écriture·Emotion·photo n&b·poésie

Vol au vent

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Les mots tout imbibés de rosée du jour refusent de sécher. Ils ont trop peur de mourir. Ils veulent rester des mots vivants au bord de la bouche, sur le bout de la langue, à portée de voix. Ils veulent pouvoir sortir et s’envoler. Ils veulent qu’on les voit bouger, danser entre deux vies. Ils ont l’éternité mais ils ont trop peur qu’on les oublie. Ils aimeraient qu’on les nomme, qu’on les prononce encore une fois. Les mots craignent l’immobilité encore plus que les ratures, encore plus que la gomme.

Le vent s’est levé, les mots s’emmêlent sur le papier. Le vent a soufflé, les mots commencent à s’affoler, à se mélanger les sens. Le vent a tourné. J’ai pu étendre mon poème. 

©Perle Vallens

Emotion·photo n&b·poésie

Forêt noire

Forêt ©Perle Vallens

Là-bas, la poussière saupoudre chaque densité invisible nourrie au sang des saisons. L’ombre se dépose en présure, en brisure de sel sur le caillé du ciel. La forêt s’est refermée à force d’attendre la lente floraison.
Derrière les volets de feuillage, les bouches errent, lèvres à vide, cherchent des baisers noirs dans les bras des arbres.
©Perle Vallens

noir·Nouvelle

La forge

Le froid a saisi tout ce qu’il pouvait de branchages et des dernières fleurs survivantes. Cela sent l’hiver précoce jusque dans les marais environnants. Les oies sauvages les ont quittés depuis plusieurs jours, suivis par les cygnes et les canards. Le vent se lève, roucoulant et feulant en animal conquérant dont c’est désormais le fief. Il allonge les roseaux, dociles sous la caresse, les érige brutalement en éructant par rafale.
Dans le village, le vent se montre timoré, freiné dans ses atteintes par les hauts murs d’enceinte. Il affronte seul la tour dite haute, où ne sonne plus que rarement la cloche de tourmente. Ici, on a foi dans la force des tempêtes et l’on craint les éléments. (…)

La suite se lit sur Short-Editions. La forge est un texte écrit pour le prix « Court et noir », sur le thème de la « fournaise ».

Emotion·photo couleur·poésie

Brûlure

brûlure ©Perle Vallens

Brûlé par le soleil, balayé par le vent, grains à grains dispersés, envol de pétales, noircis au crépuscule, soufflés en peluches desséchés, la grâce d’un ciel au duel des yeux, la brisure des brumes craquelées sous les pas.
Combien arpentent encore ces terres ? Combien en reviennent les mains chargées ? Combien parsèment les chemins d’essaims et de semences ? Là où la vie conserve son apparence et la sève dans les veines, la bourbe tassée d’émois et d’années amassée, soulevée par les pieds lourds, la glue colle encore, humide et dense, des amours passées.
©Perle Vallens