Ce nouveau ciné-poème, le geste, est réalisé sur un extrait du film de Chantal Akerman : Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles.
Inktober 2023 (5 par 5, 3)
11/10 errer
dans le crâne erre un lac
avec vie intégrée
remuante
avec vérité crue des organes
avec vue sur la chambre intérieure
rien de calme en somme
PV
12/10 épicé
inévitable silence
en ébullition
tenace dans ses frénésies
ses saturations de bouches
ses fébrilités épicées
décisives
PV
13/10 montée
il y a dans l’entêtement à désirer une
vanne rétive que l’on ouvre contre son gré
une vérité caduque qui nous enivre
et provoque la montée des eaux
PV
14/10 château
la langue bée devant le manque
tour tronquée du château
dont les douves jadis pleines
sont aujourd’hui exangues
PV

15/10 poignard
ses croyances sur parole
sont amputations au poignard
ce moignon replié sous l’os hagard
hésitant du pied
PV
Comment devenir un athlète oral ?

Tout le monde le sait, la langue est un muscle. Nous préconisons une approche originale pour la travailler, un entraînement hybride. Il s’agit d’alterner des phases intensives et d’autres plus douces, d’endurance, avant celle de récupération.
D’abord, il faut échauffer, tendre et relâcher, la tirer, la soulever, la soupeser, tirer à nouveau dessus pour l’assouplir.
Quand la langue est prête, on peut commencer les premiers exercices. On prononce sans effort des mots faciles, sans grande signification, des mots anodins, indéfinis.
Puis, vous passerez à l’étape supérieure. Vous devez toujours et avant tout penser au phrasé, au niveau sonore, à bien faire tinter les voyelle, bien poser les consonnes. Pensez aussi à interpréter la ponctuation, parfois même, chantez-la.
L’accélération requiert une force cardiaque pour articuler les mots compliqués ou ceux qui engagent. Attention de ne pas vous laisser submerger par l’émotion des mots. Certains sont véritablement traîtres, ils nous terrassent avant même de les énoncer. Certains mots nous assassinent. Pourtant, il faut s’accrocher et les dire tout de même. De plus en plus fort, de plus en plus vite pour les faire entrer dans le cœur à coup de langue. Il faut que la langue joue les mots, qu’elle les crie si besoin, qu’elle fouette les mots, jusqu’au sang.
Dans une seconde phase, il faut enchaîner des mots, des mots, des mots, ventiler, inspirer, des mots, des mots, des mots, maîtriser l’allure, la diction, le souffle, des mots, des mots, marathonez un peu, cela fait du bien à la langue
A la fin, on laissera retomber le rythme, l’énergie, la douleur ressentie, lentement, sans pression, en respirant profondément, jusqu’à ce que la langue se relâche totalement, qu’elle reprenne une position normale dans la bouche, positionnée au repos, contre le palais. Alors seulement, le silence pourra réinvestir la place.
A la fin, tous les organes auront retrouvé le calme, au niveau le plus bas, d’avant l’entraînement.
Perle Vallens
Un doublé dans Dissonances : toxicatio et di(s)gression culinaire

Ce numéro de la revue Dissonances sur le thème toxique abrite à la fois un poème, toxicatio, (sélectionné de façon anonyme comme toujours par l’équipe de la revue) et un texte pour la rubrique Di(s)gression, carte blanche sur un domaine autre que la littérature, à la demande de Jean-Marc Flapp, chef d’orchestre de la revue. En l’occurrence, La cuisine, c’est de l’art ! Comme son titre l’indique, un propos sur la dimension artistique, et non seulement artisanale, technique, scientifique, à travers les chefs-artistes et leur sensibilité.
Vous pouvez acquérir ce numéro de Dissonances ici ou dès demain (en nocturne) et tout le week-end au Salon de la revue à Paris.
Je vous dis à samedi 19h30 pour une lecture de toxicatio, à L’Ours et la vieille grille à Paris.


Engravée (photo-poème)

Ce photo-poème a été exposé au festival Charly en août/septembre 2023.
Inktober 2023 (5 par 5, 2)
6/10 doré
le doré de l’idole est un vertige
un mensonge d’identité
où perce pantone pisseux
pour qui gratte le revêtement
PV
7/10 goutte
La fatigue déposée en gouttes
sur le corps anesthésié
noyé l’œil ploie au seuil du sommeil
la narcose est un désert
PV
8/10 crapaud
Se dévide de son fiel
tout entier contenu dans sa gorge
son goitre de crapaud
qu’on voudrait racler
de son acrimonie
PV
9/10 rebond
selfies s’envoient en sauf-conduits
swipés façon de s’accorder
sur nos rebonds d’après chutes
quoiqu’on en dise l’image se brouille
dans les remous
PV

10/10 fortune
le cœur vous prie d’agréer
l’expression de son aptitude émotionnelle
demeurée intacte
et ajouterait en post-scriptum
contre mauvaise fortune etc
PV
Un texte dans Miroir, et la revue papier
Le dernier épisode de Miroir est très riche, l’est encore plus la revue papier d’après 3 des consignes proposées par Laura Vazquez. Elle est éditée par Captive Editions sous la houlette de Benjamin Milazzo qui fait un travail de compilation formidable chaque mois déjà sur la revue numérique. Je ne figure pas hélas au sommaire mais la maquette est belle et le choix de textes promet de l’émotion, des mots puissants. On peut l’acquérir ici.
En revanche, on peut trouver un de mes écrits en ligne.


Et la revue papier :

Excavation

Il aura suffit de percer profond, d’extraire un peu de matière, de lever les remblais nécessaires. Un corps en creux pour abriter le vide. L’excavation était assez grande pour laisser pénétrer jusqu’à l’absence.
Perle Vallens
Ciné-poème 35 : le début et la fin
Scène culte pour ce 35ème ciné-poème, le début et la fin, celle de la douche dans Psychose d’Alfred Hitchcock.
Inktober 2023 (5 par 5, 1)
Comme chaque année, Inktober en version textuelle est de retour par ici. Voici les mots officiels (j’opte généralement pour une traduction, plus rarement, je conserve le mot anglais).

1/10 rêve
objectif affiché dans le demi-sommeil
d’une prise de pouvoir sur soi-même
à la mesure du plaisir que le manque concrétise
ce qui escamote c’est le rêve qui coupe court
à la conversation du corps
PV
2/10 araignée
dans le cocon du cerveau
ce qui suce la moelle
ce sont deux araignées
au plafond
PV
3/10 chemin
le nerf de la poésie actionné
arc électrique jusqu’aux pieds
c’est chemin de mots qui fait avancer
sur la voie du monde
PV
4/10 esquive
j’arrive au bout et ce qui s’écrit s’effrite
d’une fin comme une esquive
le point final : un effondrement
PV
5/10 carte
La carte s’articule hors champ
s’accompagne d’un inévitable recul
la géométrie des lieux se comprend mieux
par le corps
PV