
Tout autour la nature engourdie du silence
goûte la première rasade humide
Le soleil hypnotise chaque trou d’air
noir d’ombres
La nature transpire fort ses blessures
Perle Vallens
100 jours d’écriture, jour 55
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Tout autour la nature engourdie du silence
goûte la première rasade humide
Le soleil hypnotise chaque trou d’air
noir d’ombres
La nature transpire fort ses blessures
Perle Vallens
100 jours d’écriture, jour 55

Sous la surface des mots les plantes peinent
à émerger d’une terre qui laisse trop peu la parole
la patience d’une généalogie
et le germe vivace enfoui depuis tant de jours
savent pourtant percer la croûte épaisse du silence
d’une musique que nous ne savons pas entendre
Perle Vallens
#100 jours d’écriture, jour 41 (autres jours en story Instagram ou facebook)

La mûre saigne noire son jus de terre
épineux sec de l’air graissé du souffle des bêtes
les masses des corps le suint
le tressaillement dans les buissons
le groin se régale comme nous des baies
la gorge large les branches englouties
et le regard figé qu’on ne voit pas
Perle Vallens
#100 jours d’écriture, jour 38

Comment dans l’intonation du poème retrouver
le rythme de la rivière et le tempo de son écoulement
le vibrato du vent qui souffle sans voyelle
par rafales
sans reprendre sa respiration et déglutit
un air tout gorgé d’été et de sève
de celle qu’on pensait asséchée
au fond des vallées encaissées
et des veines
lit laissé à sec et fluides évaporés
de la sueur coule encore
dans le creux des collines provençales
jusque sur mon corps de fougère
Perle Vallens
#100 jours d’écriture/jour 32

Dans l’onde on se fraie un passage à travers l’ombre qui semble une étreinte dont on ne sait s’échapper
souffle court pendu au sillon d’une absence
On se heurte alors aux limites géographiques de notre propre respiration
Perle Vallens
#100 jours d’écriture sur instagram (jour 24)
Serre de l’âne (La charce, Drôme) d’un côté, orgues de basalte (Jaujac, Ardèche) de l’autre : deux formtions géologiques différentes, coulées balsamiques, une particularité volcanique et alternances calcaires-marnes.
Les unes photographiées l’été dernier, les autres en tout début de printemps.






Plonger dans le fantasme de l’origine, à la racine, lignes courbes, sinueuses des généalogies, y chercher le rameau porteur comme la branche morte ou la pourrie, se demander de quelle souche l’on provient, de quel bois on est fait. Je compte les secrets comme les cernes sur le tronc, j’y discerne les césures et les erreurs, les pardons à mâcher comme boule de papier. Je mâchonne les histoires de famille, les affabulations à digérer, tout ce qu’il me reste sur le coeur. Je regarde les lignes de ma paume les veines de l’arbre, j’y verrais des signes et ce ne serait que pure invention.
Perle Vallens
*100 jours d’écriture/jour 8 (jours précédents sur les réseaux sociaux seulement)

De courts messages envoyés milli
métrage où se devinent les couleurs
passées du rouge au bleu sa peau
s’écorce sans hache
le chasseur suit sa pente
au temps du muet
Perle Vallens

Moment mal défini, un peu trop flou pour dire quelque chose d’affirmatif. Moment qu’on n’ose se remémorer de peur de.
Moment de je d’avant, de vie larvée, moment qui se défile entre les mains, qu’on ne peut rattraper.
Moment de flottement, d’effondrement. Moment qui succombe comme un animal atteint, qu’on ne peut soigner parce qu’on n’y connaît rien en chimie, qu’il n’existe pas d’antidote. Moment mal soigné de carie dentaire, moment de mal de chien.
Moment éreinté, souffreteux. Moment de tréfonds, de feu qui dévore, de peau brûlée. Moment malformé de fœtus malade. Un moment malingre, mal habité de paysage éteint.
Défaut de moment, déficience, absence de moment, singularité du moment qui s’échappe, moment déficitaire comme mot manquant dans la bouche.
Moment ineffaçable quand bien même on voudrait, moment qu’on vomit, la salive et les glaires, et peut-être même l’estomac entier, moment biliaire de dégoût et de colère.
Moment de délivrance, d’arrachement de nos chaînes et de nos frustrations. Moment de marche longue et ancestrale à la recherche d’une pseudo liberté qu’on gagne par instant. Moment conquis de haute lutte contre nous-même.
Moment qui se défait à mesure qu’on y pense, qui se délite et se froisse, moment qu’on roule en boule dans un coin de mémoire, moment qui reviendra sans crier gare.
Moment de fond de poche et de cachette, de nuit à la belle et de pleine lune, de présence animale dans nos épidermes, de sang mêlés au couteau, de respirations lentes et de serments.
Moment chargé de sens cachés. Moment de secrets imprononcés, de silence qui nous tient captif.
Moment à étirer comme un fil de sucre de barbapapa, un moment dont on se lèche les doigts. Moment éthéré et pourtant sa consistance de plaisir en bouche, sa mâche et son goût de reviens-y.
Moment de retour en terre promise, de fils ou fille prodigue, moment de sacerdoce, de déclaration, moment de promesse qu’on se fait et qu’on fait aux autres sans forcément la tenir.
Moment farci de fête et de dinde même pas de Thanksgiving, pour autant moment de grâce. Moment de bougies d’anniversaire qui se soufflent trop vite, moment de gratitude qui gratte l’encolure et le sourire, qui frotte le rebord du visage. Moment de nez et d’oreilles qui happent le moment, moment de feu plus que d’artifices, moment de vérité et de joie, ce serait si simple pareil moment.
Moment qu’on souffle en vapeur sur la vitre, pour y dessiner prochain moment d’enfance retrouvée.
Moment de plein vent. Moment de pleine mer. Moment où la voile du corps se gonfle, moment à ne pas se noyer.
Moment de calme et de volupté qu’on étreint vraiment trop mal pour qu’il signifie quelque chose.
Moment chevalin à galoper plus fort, à mordre et être mordu, à fracasser de ses sabots tous les sentiers.
Perle Vallens

Au guichet tu achètes un billet simple pour
ce trajet vers l’inconnu qu’offre le rêve
des lieux abandonnés que tu ne sais nommer
font paysage unique et irréversible
ce passage à gué des limites sont infranchies depuis si longtemps
à ton œil versatile fleurit une sensation de déjà vu
dans le jamais dit du langage
l’oscillation persiste entre toujours et l’échafaudage d’un peut-être
qui expire le peu de véracité de l’image
Perle Vallens
(écrit le 20 mai dans le train ou la gare, je ne sais plus trop)