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Vie brute

obsessions borgnes à foncer droit
dans tous les murs
ceinturés de nos restes
nous caressons nos doutes comme d’exquises
maîtresses
vautrés dans nos credos nos confiteors
absolutions attendues
stimulations in vivo de nos volontés
en manque cruel de courage
nous creusons toujours plus loin
la lame du plancher
sous lequel nous nous sommes enterrés
nous alternant avec des couches de réel
un anti-poussière à hauteur de nos vies fictives
nous sommes des artefacts de nous-mêmes
jusqu’à surgissement frotté
jusqu’à silex et porosité
qui éclatent au contact peaux et sang
nos pouls qui tressautent
d’hirsutes animaux épris de liberté
se dressent
le poil sur le bras hérissé
sorti du bulbe pour mieux respirer
ressourcer sa kératine à l’air vif
le derme s’ondule de frissons que le vent dessine
à la surface de la peau souffle
en évidence printanière
la vie brute

Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose·Revue littéraire & fanzine

Là où naissent les fantômes dans Poétisthme 15

Poétisthme est une revue en ligne emmenée par le collectif éponyme, qui aborde la poésie, et la littérature au sens large, de différentes façons, souvent thématiques. Mais pour ce numéro 15, il s’agissait de lier mots et photographie.
J’ai choisi un cliché de la lande camarguaise prise lors de ma résidence d’écriture à Vauvert, invitée, en tant que lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021, par les Avocats du diable, association liée à la maison d’édition au diable vauvert. Le texte s’intitule Là où naissent les fantômes.

La revue propose de très belles associations que je vous conseille d’aller voir & lire. On peut consulter et/ou télécharger Poétisthme 15 ici.

photo couleur·poésie

Résurgence printanière

l’épisode manqué du feuilleton
ce qu’on a sauté d’images et de vie
non vécue           ce qu’on n’a pas habité
ce qu’on n’a pas bu
 
la source pourrait se tarir 
même si résurgence         même si
abondamment humecté
 
la terre fraîchement retournée
après jachère          friches enviergées 
ensemencées de neuf           gonflées à bloc
son stock de graines resté intact
 
ce qui repousse d’inattendu
d’exhalaisons racinaires          d’exaltations de surface
semble résurgence printanière où je 
existe encore

Perle Vallens
atelier Laura Vazquez·photo couleur·photo n&b·poésie

Scène de famille

Ce qu’on pensait : les sentiments 
comme voie prioritaire comme passage à niveaux 
tandis que les mots détournés    sans issue 
leur giratoire et l’impression de revenir sur nos pas
mots mensongers par omission 
le souvenir ne dit rien du réel 
trop battu en brèche       trituré 
nos sens nous trompent dans les grandes largeurs 
membres raccourcis de rancœur bras étriqués de ne rien retenir
la main attrape lambeaux         s’y agrippe
pour se retenir à ce qui fuit par l’oreille 
chaque bribe ouvre nouvelle piste
où l’enfance se perd

Ce qu’on ne savait pas 
la pesanteur des choses du ventre 
pleines de secrets          de partitions intimes 
qui retentissent au cœur une histoire fabriquée de toute pièce 
la transmission facile du leurre
une langue balbutie et butte
sur cette vérité qu’on ne pouvait pas voir 
invisible puisque muette      puisque muselée
puisque trop fort retenue 
dont celui-ci laisse échapper l’écheveau sur lequel tirer 
et tout vient avec     d’incompréhension      de colère 
de décennies de déceptions      de silences 
le fil déroulé         son odeur de cendre 
la bouche décousue de l’arracheur de dent
mâche son travail         de bourreau 
et on ne sait jusqu’où avance la vérité 
ni jusqu’où elle nous fera trébucher 

Je marche mais ce sont sables mouvants
mauvais rêves devenus réalité    rembobinée
des années en arrière à se demander 
la bande son déraille dans une voix éraillée 
détails effacés quand d’autres s’impriment durablement 
auxquels je n’aurais pas cru        non jamais 
qui me font passer pour absente
ou ignorée 
dans l’effacement on se contorsionne pour exister
on se hausse au niveau du noir pour mieux voir la lumière 
les boues que l’on creuse        et l’impudeur
à fouiller pour mieux contourner la silhouette où je cherche son visage 
je crois que je lui en veux d’avoir gardé pour elle 
les blessures        les tremblements 
son image abîmée me la rend plus faillible 
plus profondément indomptée
toutes les fractures         les plaies ouvertes 
et toute sa force au centuple 
dont je tire péniblement la mienne 

Ce qui ne se dit pas n’est pas morsure 
mais nous ceinture plus sûrement qu’un corset 
dont on ne se dégage que si la parole  entièrement nue           se libère 
s’ôter bâillon alors et prendre son élan 
couper court à ce qui freine        ce qui hésite 
entre la peur et le doute
désosser toute prudence      décapiter net les illusions 
décaper les murs de nos maisons jusqu’à la chair rougie 
la chaux vive des phrases qui nous rongent
ce qui est tu brûle plus que tous les incendies de famille

Perle Vallens