
Oublier ce qu’on a appris (cut up & collage)

Il n'y a pas d'âge pour rêver, vivre et écrire ses rêves…


On bricole avec la peur au fond
des ventres le frisson sur la peau
s’écorce flétrie son rideau plissé
pelure d’or d’une fin de journée
la fébrilité des ombres
et leur tressaillement
une terreur grandeur nature
je devine quelle arme utiliser
pour soustraire le superflu
depuis le feu du jour
Perle Vallens

on ritualise l’aventure du cac 40
en scrollant nos avances sur capital
plus value et à valoir sont dans un bateau
celui qui tombe à l’eau se noie sous un flux
de liquidités factices
ceux qui réinventent la valeur quotidienne
de l’argent dévaluent nos vies
trouvent dans l’inflation un facteur bénéfique
tressaillement premium du sourcil gauche
sous la paupière
Perle Vallens
L’année dernière et celle d’avant, j’ai participé avec grand plaisir au festival de la Velouse à Charly. Cette année, les subventions ont été coupées à peine trois mois avant et tout le travail effectué en amont par les organistateur-ices réduit à néant. C’est un exemple de plus parmi tant et chercher à créer soi-même un événement artistique relève d’un parcours du combattant pour la recherche de financement. Bref, je devais participer à nouveau et voici les proposition qui ne seront pas exposées :


NB le texte de la première proposition est l’un de ceux dits lors du Printemps des poètes à Orange.
Sur la base d’un texte écrit sur consigne boost avec le Tiers Livre de François Bon, voici aller, vidéo-poème (images de fin d’hiver/début de printemps dans la Drôme).
Aller. Aller à son rythme, de ruisseau avant rivière, de rieu fin, grossi des pluies de printemps, son flux a forci et frétille d’écailles, de caresses nouvelles, de course haletée à nos peaux humides. Aller au lavage des corps d’après saison et cellules mortes, aller à raviver.
Aller à revers, prendre la vie par ses manches, les extrémités de ce qui nous couvre l’hiver, finir par se dévêtir, exercer la peau à son exercice de printemps, exhiber l’orteil et les soies vibratiles, ouvrir la paupière et hausser le sourcil, regarder en l’air et le nez vers l’avant. Aller musarder à l’oreille, les bruissements sous la terre, l’éveil progressif, plantules
Aller à l’avant du navire, prendre les jaillissements comme embruns, les forces et les douleurs, les chants et les gémissements, aller au bain d’écume de tout ce qui surgit de bon et de mauvais, sans faire le tri, aller aux émotions comme une pêche miraculeuse et sacrée, se laisser submerger, se laisser aller à la noyade, boire la tasse et remonter à la surface, non intact mais renouvelé.
Aller au geste ultime et merveilleux, aller aux profondeurs et à l’intime, aller à l’autre et devenir autre. Aller loin et revenir.
Perle Vallens

la saison tient du hasard
son surgissement erratique
un printemps aquatique me pousse dans la main
ce qui tombe de l’œil n’est que poussière
peut-être que la douleur s’épuise
après tout
Perle Vallens

Abouchée au bleu je tète et j’aspire le parfum tiède de mai
le monde à croissance rapide ne s’inquiète pas des cris
ce macérat humain qui sourd et soupire ses guerres
comme exsudat sans fin que pousse basse
l’étroitesse d’esprit dessaisi de son
humanité ce qui nous fait chuter
ce qui nous déracine compter
combien de mois décimés
transformés en siècle
Perle Vallens

Comme un chant d’oiseau je vous parle d’un territoire qui résiste aux déserts. J’ai cheminé et j’ai su les merveilles qui brisent les malédictions :
– le ciel si bleu qui baigne nos cheveux blanchis
– l’eau en transparence qui brossent nos membres éreintés
– l’espace agrandi de cuivre qui perce nos paupières closes
– le teint rosé de l’air qui frotte le désir à nos crânes désaxés
– les arbres qui ont poussé argenté dans nos yeux de brebis
– leurs feuilles qui dansent verdoyantes sur nos mains sans couleur
– les empreintes brunes qui caressent nos pieds emprisonnés
– les bruissements qui s’accrochent à nos oreilles trop grises
– les rayons d’or qui traversent nos lèvres de chaleur murmurée
toutes ces traces traversent nos cœurs d’utiles flèches, chassent l’amer de nos bouches, nous prolongent et la vie à nos corps ouvrent de nouveaux chemins
Voici le nouveau ciné-poème intitulé pure politesse du désir, c’est le 61ème, sur un extrait du film l’Insoutenable légèreté de l’être de Philip Kaufman d’après Milan Kundera (vu il y a longtemps, après avoir lu le livre).
faire courir la poésie est un ouvrage collectif impulsé par les éditions Adverba. Chaque texte a été écrit en écho à une photographie, parmi celles de résident.e.s des Rencontres de la jeune photographie internationale, organisées par la Villa Pérochon (Niort). J’ai choisi une photo de Cédric Friggeri. Le texte s’intitule Une voix cachée.



