atelier Laura Vazquez·écriture·montage photo·photo n&b·prose

On dirait

On dirait que je serais une image, un effet transitionnel d’un esprit plaqué sur du papier. On dirait que je me découperais selon une ligne verticale pour me séparer en deux côtés, ou alors que je me replierais sur moi-même.
On dirait que quelqu’un cracherait son chewing-gum entre les deux moitiés de moi-même. On dirait que ça me collerait de l’amour entre les parties visibles du visage.
Là, à l’endroit exact de la bouche, sur les lèvres se déposent un baiser chaste qui hésite, qui a l’air de ne pas vouloir. C’est une autre bouche, celle qui a mâché le chewing-gum, celle qui se refuse à laisser plus de salive.
Mais là, on dirait que la salive arriverait par flots continus, par cascades, que ma bouche en serait remplie, qu’elle boirait tout et que cela déplierait la photo de mon visage, que ça le remettrait dans le bon sens, avec ma bouche en plein milieu.
©Perle Vallens

photo couleur·poésie

Geste ou non geste

Je suis la seule jauge
de mes bons et mauvais jugements
là où se loge et se déloge la part du feu
retranchée dans la partie la plus fine
la plus effilée d’une imagerie
sans réelle origine sans conformité
avec ce que l’on attend des autres
ou ce que les autres attendent de nous

la réponse adéquate n’existe pas
on élimine ce qui gêne de façon
plus ou moins radicale
on justifie ses gestes ou ses absences de gestes
on déroge à nos règles de non imposition des mains
on digère mal ses échecs
on finirait par faire place nette
de toutes nos utopies

l’esprit se cogne tôt ou tard au corps
à ses frontières illusoires
la porosité de la peau sa perméabilité
on sait où l’essentiel traverse
sans regarder
on sait ce qu’on risque alors
l’accident bête
comme un juste retour des choses
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·prose

Les mains dans la terre

Regarde, c’est là que nous creuserions à pleines mains, nous aurions de la terre plein les doigts.
Nous y planterions nos voix vives pour les faire grandir. Elles pourraient prospérer au milieu des cadavres d’oiseaux, les débris d’insectes. Les lombrics les tresseraient entre elles pour en faire un chant, muet encore.
Nous laisserions le silence faire son œuvre et danser entre les plaies ouvertes du sol.
Nous repèrerions de loin cette clairière qui attend son heure. Tu sais, là où le soleil s’écoule en pluie.
Là où il perce l’ombre et la glace. Là où les animaux se glissent la nuit. Cet endroit précis où les forces semblent se recentrer, où l’énergie jaillit de ne nulle part. Là où croît cette épaisseur du mystère, le bourdonnement tellurique à peine tremblé. Si tu tends l’oreille, tu l’entends jusque sous l’écorce des arbres, ce souffle dense et tiède dans l’exigu des choses. Il est là, dans le battement intense, le renflement doux. C’est cette rumeur qui monte et gronde, s’augmente de nos émotions. C’est là où nous irions quérir à la fois une paix et un espoir. C’est là où nous irions arroser chaque jour nos humeurs pour les nourrir de joies et nous arracherions les mauvaises herbes de colère ou de rancoeur. Nous verrions fleurir nos vœux et deviendrions ce que nous aurions toujours du être.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie

Petite

je suis petite par nature
l’armure creusée dans la roche
dure et tendre de l’amour
trouvé sous le pas anthracite
sous la pression du pouce
sa pulpe jaunie de chaleur
sur mon visage mâché
Je suis une petite nature
une prise au vent brise ténue
prise par devant par surprise
comme soulevée de terre
de très forte amplitude
au ciel promise repliée
sur elle-même la petite
que parsème poudreuse la lumière
ivre sa poussière s’étincelle
grain à grain ses arguments
valent certains discours
fluides folâtres sur moi flottent
leur souffle me couronne
ceinturée au millimètre
soudainement reine
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo couleur·poésie

Ecoute

Ecoute
Ecoute ce que le ciel convoie
Ecoute ce que le vent te veut
Ce que tu n’entends pas de prime abord
Ce que tu devines dans l’obscurité
dans l’opacité du langage
dans le silence qui oblitère
Ecoute ce que tu ne sais toi-même
prononcer
Ecoute ce qui devrait te guider
Ecoute comment te conduire
à destination
là où les traces retentissent à l’oreille
où les pluies laissent un sillage
au cœur de ta sécheresse
là où tu te laisseras grappiller le cœur
Ecoute si tu n’es pas sourd aux extensions
musicales de l’inaudible
si tu te laisses bercer par la dimension
fleuve du silence
Ecoute car c’est dans le mystère des choses
que tu te trouveras toi-même
©Perle Vallens

Actualité·écoute audio·Mange tes mots·poésie·podcast

De la couleur dans Mange tes mots

Ce dimanche, il est question de couleurs sur le 12ème épisode du podcast poétique Mange tes mots. Partant de la citation de Maya Angelou « Essaie d’être un arc-en-ciel dans le nuage de quelqu’un », nous serons comme chaque fois entre 20 et 30 à évoquer en poésie/écriture slamée ce que nous inspire cet extrait. J’y dirai un poème organique intitulé un arc-en-ciel dans le fond de l’oeil.
Bonne écoute !

photo couleur·poésie

Bestioles

exposition transitoire du vivant
là où bestioles visibles à l’œil nu
leurs organes au stéthoscope
vague air humain sous l’animal
ou belles plantes manucurées
vivaces avant la floraison

la saison prochaine échappe
à tout contrôle des saillies
un taux de natalité
oscillant autour de zéro
un drôle de z et deux o
une façon compulsive d’avaler ses proies
de se dévorer les entrailles

on raye la valeur ajoutée du nom
se remplace par cet énième cryptonyme 
un pseudo augmenté de sa chair 
pleine viande dans ses parenthèses
on sait ce désir qui s’agite en surface
qui fermente par énigme ou par miracle
forme ses bulles à seule fin d’explosion

aucun capteur ne suffit à mesurer 
la précision aigue ce vers quoi se tend
l’arc du corps
aucun calibre n’atteint aussi bien sa cible
que l’intensité de l’intention
la chasse est déjà ouverte
©Perle Vallens