, scolaires, publics de la bibliothèque.
J’aurais la joie de participer à une journée de rencontres le 23 mars 2023. Au programme, lectures et atelier d’écriture sur le thème Frontières.

Poésie sans frontière
23 mars de 9h à 12h – Bibliothèque Cézanne
Rencontre avec les poètes Perle Vallens et Jean-Luc Irondelle avec deux classes du Collège de Saint Eutrope.
Deux types de poésie pour un seul thème : Frontières.

Café gourmand et poésie
23 mars de 14h à 16h – Bibliothèque Cézanne
Deux poétesses Perle Vallens et Junie Lavy vont venir à la rencontre d’un public féminin appelé à devenir autrices le temps d’un café gourmand.

écriture·Mater Atelier·photo n&b·poésie·vidéo·vidéo-poème·You Tube

Ma peau avec Miel Pagès/Mater

Ma peau est un des deux textes écrits en atelier/visio avec Mater poésie (créé par Hortense Raynal), le dernier épisode en compagnie de Miel Pagès. Il a donné naissance à un vidéo-poème diffusé sur la chaîne youtube Perle Vallens (engendrant de fait une programmation décalée du prochain ciné-poème).
Voici donc ma peau, texte slamé et montage vidéo :