atelier Laura Vazquez·écriture·prose

La vie ? Ou la vie ?

Franchement, cela devient n’importe quoi. Aucun sens à tout ça. Aucune raison, aucune substance. On a beau dire, on n’y croit plus. On se persuade, on se laisse bercer par cette espèce de béatitude mièvre, de bienveillance mollassonne, d’indolence. Ce truc sans pattes avec un cœur qui déborde, qui dégouline. Franchement, qui a besoin de ça ?

Alors je sais ce qu’elle dirait. Elle se persuaderait elle aussi « aie confiance, tu sais bien comment ça se passe, c’est toujours comme ça ». Cela retentirait comme un ongle qui crisse au tableau noir « toujours comme ça », tu parles ! « aie confiance » et là on entendrait le chuintement, le sifflement du serpent dans le dessin animé de Disney, celui qui t’endort, qui t’hypnotise.
« Qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? » Ils sont partout, ces serpents ! Ils nous entourent, ils nous espionnent, ils nous inspirent nos pires actions, ils nous dépassent, ils nous débordent. On passe et repasse devant leur langue effilée et on ne peut s’empêcher de les suivre. Lui, on l’entend à l’avance, on le connaît par coeur « normal », « pas mieux », c’est tout ce qu’il trouverait à redire. On les scrolle, on les follow, on les like, on se like pareil. L’autolike c’est plus sûr.

Moi, j’ai rangé mon rss et je ne le trouve plus, trop bien planqué, trop bien foutu. Trop de détails tuent les détails, trop de hashtags tuent les hashtags.
On se hashag même irl, tu vois ? On se poke, mon pote. On ne se touche plus assez à mon goût. Toi, tu n’en penses pas moins, je sais bien ce que tu dirais « asepsie, ton masque tu le gardes, ta main tu la gardes, ton corps tu le gardes, ton cœur tu le gardes. Un point c’est tout ».
Mais bon c’est pas une vie si rien ne

se partage. On ne passe pas sa vie on line, si ? On ne vit pas virtuellement, si ? OK Google, c’est quoi une asepsie ? On te donnera une définition au ras des pâquerettes qui n’explique pas le pourquoi du comment.
Google, c’est pas un assistant, c’est un rigolo programmé par des rigolos. Aujourd’hui, on met de la rigolade dans tout, ça tambouille sec, ça rissole, ça racle les fonds de casseroles, ça finit toujours plus ou moins par attacher, ça colle, tu ne le sais que trop. La brûlure est partout sur tes doigts, dans ta peau, derrière l’orbite oculaire et dans ta nourriture. Heureusement tu as la dent dure, toi aussi. Facebookiens tous jusqu’aux chicots, twitte et retwitte la couleur du ciel ou celle des armes.
On vit comme on veut, on parle à côté et personne ne se préoccupe de nous au fond, pas vrai. « Oui mais non, l’autre là, il a dit de s’aimer les uns les autres, on aurait de la considération que ce ne serait pas plus mal  » et elle, elle surenchérirait sûrement « et les animaux, tu penses aux animaux, ils ne sont pas sur facebook eux, ils n’emmerdent personne eux ».

Humains trop humains, amis-ennemis, moi et mon surmoi, ma dent creuse et ma fausse modestie, mes superlatifs et mes pseudonymes, mon cul googlisé à l’occasion, la malchance comme la bourse ou la vie. Ben la vie quand même mais plutôt ailleurs que sur Internet.
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·photo couleur·poésie

Où est-elle la vie ?

Où est-elle la vie
qui surgit à l’improviste
derrière toutes nos portes

Où est-elle la vie
qui sème ses graines
de désir et de force

Où est elle la vie
qui ouvre en grand
les barrières des chemins

Où est-elle la vie
qui nous aspire
et nous serre dans ses bras

Où est-elle la vie
qui nous promet
tant de ciels

Où est-elle la vie
qui nous renverse
et nous secoue

Où est-elle la vie
qui nous aspire
dans son tourbillon

Où est-elle la vie
qui a quitté ma peau
qui déserte mon corps

Où est-elle la vie
qui dit quand
elle reviendra
©Perle Vallens

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Le paysage de ta peau

Gravure sur bois mi XIX éme Siècle provenant d’une parution du XIX ème Siècle
représentant la carte de tendre d’après Mademoiselle de Scudéry

la peau tiède étale
s’effleure se soulève
elle se déroule sous mes doigts
sans s’éloigner des fleurs
elle ondule sous le vent
planté de plein champs
je vois les vagues qui l’envolent
les stries de frissons
les rides et les ravins
la lente dérive
elle tremble blanche
criblée de percées à vif
une forêt se balance
sur ton bras encerclé
la tension rouge d’un sentier
brûlée à quel degré de
blessures ou de caresses
quel passage de baisers
quelles vibrations sans briser
le courant et les rives
en descente de mes dents
en dictions de mes voies
je me laisse guider
j’ai tombé les voiles
si je vogue sur ton corps
si je me perds en chemin
si je m’absorbe dans tes paysages
si je tombe dans chacun
de tes précipices
je me rattrape à tes cimes
les falaises je les gravis
à la force de mes poignets
j’établis ici mon campement
je glisse ma tête dessous
tout mon être à bouger
en même temps que
le paysage de ta peau
©Perle Vallens

Avec une version audio sur soundcloud

Actualité·atelier Laura Vazquez·écriture·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Miroir, une nouvelle revue en ligne

Laura Vazquez anime depuis environ un an des ateliers d’écriture en ligne dont les textes sont publiés sur un groupe facebook.
La toute nouvelle revue Miroir (dénommée ainsi en hommage à un poème de Sylvia Plath) réunit des textes rédigés lors de ces ateliers, sélectionnés par Laura et mis en page par Benjamin Milazzo. Il peut s’agir de mini récits, prose poétique, poèmes…
Vous pouvez vous diriger dans la revue en ligne dans l’ordre où les textes sont publiés mais aussi par nom d’auteur/autrice ou par thème d’écriture tagués par mot-clés :

Vous pouvez retrouver certains de mes textes, publiés ou non sur Attrape-rêves.

atelier Laura Vazquez·écriture

Définitivement abîmé

Soit il obtempère, soit pas. 

S’il n’obtempère pas cela signifie sans doute soit qu’il se fiche des conséquences, soit qu’il se croit au-dessus de tout ça. 

S’il se fiche vraiment des conséquences, soit il finira par le regretter, soit il est totalement insensible.

Mais s’il s’avère qu’il est totalement insensible, cela veut sans doute dire qu’il est malade, à moins qu’il ne le soit pas.

Mais alors, s’il n’est pas malade, il est forcément soit un sociopathe soit un mort vivant.
Si c’est un sociopathe, soit c’est de naissance, soit c’est la société l’a rendu ainsi. 

Si c’est la société qui l’a définitivement abîmé, soit il peut péter un plomb à tout moment, soit il restera dans son coin toute sa vie. 

S’il peut péter un plomb à tout moment soit c’est un danger en puissance, soit il est parfaitement capable de se maîtriser. 

S’il est un danger, une bombe humaine, soit il l’est pour lui-même, soit il l’est pour les autres. 

S’il l’est pour tout le monde, s’il s’avère qu’il est non seulement un sociopathe mais aussi un psychopathe, soit il faut s’en tenir éloigné, soit on prend vraiment des risques à le fréquenter. 

Si on prend des risques avec lui, soit on se sent suffisamment fort pour le désamorcer, soit pas.

Si l’on n’est pas apte à le désamorcer, cela signifie sans doute qu’on est soit inconscient, soit suicidaire.

S’il s’avère qu’on est suicidaire, soit nous souhaitons vraiment mourir, soit nous nous leurrons sur nous-même. 

Si nous souhaitons vraiment disparaître de cette terre, soit nous ferions mieux de trouver un meilleur moyen que lui, soit on pourrait finalement trouver ça fun de mourir par son entremise, directe ou indirecte. 

Si on trouve ça fun, soit on est taré soit on est cynique. 

Si l’on est cynique, soit c’est par misère affective soit c’est par nihilisme pur. 

Si l’on est nihiliste, soit on naît nihiliste, soit on le devient. 

Si on le devient, soit c’est un mauvais concours de circonstances, soit c’est la société qui nous a définitivement abîmé.
©Perle Vallens

(écrit en atelier, ceux proposés par Laura Vazquez dont vous avez pu lire certains textes ici, avec clin d’oeil à Serge Gainsbourg dedans)

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Tombée

Il suffirait que tu dises les mots, prononcés dans le creux de l’oreille, dispersés le long de mon corps, de la nuque au creux des reins, tes mots en replis, en caresses, en cours sinueux, en rivières et en tumultes.
Il suffirait de t’entendre murmurer ce qui a été oublié, ce qui a été tu depuis si longtemps, les secrets, les étreintes, tous nos interdits.
Il suffirait de laisser glisser ta voix sur mes épaules, si lentement, ta voix devenue rauque, profonde, cette voix qui creuse mes entrailles, qui fait gonfler ma gorge, qui la remplit de toi par capillarité.
Il suffirait de lisser mes cheveux de ton souffle, revenu par saccades, à peine, une suspension, une attente.
Il suffirait d’un seul silence entre tes mots en errance sur ma peau.
Il suffirait que je te reconnaisse à ces mots, à ta voix, à ton souffle, à tes silences, que je te reconnaisse au sourire des mots, à leur lumière, à leurs sens cachés, au tressaillement de ces mots, à leurs modulations, à leurs injonctions, à leurs prières, aux percussions de ces mots, à leurs séismes, à leur urgence, à leur désir.
Il suffirait de si peu et de beaucoup à la fois, tu vois, pour que je flanche, que je sois submergée, que je tombe d’un coup.
Et pour que tu me relèves, à la force de tes bras, à la force de tes mots.
©Perle Vallens

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Uppercutée

Je vois. Ou peut-être pas. Peut-être que j’imagine. Peut-être que c’est un piège, juste une image. L’image d’une image. L’image dans l’image.
La beauté brouille ses pistes. La beauté abat ses cartes. Sans joker, beauté brute, immédiate. C’est l’image d’un soleil, l’image d’un éblouissement, d’un choc, d’un aveuglement.
La première fois, c’est un grand silence à l’intérieur. L’effet tenaille à rompre les organes. L’effet grenaille à piquer les paupières.
La deuxième fois, j’étreins ce que je vois. A m’en étouffer. Je m’ébouriffe, je me dézingue, j’ingurgite à m’en déglinguer l’œil. Tant d’étincelles tant d’éclats.

Et à chaque fois je me prends un uppercut. Un doux et long uppercut. Gros shoot. No bluff. De plein fouet. J’en ai plein la tête. Plein les veines. J’en suis pleine, c’est en moi. Cela diffuse, cela diffracte, cela reste longtemps.

Après, je me dis que je sais. Je connais cette émotion, je la reconnais. Je suis prête. Elle peut venir, la beauté. Toute la beauté du monde. Je l’attends de pied ferme. Elle peut me frapper en pleine face, la beauté. J’encaisserai.
©Perle Vallens

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L’illusion

La surface ne se plisse pas. Elle ne se gondole pas, n’ondule pas, elle reste inerte, engluée en elle-même. Immobile, parfaitement lisse, calme, elle s’offre comme miroir où se reflètent les arbres, pinceaux de fin d’hiver trempés dans l’eau. Une vision inversée de la réalité, dans laquelle on pourrait plonger. Rien ne s’agite mais tout respire en profondeur. C’est le rythme très bas du cœur des choses qui se laisse regarder, une indécence de la vie qui se laisse voir à l’oeil nu.
Les couleurs sont douces, diluées, sans densité mais d’une présence qui occupe tout l’espace sous la paupière. Il y une continuité, un prolongement, une dissolution lente du paysage pour ne faire qu’une seule image.

De loin, c’est l’impression que cela donne, une image unique, claire, silencieuse, sans un souffle d’air. De plus près, sur la berge, les premiers clapotis ne viennent pas brouiller l’image mais troublent l’atmosphère de leur son. C’est léger mais pleinement vivant et presque volatile. Le bruissement doux contribue à la quiétude, tout comme le pépiement, plein les oreilles mais sourdine, de loin, demi teinte. Une histoire de chants, d’enchantement. Une histoire de chaleur, de début de printemps. Une histoire de chair de poule qui ne se voit pas mais se devine sur la soie lisse du lac.
Plus tard, le soleil disparaît derrière, laissant une traînée de poudre sur l’eau, qui s’allume en incendie, en flamboyance. Et rien n’a bougé, le lac demeure immobile. Et dessous, l’insondable mystère, l’insaisissable, l’invisible. 

Se demander alors si la beauté se voit ou si elle n’est pas dans ce qui ne se voit pas, dans ce qui s’imagine, dans ce qui se présume. La beauté est une cachottière. La beauté se cache d’instinct. Elle se cache là où l’on ne pense pas qu’elle se trouve, là précisément où l’on ne la voit pas et elle surgit de l’onde ou d’ailleurs. L’image se fige. L’image change. Elle se disperse entre le regard et l’esprit. Elle oscille entre l’être et le paraître, l’illusion s’illusionne. Trois petits tours et puis s’en vont. 
La beauté s’ignore. Je le savais déjà. 
©Perle Vallens