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Bleu…

Antropometry KLEIN

Le bleu ne fait pas de bruit. C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce, et se noie sans se rendre compte de rien.

Jean-Michel Maulpoix

Actualité·anthologie de poésie·Editions des Embruns·Erotisme·poésie

Corps Naufragé dans « Naufrages et épaves »

Naufrages et épaves est un ouvrage collectif d’une toute nouvelle maison d’édition, les Editions des Embruns, créée par Jean-Baptiste Seigneuric. Y participent une trentaine d’auteurs et illustrateurs, poésie classique ou contemporaine, nouvelles, contes, diverses narrations oniriques classées par thématiques.
L’océan, les tempêtes, les créatures marines… Tels sont les ancrages du livre et plus généralement des Editions des Embruns.

naufrages et épaves

Je suis heureuse d’y signer Corps naufragé, un poème érotique, classique versification en hommage aux grands poètes du XIXème siècle, dont voici le début :

Je m’abreuve à l’océan sombre de ses yeux,
Je bois à vif l’écume fraîche de sa bouche
Sirène allongée à l’ombre de ses cieux
Et bercée encore par sa main qui me touche (…)

Corps naufragé PV

Erotisme

Ni fer ni soie, juste sa peau

 

ni soie ni fer

Combien de soie pour la même masse de fer ? Margaux se posait la question en détaillant les bas en soie véritable, le porte-jarretelles et la robe en mousseline de soie d’un côté, les anneaux et la lourde chaîne métallique de l’autre. Elle se demandait où il avait pu dégotter une paire de bas comme celle-ci. Elle ignorait d’ailleurs jusqu’alors qu’il existât des bas de soie. Elle n’en portait pas habituellement. Elle détestait les auto-fixants qui lui sciaient la peau tout comme ces longues chausses qui glissent en permanence sur le haut de la cuisse de façon inesthétique. Elle ne portait que des collants, pratiques et modernes, les rares fois où elle portait une robe. En général, elle moulait ses jambes dans un jean, comme pas mal de filles de son âge. Elle sacrifiait au port du short en été mais elle n’aimait guère voir ses jambes nues. Elle ne les aimait pas. Mais lui oui, allez savoir pourquoi…
Elle avait peur d’être ridicule dans ces bas, elle craignait de ne pas parvenir à les attacher. Mais en les enfilant, elle sentit une incroyable caresse sur sa peau, subtile et suave. C’était un voile imperceptible, évanescent et pourtant d’une grande sensualité. Elle dut se contorsionner afin d’attacher les bas aux bandes de tissus, les ajustant de façon maladroite. Puis elle enfila sur son corps nu la robe fluide et aérienne qui ne masquait pas grand chose de ses formes. La transparence écrue du tissu laissait deviner les aréoles et les pointes rosées de ses seins et s’enroulait autour de ses reins dans un toucher d’une grande légèreté, un souffle sur sa peau. Elle se toucha à travers l’étoffe et fit durcir ses tétons entre ses doigts. Le contact était délicieux.
Elle fixa ses jambes gainées de soie d’un ton légèrement plus soutenu que sa carnation, une couleur veloutée de miel. Elles lui parurent embellies, comme assouplies et adoucies. Sous l’emprise voluptueuse des vêtements, elle se renversa en fermant les yeux, en écartant doucement les jambes. Elle passa une main sur le renflement humide et soyeux, lui aussi.

Elle ne l’entendit pas s’approcher, félin discret désireux de la surprendre précisément dans cette posture. Et sans crier gare, il fixa les anneaux de fer aux poignets. Elle sursauta en sentant le froid mordant sur son épiderme et l’emprise de métal. Quel contraste ! Elle qui venait de s’envoler un temps au dessus du sol, la chaîne la ramenait, bien ancrée à la terre, captive rivetée à la poutre, bras derrière le dos.
« Pas sans moi » lui dit-il, en prenant le relais de ses doigts dans son intimité. La jouissance monta et elle ne sentit plus ni la soie, ni le fer. Juste sa main, ses doigts en elle, et la peau de cet homme était la seule matière dont elle souhaitait désormais être couverte.
©Perle Vallens

Actualité·B-Sensory·Erotisme·steampunk

Les mystères de Boulogne – Volet 2

Après le volet 1 de la série steampunk érotique Les mystères de Boulogne éditée par B-Sensory, voici la suite des aventures de Marguerite Fourny, fille d’un chimiste et inventeur de génie, en 1888 à Paris et Boulogne.
Marguerite Fourny pleure encore la mort atroce de son père emporté dans les flammes qui ont ravagé son mystérieux laboratoire. Elle se sait menacée. Qui est l’homme étrange qui la chaperonne désormais, selon les souhaits testamentaires de ses parents ? Reverra-t-elle Edouard Louandre qui lui a fait découvrir les plaisirs de la chair ? Et surtout quel est ce mystérieux message codé qu’on vient de lui envoyer ?
Dans ce 2ème Volet, Marguerite plonge à bras-le-corps dans une aventure qui pourrait bien changer à tout jamais l’Histoire de son temps.

mystères de Boulogne volet 2

« À la croisée de ses réflexions, elle fut interrompue par l’arrivée d’une missive adressée à son père. Elle semblait avoir été envoyée hier seulement. À l’intérieur, les mots étaient agencés d’une façon étrange, sans queue ni tête, et s’apparentaient à un langage codé. Il lui parut évident qu’elle devait transmettre ce courrier à Monsieur Trévaux. Que pouvait-elle faire, seule ? Pouvait-elle avoir confiance dans son invité ? Sa vie s’effilochait sous ses yeux et elle ne savait pas par quel bout la repriser. Fort heureusement sa chère Louise rentrerait prochainement d’Italie. Elle lui tiendrait compagnie, la consolerait, la cajolerait comme elle savait si bien le faire. Elle apporterait un souffle de vie et de légèreté dans la maison, avec son sourire et sa grâce. Elle souhaitait qu’à son tour, son amie vienne s’installer à Boulogne, surtout depuis les événements récents. Elle ne voulait pas se retrouver seule avec Monsieur Bertaud. Elle ne souffrait plus de rester dans la demeure familiale depuis le décès de son père. La lettre codée était un excellent prétexte pour s’en échapper. Ses allées et venues étaient surveillées, lui avait-on expliqué. Elle ne pouvait se rendre chez Monsieur Trévaux sans imaginer un subterfuge. À cet instant, elle aurait souhaité devenir invisible. (…) »

La suite est à lire chez B-Sensory.

Actualité·poésie·Revue littéraire & fanzine

Eveil (paru dans la revue Lichen)

sable

Sarclée la glaise baignée de sel
lentement renaît le long de la grève
Saoûle et pantelante, c’est une terre arable
où moussent les herbes-fanes, fines dentelles
vêture de corps en vers
d’une voix comme un voile
Viscéral contour d’une jachère qui s’éveille
brunis les blés au soleil trop lourd
Arrachée la moisson échouée
à la saison des labours
À quoi penses-tu, sinon aux rides sur le sable ?

©Perle Vallens

Le numéro d’août de la revue Lichen est paru, avec de belles voire très belles choses à lire.
On y retrouve Eveil, poème tiré du recueil Poupée (qui cherche éditeur, avis…), à lire ici.

 

Erotisme

Dans le miroir

Unusual mirrors

Mes yeux exorbités se repaissent du spectacle de mes courbes dans le miroir : jupe retroussée jusqu’à la taille, culotte réduite à un mince tissu pénétrant les chairs douces et humides, jambes relevées et ouvertes, les talons en appui sur les montants moulurés encadrant ce reflet troublant.
Cette image, double, qui se reflète, tu l’as souhaitée ainsi que son florilège indécent de caresses exigées, de pénétrations requises, d’orgasme contrôlé. Photos à l’appui. Pas de tricherie possible. Dire et montrer. Les godemichés et la cyprine. Seuls les rictus de jouissance et les gémissements resteront secrets. Mais tu les connais. Tu as mon regard dans le tien et mes bruits d’animal blessé dans ton oreille. Tu veux juste voir mon obéissance, ma soumission, minute après minute. Ma main sur mon sexe l’autre sur le déclencheur. J’avale un hoquet de plaisir en pensant à toi me regardant en quasi instantané. Espace aboli. Le plaisir fuse en numérique.
©Perle Vallens

Erotisme

Au musée

musée

La grande salle est quasi déserte. C’est l’été et la fréquentation matinale est faible. Les gardiens et le personnel de sécurité semblent s’ennuyer encore plus que de coutume, mais la surveillance est accrue. Sans parler des caméras. Un jeu dans un musée ? J’avais dit oui, avec un enthousiasme romantique sans mesurer pleinement les différentes contraintes. Il se tiendra à l’écart. Je ne suis même pas supposée le voir. Lui en revanche n’en perdra pas une miette. De mes hésitations, de mes peurs, de mes tremblements intérieurs. Il sera là quelque part dans mon dos, tandis que mon regard oscillera entre les oeuvres exposées et ses indications sur mon smartphone. Mon estomac se noue déjà, des vagues se succèdent en divers endroits de mon corps, depuis le cœur jusqu’au sexe. Mon cerveau est en ébullition. Je suis d’une certaine manière déjà dans l’attente. Mes yeux fixent un tableau dont les couleurs se mélangent sous mes émotions naissantes. Les formes se vrillent, les textures me happent, comme si c’était moi qui coulait et non l’acrylique sur la toile.

Je reçois un premier sms qui me surprend presque alors que je l’attends depuis le début. J’ai la gorge sèche, j’avale ma salive et humidifie mes lèvres d’un coup de langue. Je risque un œil. Il veut savoir si tout va bien. Oui. Non. Je ne sais plus trop. Comme souvent dans nos jeux, il y a un moment de flottement où je suis un peu perdue avant de reprendre le dessus.
La peinture en face de moi continue de se diluer et je reçois la deuxième vibration du smartphone comme un soup de semonce. Il faut que j’écarte légèrement les jambes et que je me cambre. Je m’offre à son regard. J’ignore si d’autres personnes sont là, dans mon dos. Je garde les yeux grands ouverts, me concentrant toujours sur l’oeuvre regardée. Je plisse les yeux. Combien de temps vais-je rester à l’admirer ? Seul son esprit pervers le sait.
Il me demande maintenant de poser mon sac à main entre mes jambes. Le serrer contre moi me rassurait. Je ne sais que faire de mes bras désormais. Je les croise sur ma poitrine, contre mon cœur qui bat plus vite.

– « Penche toi vers l’avant comme si tu voulais prendre quelque chose dans ton sac »
Je porte une robe courte. Si je me penche, je me demande si on verra ma culotte. Jambes écartées, je ploie doublement. Je farfouille dans mon sac, je fais semblant, je ne sais combien de temps je vais devoir rester dans cette position. Des images fulgurantes traversent mon esprit, de mains qui frôlent et palpent. Je sens que ma culotte est mouillée. J’ai l’impression que tout le monde voit et sait. Nouveau texto, il faut que je sois accroupie et que je sorte mon bâton de rouge à lèvres. Je resserre les cuisses.
– Non, garde les cuisses écartées et remonte ta robe sur le haut des cuisses.
Je deviens pivoine mais j’obtempère. Je sors le tube et passe le rouge un peu gras sur mes lèvres. J’aimerais me redresser mais j’attends son message qui tarde. Quel salaud ! Il fait durer le plaisir, se complaît dans ma posture improbable et probablement indécente.
– Relève-toi et marche doucement vers la salle suivante. Il y a un recoin à gauche. Tu regarderas tes mails.
Je regarde les autres toiles et j’avance plus loin. Je me campe à l’endroit indiqué et je consulte mes mails. Rien de spécial. Puis je reçois une photo de moi accroupie soulignant l’incongruité de l’attitude et son caractère trop faussement impudique. Dois-je m’attendre au pire ?

Le texto suivant tombe comme un couperet.
– Masturbe-toi. Sois discrète mais fais-le.
J’ai beau être dans un recoin de la pièce, j’ai beau être un peu à l’abri des regards à cet endroit, je n’en mène pas large. Mon sac sur l’épaule dissimule le geste de la main qui passe sur l’entrejambe et touche le clitoris à travers la double épaisseur de tissu. J’ai un peu de mal à respirer et je me fais toute petite, mais le plaisir est là, insidieux, qui arrive, en dépit de tout. J’espère presque qu’il ne me demandera pas de jouir. Et dans le cas contraire, en serai-je capable ?
©Perle Vallens

Erotisme

Attente

attente

Sans mot dire, elle s’assied par terre, tire le bas sur sa peau diaphane, lisse une mèche de cheveux, s’agenouille enfin, jambes écartées, mains jointes sous les fesses, épaules en arrière, seins dardant sous la brise fraîche de la clim.
L’attente, excitante… Et ce regard dans son dos qu’elle sent, pesant, assombri mais où brille une lueur lubrique. Le silence accroît cette sensation dense et humide, presque tropicale, avec quelques degrés supplémentaires lui arrachant une perle sur la tempe, rougissant ses joues, gonflant sa poitrine autant que dilatant sa pupille. Elle inspire un grand coup, règle sa respiration qu’avait augmenté les battements de son cœur, ralentit cette galopade qui lui vrille les sens et progresse dans son ventre où gonfle cette boule pressante, vivante, exigeante. Elle devine cet afflux qui irradie son sexe, elle sent le miel couler dans la fente douce et renflée, ouverte. Elle prend conscience de cette eau douce qui coule sur ses cuisses, en jouit d’avance. Elle respire sa propre odeur de cyprine, en est troublée, redouble d’excitation, toujours suspendue, en alerte. Elle ferme alors les yeux pour savourer cette onde qui l’envahit entièrement, frissonnante et abandonnée. Désir né de l’attente…
©Perle Vallens