
Tenir tête à la nuit et éteindre l’incendie
Laisser la neige carbonique tomber à gros flocons
Verglasser toutes mes pentes
Eclabousser toutes mes peines
Laisser la neige me noyer pour de bon
Ou lâcher une bûche dans ma cheminée
©Perle Vallens
Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…

Tenir tête à la nuit et éteindre l’incendie
Laisser la neige carbonique tomber à gros flocons
Verglasser toutes mes pentes
Eclabousser toutes mes peines
Laisser la neige me noyer pour de bon
Ou lâcher une bûche dans ma cheminée
©Perle Vallens

Ici, une brume pèse de toutes ses ombres dans l’abandon du soleil. Elle pose ses nuées bleuies en nappes épaisses, les soulève du sol, les fait danser en suspension. Elle souffle un flot si doux que l’oeil peine à le suivre de son regard de taupe.
Elle nimbe tout d’un voile flou qui s’accroche puis se déchire entre les bras si maigres des arbres.
La lumière fait semblant de se cacher, au loin. Elle épie d’un sourire timide, espère le lever de rideau.
Ici, le silence tombe en gouttes épaisses, en attendant l’oiseau.
©Perle Vallens

La nuit ne dissimule plus rien, elle ne cache plus les mensonges. Elle a arraché les masques, chasseurs en friches dans l’ombre des autres.
Si Babel s’écroule sous les coups, il n’y aura pas assez d’heures, pas assez d’écrous, pas assez de cœurs. Si Gomorre s’effondre, quel parapluie s’ouvrira sous l’avalanche ?
On ne voit plus les décombres, on ne tient plus les comptes. On dénombre juste les peurs. Il reste encore des cheveux sur les crânes.
Combien de temps avant que les loups ne sortent, qu’ils ne prennent la place ? Combien de temps avant que les fauves n’avalent à vue, d’avoir tant gueulé sans être entendus ? Combien de temps avant que le ciel ne s’abîme dans le feu, que le noir ne tombe sur nous ?
Attendre la pluie pour nettoyer tout ça, laver à grande eau les désarrois et les affronts, les afflux de sang qui coulent déjà.
©Perle Vallens

Il y a la vie qui grouille derrière les barbelés, les dents qui rongent et le carrelage brossé.
Ils ont des armures et des écrans. Ils ont des barrières et des murs. Ils sont propriétaires d’un chien. Ils en sont fiers ! Il sait montrer les crocs, il nous briserait les os. L’arrière-train arqué, la truffe servile, il hurle sans qu’on lui dise rien. Elevé au rang d’arme, le sang bouilli à la babine retroussée, il se prend pour un loup. Il éructe à notre passage, crache une haine sans nom, bave ses larmes acides sous la canine qui brille. Tout son corps s’écrase, s’incruste dans le portail, l’oeil crevé du fiel de ses maîtres. L’air s’émaille d’éclats, des râles et des cris et de l’animal forcené qui résonnent et s’étranglent, qui se cognent dans les arbres. Il gueulera jusqu’à épuisement.
©Perle Vallens

Ils s’enferment à barreaux tirés, les yeux pleins de grenailles, les mains trouées de cendres. Il ne voient rien derrière leurs rideaux de ferraille, ils ne voient plus l’azur derrière les épis de fer. Il ne savent pas où se trouve le printemps. Le sang coule encore pourtant derrière la porte. A gros flocons, ça pisse dru parfois la nuit. La sève de leurs arbres se répand dans leurs gorges. Cela serre à pleurer. Les mâchoires s’ouvrent même sur des baisers. Ils gravent des noms au revers de leur sommeil. Ils rallument des rêves sous leurs paupières. Au matin, la lumière les arrache à leur cœur. Pourtant, à la nuit ils préfèrent le jour. Ils regardent leur vie de travers, des gargouilles plein la tête, plein la cour, qui piquent et qui dansent, qui aboient et qui hurlent, qui vous arracheraient un bras. Ils vous interdisent de rôder par ici mais ils se trompent de frayeur.
©Perle Vallens

Une plume gît quelque part entre le pouce et l’index
Ouvre les doigts et elle s’envole
Les poings serrés comme seule issue de secours
Quelques ailes à l’amour arrachées
Quelques ailes pour la soie pour la caresse
Les conserver encore quelques heures
ou quelques jours
Quelques ailes, c’est l’affaire d’une vie
©Perle Vallens

Tout droit jusqu’au delta
la lumière du matin
Dormance sèche
entre les cuisses
un miroir sans tain
avant la rosée
Au détour du chemin
une rivière sans retour
©Perle Vallens

Elle ne pleure pas devant la façade ajourée du bois blond. Elle se sent dure mais vide, autant que le semainier qui vomit peu à peu sa lingerie du dimanche, premier tiroir du haut. Elle sort toutes ses dentelles inutiles, celles qu’elle ne portera plus.
Elle ne s’était jamais posé la question avant. Elle se demande s’il existe des chemises pour manchots ou des pantalons pour unijambiste. Et les chaussures, ça ne se vend pas à l’unité. On fait quoi de la seconde, celle du pied absent ? Il n’existe probablement pas non plus de soutien-gorge pour son unique sein. Il faudrait en fabriquer un sur mesure, un harnais d’amazone. Ou un soutif de pirate, en bois, une armature massive, un globe de guerrière.
Evidemment, on lui a proposé une prothèse, du silicone qui l’habillerait, un genre de vêtement intérieur, un truc sous-cutané qui couvrirait ses chairs dévorées. Ca la dégoûte, l’idée de cet implant tout mou, gluant, cette poche pleine de gel incolore, inodore. Cela lui fait l’effet d’une balle, une baudruche qu’on inoculerait. Elle a l’impression que cela va gonfler puis exploser, que cela va couler en elle, se répandre, l’envahir, la déborder, la noyer. Elle imagine que cela va glisser, se déplacer dans son corps, un alien sous la peau plissée.
Elle préfère rester comme elle est, plate à droite, barrée d’une grande cicatrice comme un clin d’oeil belliqueux. Elle est à moitié androgyne, femme asymétrique plus qu’incomplète, femme à temps plus que plein, à pleine main, à pleine vie. Elle se drape de courage et d’énergie pour continuer à avancer et se battre, gonflant ses bras et sa fragilité, à défaut de bra. Et chasser cette masse sournoise, la claque étoilée qui laisse sa trace en queue de comète, astre sombre en éclipse de sein.
Elle a troqué son soutien-gorge contre une perruque. Ca la couvre, ça lui tient chaud mais elle est nue, à perpétuité.
©Perle Vallens

N’être qu’un reflet flou sur une onde molle
N’être qu’un scintillement en plein jour
N’être qu’une gouttelette au milieu d’un lac
N’être qu’un murmure entendu au loin
N’être qu’une musique qui s’éteint trop vite
N’être qu’un souffle éphémère entre des lèvres closes
N’être que des mots perdus entre les phrases
N’être que le souvenir pâle des plaisirs passés
N’être qu’une brise dans le feuillage bruissant
N’être que du vent suspendu à l’attente
à l’oubli du miel, à l’armée des rêves
Rien qu’une mélancolie qui balance dans les arbres
©Perle Vallens

Galop au ralenti
Trop d’eaux amassées
dormeuses et frelatées
dévorées par le temps
elles errent brèves
dans un ciel sans ailes
Où s’envole l’attrape-rêve ?
Où s’assoupit l’enfant ?
©Perle Vallens