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Dans Le ventre et l’oreille, L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux

La revue Le Ventre et l’Oreille est une revue culturelle d’expressions musicales et culinaires. Elle réunit des articles au fil de l’eau et des numéros thématiques. Le dernier thème en date est « Beurk » et traite de dégoût gustatif, olfactif, visuel, concernant ce qui se cuisine et se mange, ou auditif s’agissant de sons, de musique…
Ici il s’agit d’une voix qui évoque un certain dégoût de la viande, crue notamment, et du sang (serait autant fascination que dégoût..) et se déroule dans l’arrière-boutique d’un boucher, là où ont été prises les photographies qui illustrent la narration et qui sont donc également de moi.
NB le titre est un clin d’oeil à Eschyle, de la citation originale : l’odeur de sang humain ne me quitte pas des yeux.

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de je à toi

Je ne te vois pas mais je te sais, je te sens. Tu es là, quelque part dans l’espace infini de ma wifi. Je mange mon fantôme quotidien. J’avale mes propres couleuvres.
J’allonge une main vers toi, la longueur d’une page (presque) et ta main absente me disperse, me court-circuite. Je disjoncte, je ne suis plus à la terre.
Je te parle dans ma tête et ton regard absent me frotte. Ton acide me troue. Je me liquéfie.
Bleue ta voix à distance. Feu ton souffle me rougit à blanc. Je brûle encore, le sais-tu ?
Entends-tu quelque part l’histoire qui raconte le désir ? Saurai-je effacer la distance ? Aurai-je le courage d’articuler ton nom à pleine bouche ?
©Perle Vallens

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On dirait

On dirait que je serais une image, un effet transitionnel d’un esprit plaqué sur du papier. On dirait que je me découperais selon une ligne verticale pour me séparer en deux côtés, ou alors que je me replierais sur moi-même.
On dirait que quelqu’un cracherait son chewing-gum entre les deux moitiés de moi-même. On dirait que ça me collerait de l’amour entre les parties visibles du visage.
Là, à l’endroit exact de la bouche, sur les lèvres se déposent un baiser chaste qui hésite, qui a l’air de ne pas vouloir. C’est une autre bouche, celle qui a mâché le chewing-gum, celle qui se refuse à laisser plus de salive.
Mais là, on dirait que la salive arriverait par flots continus, par cascades, que ma bouche en serait remplie, qu’elle boirait tout et que cela déplierait la photo de mon visage, que ça le remettrait dans le bon sens, avec ma bouche en plein milieu.
©Perle Vallens

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Les mains dans la terre

Regarde, c’est là que nous creuserions à pleines mains, nous aurions de la terre plein les doigts.
Nous y planterions nos voix vives pour les faire grandir. Elles pourraient prospérer au milieu des cadavres d’oiseaux, les débris d’insectes. Les lombrics les tresseraient entre elles pour en faire un chant, muet encore.
Nous laisserions le silence faire son œuvre et danser entre les plaies ouvertes du sol.
Nous repèrerions de loin cette clairière qui attend son heure. Tu sais, là où le soleil s’écoule en pluie.
Là où il perce l’ombre et la glace. Là où les animaux se glissent la nuit. Cet endroit précis où les forces semblent se recentrer, où l’énergie jaillit de ne nulle part. Là où croît cette épaisseur du mystère, le bourdonnement tellurique à peine tremblé. Si tu tends l’oreille, tu l’entends jusque sous l’écorce des arbres, ce souffle dense et tiède dans l’exigu des choses. Il est là, dans le battement intense, le renflement doux. C’est cette rumeur qui monte et gronde, s’augmente de nos émotions. C’est là où nous irions quérir à la fois une paix et un espoir. C’est là où nous irions arroser chaque jour nos humeurs pour les nourrir de joies et nous arracherions les mauvaises herbes de colère ou de rancoeur. Nous verrions fleurir nos vœux et deviendrions ce que nous aurions toujours du être.
©Perle Vallens

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Des images

C’était un mirage sans doute. Une image mais floue, que l’on déflore d’un œil suffisamment perçant, un oeil comme une lame. Une image comme une peau que l’on s’empresse de dépecer. Peu à peu, la pellicule en surface s’en va. Il suffit de peler suffisamment. Alors on atteint le cœur des choses. 

En fait, on pourrait voir avec les mains plongées dedans. La façon un peu sale de voir vraiment, aussi avec le ventre. Elle sait qu’on ne peut parvenir loin qu’en y mettant les doigts, qu’en se confrontant au sang. C’est là, dans la chair et le sang qu’elle y voit clair. 

Je dois exercer ma vue. Voir en profondeur. Ce serait comme développer un don de clairvoyance, tu vois ? C’est une histoire de vision au-delà des apparences. Parce que ce que tu aperçois n’est qu’apparence. Je sais, dit comme ça, ça a l’air con. Tellement une évidence. 
Ce sont les aveugles qui voient le mieux car ils ont acquis une sorte de double vue. Je devrais me crever les yeux mais je n’en ai pas le courage alors souvent, je les garde fermés. Je les ouvre seulement pour moi-même.

Elle ignore la pelure de peau qui recouvre les souvenirs. Ils sont un cahier d’images foutraques, bordéliques, consultables à l’envers, ou au hasard. Feuilleter de façon aléatoire, c’est bien aussi, pense-t-elle.
Merci mon dieu de placer autant de faits réels dans mes mirages, autant de réalité dans mes déserts.

Elle ignore exprès que les souvenirs ne sont qu’une version revisitée des choses, qu’elles n’ont de réalité que l’apparence sensorielle, qu’elles sont aussi éloignées émotionnellement du réel qu’une oasis. Mais elle fera semblant d’y boire. Elle fera semblant d’y croire. 
©Perle Vallens

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Journal de femmes

A l’initiative de Jacques Flament Editions, et dans la perspective d’un projet éditorial, j’ai participé à la co-rédaction de cet opus, Exclusivement féminin, journal d’une journée, rédigé par 58 femmes, dont les droits d’auteur seront reversés à l’association LA MAISON DES FEMMES de SAINT-DENIS, lieu de prise en charge de femmes en difficulté ou victimes de violences.
Pour des raisons diverses je n’ai pas souhaité donner suite au projet titanesque qui suit cette entrée en matière, et dont les droits iront à la même association.
Voici un extrait de journal, tiré de Exclusivement féminin.

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Quelques textes dans Miroir

Chaque 8 du mois paraît la revue en ligne Miroir suite aux ateliers d’écriture proposés en ligne par Laura Vazquez. J’en ai déjà parlé ici et tous les textes écrits dans ce cadre sont tagués « atelier Laura Vazquez », vous pouvez donc les retrouver aisément.
Ce mois-ci, ce sont Racine, Cœur de ville et Mots dire que Benjamin Milazzo, responsable de la revue avec Laura, a sélectionné pour le Miroir du jour. Vous pouvez lire ici tous mes textes parus sur la revue.

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Traces d’humanité sur Mange tes mots

Mange tes mots est une série de podcasts de Galatée & Ginkgo. La voix, les mots, l’oralité pour dire slam et poésie.
Très heureuse de faire partie de ce dixième épisode, sur l’inspiration cet extrait proposé :
De la pierre, de l’acier, du verre, des lumières électriques.
Pas de visage.

(de Ursula K. Le Guin, extrait du roman Les dépossédés, 1974)
Le texte que je lis s’intitule Traces d’humanité. Bonne écoute !